ACTE V, SCENE IV
les devoirs d'un gentilhomme et d'un officier, et c'est une nouvelle insulte que vous me faites.
PAUL, d'une voix calme.
Croyez-moi, Emmanuel...
EMMANUEL, avec hauteur.
Hier, je m'appelais le comte, aujourd'hui je m'appell le marquis d'Auray, ne l'oubliez pas, monsieur. Paul laisse percer un sourire.) Je disais donc que vous connaissiez bien peu les sentiments d'un gentilhomme, si vous avez pu croire que je permettrais qu'un autre que moi vidât la querelle que vous êtes venu.me chercher. Oui, monsieur, car c'est vous qui êtes venu vous jeter sur ma route, et non pas moi qui suis allé vous trouver.
PAUL, souriant.
Monsieur le marquis d'Auray oublie sa visite à bord de l'Indienne.
EMMANUEL
Trêve d'arguties, monsieur, et venons au fait : hier, je ne sais par quel sentiment étrange et inexplicable, lorsque je vous ai offert, je dirai, non pas ce que tout gentilhomme, ce que tout officier, mais simplement ce que tout homme de cœur accepte à l'instant sans balancer, vous avez refusé, monsieur, et, déplaçant la provocation, vous êtes allé chercher derrière moi un adversaire, non pas précisément étranger à la querelle, mais que le bon goût défendait d'y mêler.
PAUL, toujours avec calme
Croyez qu'en cela, monsieur, j'obéissais à des exigences qui ne me laissaient pas le choix de l'adversaire. Vu duel m'était offert par vous, que je ne pouvais pas accepter avec vous, mais qui me devenait indifférent avec tout autre ; j'ai trop l'habitude des rencontres, monsieur, et de rencontres bien autrement terribles et mortelles , pour qu'une pareille affaire soit à mes yeux autre chose qu'un des accidents habituels de mes aventureuses journées. Seulement, rappelez-vous que ce n'est pas moi qui ai cherché ce duel; que c'est vous qui êtes venu me l'offrir, et que, ne pouvant pas, je vous le répète, me battre avec vous, j'ai pris à partie M. de Lectoure, comme j'aurais pris M. de Nozay ou M. de la Jarry, parce qu'il se trouvait la, sous ma main, à ma portée, et que s'il me fallait absolument tuer quelqu'un, j'aimais mieux tuer un fat inutile et insolent qu'un brave et honnête gentilhomme campagnard, qui se croirait déshonoré s'il rêvait qu'il accomplit en songe le marché infâme que le baron de Lectoure vous propose en réalité. Eh bien ! le duel a eu lieu; il est terminé sans qu'il y eût de sang versé. Dieu a permis que je le désarmasse deux fois; je pouvais le tuer, je lui ai laissé la vie; ne me demandez rien de plus et n'exigez pas d'autre explication, car, sur mon honneur, je ne puis vous la donner.
EMMANUEL, avec impatience.
C'est cela; et vous avez cru que je me contenterais