SCÈNE XVIII
AMÉLIE, WARISER.
(Aussitôt qu'Amélie est demeurée seule, Warner ouvre l'étui, et en sort avec précaution; il ^e glisse le loup du mur; pose sur un meuble son épée, et s'avance doucement vers la porte du cabinet.)
AMELIE , assise et se crovanl seule.
Je n'ose envisager toute retendue de mon malheur ; la misère, l'avili-sement ! et. pour comble de douleur, il faudra fuir, me séparer de mon Albert:
( Iii . \V;irner ôte la clef de la porte du cabinet ; cela produit un léger bruit qui fait tressailli- âm
AMÉLIE, effrayée.
Ciel !... est-ce VOUS, Louise? (Warner se retire un peu en arrière.) On ne me répond pas. ( eue ..<lève.) Il y a quelqu'un ici... Qui donc?...
WARNER
C'est moi.
AMÉLIE
Ah!...
WARNER
Silence!... point de rris, point d'alarmes; Amélie, daignez m'entendre.
AMÉLIE
Vous ici!... laissez-moi!... je vais appeler.
f Elle court prendre la sonnette, et voit qu'elle est cass/e.
Ah! je ne puis...
Non ; vous voyez que j'ai tout prévu.
{ Il lui montre la clef.
AMÉLIE
Malheureuse!... je suis perdue!
WARNER
Non, je viens vous sauver : maigre votre rigueur, mon amour...
AMÉLIE
Quelle horreur! la nuit! seule!... ah! je vois : toute la profondeur du piège où vous voulez m'entrainer. Mais toute ma maison connaît la haine que vous m'inspirez; jamais on ne me soupçonnera du crime d'être votre complice; non , je n'ai rien à redouter en appelant a mon secours, et l'on vous chassera comme le plus lâche des hommes et le plus vil scélérat!... Sortez, sortez donc à l'instant ouvertement , suis
voua radier, sans mystère. Cest ainsi qu'une
fei e qui se respecte doit imposer silence au
soupçon et à la calomnie... Sortez !
WARNER
Y songez-vous, madame? Moi soi tir, après tout ce que j'ai tenté pour vous voir sans iémoins ! moi, renoncer au bonheur de vous forcer à m'entendre!
AMÉLIE
Ciel!... vous oseriez !...
Je ne crains personne en ce moment ; votre époux ne rentrera pas; vos gens sont éloignés; les miens veillent sous cette fenêtre , et si quelque audacieux... Regardez, j'ai des armes.
AMÉLIE
Ah ! je frémis!...
WAI.M-R.
Calmez-vous, ne tremblez point... Un amai.t doit-il donc inspirer tant d'effroi? Oui , cruelle Amélie, je vous aime avec transport; et, malgré vos dédains, je veux vous arracher au plu* affreux malheur. Ne cherchez point à retenir le bandeau sur vos yeux. Georges est ruine, perdu, déshonoré; vous le savez; demain la misère, l'infamie... plus d'asile que le fond d'un cachot. Voilà, dans quelques heures, votre sort avec Georges. Rrisez donc cette chaîne de fer; acceptez un protecteur; et, plus riche avec moi que vous ne le fûtes jamais , vous retrouverez les plaisirs, l'opulence, le bonheur, et je vous rends au monde, où doivent régner vos charmes.
AMÉLIE
Misérable !... je ne sais comment j'ai pu vous entendre sans mourir de honte et d'indignation... ISon, une ame telle que la vôtre ne peut appartenir à !a nature humaine! C'est vous, vous seul qui êtes la cause et l'auteur de tous les torts de mon époux, et des désastres qui nous accablent; c'est vous qui avez empoisonné son cœur des détestables vices qui dégradent le vôtre ; c'est vous qui l'avez entraîné au déshonneur, à sa ruine, à sa perte ; et vous voulez couronner vos crimes en m'arrachant 1 honneur !... Non, je vous démasquerai dev.uit mon époux lui-même.
Vous l'oseriez?... Ainsi vous rejetez toujours mes vœux! Eh bien! tant de haine doit enfin associer la vengeance à l'amour. Je ne crains plus votre époux, et vous serez à moi, je l'ai juré.
AMÉLIE
Ah! c'est li moi t que Vous m'offrez.
WARNER
Amélie !...
AMELIE, apeicevant I épée sui le meuble. Ciel!... je suis sauvée! (Elle saisit l'arme.) La moi t plutôt que l'infamie!...
18fi
TRENTE ANS
jQj
WARKER.
Imprudente!... arrête!...
( Il lui arrache I*épé« , et la jette à terre. ) AMÉLIE.
Je meurs !...
(Elle tombe évanouie; ses cheveux se sont détachés, et flottent autour cTelle. )
WARNER, la soutenant.
Ah!
( Dans cet instant on frappe à la porte du cabinet.)
&îeSBSS&BSB88Ba«6BOBa4&a0O8B0flflSBCCSSS68SàSiSS6i8a8Se806BS