‹ Théatre [sic]: Paul Jone, L'alchimisteChapitre 72 sur 178 · ACTE V. SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE V. SCENE IL

LA MARQUISE

Et quelle voiture ont-ils prise?

LAFFEUILLE.

Celle du baron.

LA MARQUISE

Qu'on mette les chevaux à la mienne, et dites à ma ille que je l'attends, (le domestique sort.) Qu'elle signe ce :ontrat et qu'elle parte pour Rennes avec son frère ;car ceux-là surtout, il faut qu'ils ignorent... et moi je resterai seule à l'attendre, je lui offrirai ma fortune en échange de ces papiers, et soit calcul, soit pitié, ce secret, je l'espère, restera enfermé dans les sombres murs de ce château... Oh ! si chacun de ces vieux monuments avait une mémoire et un langage, quelles terribles histoires ils se raconteraient entre eux !

MARGUERITE, dont le bruit en entrant fait lever la tête à la marquise, étendant la main vers sa mère.

Madame

LA MARQUISE

Approchez... Pourquoi êtes- vous ainsi pâle et tremblante ?

MARGUERITE, balbutiant.

La mort de mon père, si prompte, si inattendue... Enfin, j'ai beaucoup souffert cette nuit.

LA MARQUISE, d'une voix sourde.

Oui, oui, le jeune arbre plie et s'effeuille sous le

vent, il n'y a que le vieux chêne qui résiste à toutes les tempêtes; moi aussi, Marguerite, j'ai souffert, moi aussi, j'ai eu une nuit terrible... et cependant vous me voyez calme et ferme.

MARGUERITE

Dieu vous a fait une âme forte et sévère, madame ; mais il ne faut pas demander la même force et la même sévérité aux âmes des autres, vous les briseriez.

LA MARQUISE

Aussi, je ne demande à la vôtre que l'obéissance. Marguerite, le marquis est mort, Emmanuel est maintenant le chef de la famille ; vous allez à l'instant même partir pour Rennes avec Emmanuel.

MARGUERITE

Moi ! moi, partir pour Rennes ! et pourquoi?

LA MARQUISE

Parce que la chapelle du château est trop étroite pour contenir à la fois les fiançailles de la fille et les funérailles du père.

MARGUERITE

Ma mère, ce serait une piété, ce me semble, que de mettre plus d'intervalle entre deux cérémonies aussi opposées.

LA MARQUISE

La véritable piété, c'est d'accomplir les dernières volontés des morts : jetez les yeux sur ce contrat, et

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