ACTE V, SCENE II
oyez-y les premières lettres du nom de votre père.
MARGUERITE
Oh! je vous le demande, madame, mon père, lors- [u'il a tracé ces lettres que la mort est venue interrompre, mon père avait-il bien toute sa raison, toute sa voonté?
LA MARQUISE
Je l'ignore, mademoiselle, mais ce que je sais, c'est lue l'influence qui le faisait agir lui survit ; ce que je sais, c'est que les parents, tant qu'ils existent, représentent Dieu sur la terre... or, Dieu m'a ordonné de terribles choses, et j'ai obéi; faites comme moi, mademoiselle, obéissez.
MARGUERITE
Ma mère, il y a trois jours que, les larmes dans les yeux, le désespoir dans le cœur, je me traîne sur mes genoux des pieds d'Emmanuel à ceux de cet homme , et des pieds de cet homme à ceux de mon père ; aucun d'eux n'a voulu ou n'a pu m' entendre, car l'ambition ardente, ou la folie acharnée était là, couvrant ma voix. Enfin, me voilà arrivée en face de vous, ma mère, vous êtes la dernière que je puisse implorer, mais aussi vous êtes celle qui devez le mieux m'en tendre, écoutez donc bien ce que je vais vous dire: si je n'avais à sacrifier à votre volonté que mon bonheur, je le sacrifierais; que mon amour, jelesacri-
fierais encore; mais j'ai à vous sacrifier mon fils... vous êtes mère, et moi aussi, madame.
LA MARQUISE
Mère ! mère, par une faute !
MARGUERITE
Enfin, je le suis, madame, et le sentiment de la maternité n'a pas besoin d'être sanctifié pour être saint; eh bien! ma mère, dites-moi, car mieux que moi vous devez savoir ces choses, dites-moi, si ceux qui nous ont donné le jour ont reçu de Dieu une voix qui parle à notre cœur; ceux qui sont nés de nous n'ont-ils pas aussi une voix pareille ? et quand ces deux voix se contredisent, à laquelle des deux faut-il obéir ?
LA MARQUISE
Vous n'entendrez jamais la voix de votre enfant, car vous ne le re verrez jamais.
MARGUERITE
Je ne reverrai jamais mon fils ! et qui peut en répondre, madame ?
LA MARQUISE
Lui-même ignorera qui il est.
MARGUERITE
Et s'il le sait un jour... et s'il vient alors me demander compte de sa naissance ? cela peut arriver, ma-