ACTE I, SCEiNE IL
ces arbres, au printemps aussi ils étaient entourés de leurs feuilles, et les premiers vents de l'hiver se sont fait sentir à peine que les voilà nus et dépouillés. Ils sont aimés d'un peuple fidèle : voyez cette mer, elle est calme, elle est paisible ; demain, cette nuit, dans une heure peut-être, le souffle de l'ouragan nous apportera les cris de mort des malheureux qu'elle engloutira. Quoique éloignée du monde, d'étranges bruits arrivent parfois à mon oreille ; ne s'élève-t-il pas une secte philosophique, qui a entraîné dans ses erreurs quelques hommes de nom ? ne parle-t-on point d'un monde tout entier, qui, comme une île flottante, s'est détaché de la mère-patrie? d'enfants rebelles qui refusent de reconnaître leur père ? d'un peuple qui s'intitule nation? N'ai-je pas entendu dire que des gens de race avaient traversé l'Océan, pour offrir à des révoltés des épées que leurs ancêtres avaient l'habitude de ne tirer du fourreau qu'à la voix de leurs souverains légitimes? Et ne m'a-t-on pas dit encore, ou bien n'est-ce qu'un rêve de ma solitude que le roi Louis XYI et la reine Marie- Antoinette, oubliant eux-mêmes que les souverains sont une famille de frères, avaient autorisé ces migrations armées, et donné des lettres de marque à je ne sais quel pirate ?
Tout cela est vrai, madame.
LA MARQUISE, solennellement.
Dieu veille donc sur Leurs Majestés le roi et la reine de France !
Elle sort lentement et sans se retourner.