‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 68 sur 178 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

te prie, et je t'implore ! car tu tiens entre tes mains mourantes l'honneur d'une des plus nobles familles de France! ma vie passée, ma vie à venir; ces papiers, c'est moi, c'est plus que moi, c'est mon nom, celui de mes enfants ! et tu sais ce que j'ai souffert pour garder ce nom sans tache? Crois-tu que je n'avais pas au fond du cœur comme les autres femmes des sentiments d'amante, d'épouse et de mère? Eh bien! je les ai étouffés tous les uns après les autres, et la lutte a été longue, car voilà vingt ans qu'elle dure!

MARGUERITE, dans l'autre chambre.

Que dit-elle? oh ! mon Dieu !

PAUL

Écoute ! c'est le Seigneur qui permet que tout te soit dévoilé.

ACHARD

Vous avez douté de la bonté de Dieu, madame, vous avez oublié qu'il a pardonné à la femme adultère.

LA MARQUISE

Oui ; mais les hommes ne lui avaient pas pardonné, eux... puisqu'ils allaient la lapider lorsqu'il arriva; les hommes... qui, depuis vingt générations, se sont habitués à respecter mon nom, à honorer ma famille, et qui n'auraient plus pour eux que honte et mépris ! Ah ! Dieu! (elle se relève) Dieu! j'ai tant souffert qu'il me pardonnera, je l'espère. Mais les hommes, ils ne pardon-

nent pas, eux! D'ailleurs suis-j»1 la seule exposée à leurs injures? aux deux côtés de ma croix n'ai-je pas mes deux enfants, dont l'autre est le pmnicr-né! Celuilà, c'est mon fds, je le sais bien, comme Emmanuel, comme Marguerite; mais ai-je le droil de le leur donner pour frère! Oublies-tu qu'aux termes de la loi il est le fds du marquis d'Auray, le càef de la famille? oublies-tu que le titre et la fortuné lui appartiennent ? Qu'il invoque cette loi, et que resk'-l il à Emmanuel ? une croix de Malte! à Marguerite '.' nu Gouvent !

MARGUERITE

Oui, oui, un couvent; un couvent! ou je |niisse prier pour vous, ma mère !

PAUL

Silence !

ACHARD

Oh! vous ne le connaissez pas, madame !

LA MARQUISE

Non ; mais je connais l'humanité. 11 peut retrouver un nom, lui qui n'a pas de nom, une fortune, lui qui n'a pas de fortune; et tu crois qu'il renoncera à cette fortune et à ce nom!

ACUARD.

Si vous le lui demandez.

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