ACTE V, SCENE IV. 13i
de ce semblant de combat; vous avez cru, lorsque sui le terrain je vous laissais partir sans m'y opposer, que tout était fini; vous avez cru qu'à l'aide du manteau mystérieux dont vous vous enveloppez, vous échapperiez à ma colère. Eh! monsieur, le temps des énigmes est passé! Nous vivons dans un monde où, à chaque pas. on coudoie une réalité. Laissons donc la poésie et le fantastique aux auteurs de romans et de tragédies. Votre présence en ce château a été marquée par d'assez fatales ciconstances pour que nous n'ayons pas besoin d'ajouter ce qui n'est pas à ce qui est. Lusignan de retour malgré l'ordre qui le condamne à la déportation ; ma sœur pour la première fois rebelle aux volontés de sa mère ; mon père tué par votre seule présence ; voilà les malheurs qui vous ont accompagné, qui sont revenus de l'autre bout du monde avec vous, comme un eu funèbre, et dont vous avez à me rendre compte ! Ai::. ■:. parlez, monsieur, parlez comme un homme à un homme . en plein jour, face à face, et non pas en fantôme qui. glissant dans l'ombre, échappe à la faveur de la nuit, en laissant tomber quelque mot dans l'autre monde, prophétique et solennel, bon à effaroucher des nourrices et des enfants! Parlez, monsieur, parlez; voyez, voyez je suis calme. Si vous avez quelques révélations à me faire, je vous écoute.
PAUL, conservant le calme.
Le secret que vous me demandez ne m'appartient
pas; croyez à ce que je vous dis, et n'insistez pas davantage. Adieu.
Il fait un mouvement pour se retirer.
EMMANUEL, s' élançant vers la porte et lui barrant le passage
Oh! vous ne sortirez pas ainsi, monsieur! je vous tiens seul à seul, dans cette chambre où je ne vous ai pas attiré, mais où vous êtes venu; faites donc attention à ce que je vais vous dire : Celui que vous avez insulté, c'est moi! celui à qui vous devez réparation, c'est moi! celui avec qui vous vous battrez, c'est...
PAUL
Vous êtes fou, monsieur ! je vous ai déjà dit que c'était impossible. Laissez-moi donc sortir.
Il saisit un pistolet.
EMMANUEL saisissant un pistolet.
Prenez garde!... prenez garde! (Paul va s'accouder sur la cheminée.) Monsieur, après avoir fait tout au monde pour vous forcer d'agir en gentilhomme, je puis vous traiter en brigand! vous êtes ici dans une maison qui vous est étrangère, vous y êtes entré je ne sais ni pourquoi ni comment ; si vous n'y êtes pas venu pour y dérober notre or et nos bijoux, vous y êtes venu pour voler l'obéissance d'une fille à sa mère et la promesse sacrée d'un ami à un ami ; dans l'un ou l'autre cas vous êtes un ravisseur que je rencontre au moment où il met la main sur un trésor d'honneur, le plus précieux de tous. Tenez, croyez-moi, prenez cette arme (il jette le pistolet aux pieds de Paul), et défendez- vous !
Il saisit l'autre pistolet.