‹ ThéâtreChapitre 129 sur 846 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ALBERT, seul; et puis après, BIRMANN.

ALBERT , entrant en consultant ses tablettes. L'auberge du Llon-d' Or , sur la grande route de Munich... c'est ici que, suivant mon itinétaire, je dois m'arrêter et recevoir de nouveaux renseignements... Holà, quelqu'un!

GUERLL, accourant.

Que désire monsieur?

ALBfcRT.

Le mnî're de !a maison.

GUERLL.

Il est ici, monsieur, je vais le chercher. ( Guerll entre daus le cellier. ) ALBERT , jetant son manteau sur une table. Suis-jeenfin au terme de mes longues recherches' Vais-je retrouver mes parents; ma mère si vertueuse, et mon père... hélas! qui fut bien coupable, mais qui doit avoir cruellement expié ses fautes? Quinze années d'exil, de souffrance, de misère sans doute... ah! j'aurais volé plus tôt à leur secours; mais la mort seule de mon oncle pouvait m'affranchir de l'obéissance dont ses bienfaits m'imposaient le devoir. Enfin je suis libre, et je ne goûterai plus un jour de repos , que je ne sois parvenu à découvrir leur asile. Je sais déjà qu'après de longs malheurs, ls sont venus dans cette contrée.

( Birmann et Guerll reviennent du cellier; ce dernier porte un panier de vin. )

BIRMANN.

Allez, Guerll, porter ce panier de vin. ( Au voyageur.) Votre seiviteur, monsieur; qu'y a-t-il pour votre service?

ALBERT

Etes-vous le maître de cette aubcige?

BIRMAICt.

Oui, monsieur, je... attendez donc!. . si je ne me trompe, monsieur est étranger et militaire?

ALBERT

Oui , je suis Français.

B1RMASN.

Vous arrivez de Munich?

ALBERT

J'en arrive.

BIRMAN!!

J'en étais sur' et vous devez iecevoir une lettre à l'auberge du Lion-d' Or?

ALBERT

J'allais vous demander...

BIRMANK.

Un moment... pareeque, voyez-vous, il ne faut pas que je me trompe... Comment vo\u appelez-vous?

ALBERT

Je me nomme Albert de Germany.

BIBJMSB , examinant l'adresse de la lettre. Albert de Germany, capitaine... c'est bien ç?, Mon capitaine, voilà...

ALBERT , saisissant la lettre.

Ah! donnez! cette lettre est pour moi de la plus grande importance, (Il l'ouvre. ) Tout l« bonheur de ma vie va dépendre de ce qu f.'.-i m'apprendra.

( fi lit des ¥<rt»i ) BIRMAN H , à paît.

Quel empressement!... un cap», une fiançai*, si jeune... c'est apparemment quelque affaira amoureuse, ou bien peut-être...

TRENTE ANS

hlbeut. à lui-mè"me.

Oui !... ceci confirme... grand Dieu ! c'est donc près d'ici !... ( A Birmann. ) Mon ami !...

BIRMANS

Monsieur?

ALBERT

Il faut que j'obtienne sur-le-champ quelques renseignements; si vous voulez m 'aider, rien ne me coûtera pour vous récompenser.

BIRMANN.

Parlez, mon capitaine, je rie demande pas mieux...

ALBERT

Vous devez connaître tous le* habitants de ce canton .'

BIRMANN.

Sans exception.

ALBERT

Dans le nombre , ne se trouve-t-il pas un étranger d'environ cinquante-cinq ans, pauvre, je le crois, et cherchant l'obscurité?

BIRMANN.

Je ne connais pas ça, monsieur.

ALBERT

Vous ne connaissez pas?... Cependant on m'assure... H y a deux ans, m'écrit-on, que la personne dont je \ ous parle a dû s'établir dans cet endroit.

BIRMANN.

Deux ans !

ALBERT

Oui; on croit même qu'elle y exerce l'état de bûcheron.

BIRMANN.

De... est-ce que ce serait?... non, ça ne se peut pas... Son nom, s'il vous plaît?

ALBERT. '

S'il a gardé le sien, il doit s'appeler... * Georges.

BIRMANN.

Georges!... certainement... un homme fort, robuste; parbleu! si je le connais!

ALBERT

Vous le connaissez?

BIRMANN.

Oh! ce n'est pas que je m'en vante; et, voyez-vous , je ne vous donne pas cet hommelà pour un de mes amis.

ALBERT

N'en dites rien d'offensant... Il était marié... Connaissez-vous aussi sa femme ?

BIRMANN.

Sans doute... oh! pour elle, c'est bien différent; un bonne créature; aussi je...

ALBERT, essuyant ses yeux.

Pauvre mère! je te reverrai donc !

BIRMANN , à part.

Comme il est ému !

ALBERT, plus ar.iraé.

Achevez de m'instruire. Où de»*eurent-ils a.aintenant ?

BIRMANS

A une lieue du village, à mi-chemin de l'ermitage de la Montagne- Rouge, dans une misérable cabane isolée, bâtie contre les ruines d'une ancienne chapelle , sur le bord du grand précipice.

ALBERT

Ciel ! leur soit est donc bien déplorable !

BIRMANN.

La dernière misère... Tenez, lout-à-1'heure il n'y a pas dix minutes, ce Georges était là.

ALBERT

Ici?

BIRMANN.

Sur le coin de cette table; je lui ai fait la charité d'un morceau de pain. Il est sorti précisément comme vous entriez ; et maintenant il sert de guide à un voyageur étranger... Dieu veuille qu'il le conduise! (Albert s'approche d'une chaise, et y tombe assis.) Eh bien! qu'avez-vous donc , monsieur ?... Ah ! mon Dieu ! vous changez de couleur! est-ce que vous auriez aussi besoin ?...

ALBERT , se relevant et voulant se remettre.

Oui!... oui, mon ami, c'est cela... j'ai marché long-temps , et le grand air...

BIRMANN.

Madame Birmann! Babet ! Guerll!

&»»8aS680Ç0C860a0t6w0^a000090986tfl0W6e0060S0O08O8O6OaaaO0

Les Mêmes, Mme BIRMANN, GUERLL, BABET,

GOTH; et ensuite VILLAGEOIS, VILLAGEOISE»

et Patsans.

MADAVE BIRMANN.

Eh bien! mon Dieu! qu'y a-t-il donc?

BIRMANN.

Vite , vite, donnez du vin, quelque chose à ce jeune officier.

ALBERT

Non ! je vous remercie, mes amis; je n'ai pas le temps de m'arrêter; il faut que je parte à l'instant. Ce soir, mes équipages et mes gens arriveront de Weissbruck ; vous tiendrez prêtes pour demain les plus belles chambres de votre maison ; vous logerez ma famille.

MADAME BIRMANN.

La famille de monsieur!

BIRMANN.

Comment ! vous allez partir à présent?

(Le temps s'obscurcit , et un orage s'annonce.) ALBERT.

Oui., voilà d'avance de quoi récompenser vos soins. (Il donne quelques pièces d'or.) Indiquezmoi le chemin de la Montagne-Rouge et de la

cabane de Georges.

( Surprise générale.)

BIRMANN.

De la cabane?

11 r JOURltÉE, SCENE VU

MADAME BIMfANR.

Y litMisf/.-'* ou-s , monsieur le capitaine? Kh! bonté du ciel! qo'a4le*-vous fcira là?

ai. mur.

Hâtez-vous, mes unis; chaque instant de ret.ii »! est un tourment pour mon cœur.

( Il fait (U--. éclairs. ) BIRMANS.

Vous voulez partir sans avoir déjeuné?

MADAME BIRMAN*

Le temps se couvre, voyez déjà les éclairs;

Il va faire «le l'orage.

Al BI-.IU •

Rien au momie ne pourrait me retenir... de prace, hâtez-vous de m 'indiquer le chemin.

MADAMK BIRMANS.

Tenez; tenez, toute la jeunesse du pays se dépêi lie d'accourir à cause du mauvais temps. (Musique éloignée. ) Voila le tonnerre, la pluie!...

un; mann.

Ai rivez vite, arrivez vite . mes enfants ! (Tous les villageois et jeunes filles arrivent gaiment , nuis en indiquant la peur de l'orage. — On distingue, parmi les jeunes gens , le roi et la reine de la Icte. — Albert a mis son manteau; tous les domestiques sont sortis de la maison et du cellier, et ils emportent les tables, les bancs et les tabourets dans la maison.) ALBEP.T.

Ne me retenez point... Le chemin de la cabane?

BIRMANN.

Puisque vous le voulez absolument, tenez, monsieur l'officier, traversez le village, laissez le bois à gauche, suivez le grand sentier, et montez toujours.

MADAME BIRMAN

Sur-tout ne vous approchez pas des précipices.

BIRMANN.

Et ne vous arrêtez pas en chemin. (Le tonnerre redouble. ) Adieu, adieu.

MADAME BIRMANS, aux villageois.

Entrez, entrez, mes enfants.

( Ils entrent dans la maison après avoir vu partir Albert. ) (Le théâtre change et représente la cabane de Georges sur la pente d'un mont aride, sauvage et entouré de précipices. — L intérieur de la cabane occupe les deux ou trois premiers plans du théâtre. — A la gauche du spectateur, ou voit un àtre vide; — un peu plus loin, un pan de .-ideau de serge déchiré, et l'extrémité d'un grabat presque entièrement caché par ce rideau. — A gauche , est une espèce de cabinet, ou seconde chambre , dont la porte est ouverte. — Le fond de ce misérable réduit présente deux larges fenêtres sans volets , a travers lesquelles on voit le paysage triste et aride qu'étirent les montagnes; et, entre les deux fenêtres, une porte dont les planches sont mal jointes. — Plusieurs chemins se croisent dans les montagnes, qui forment un vaste amphithéâtre de roes et de précipices ; et tout au fond . dans l'éloignement , on découvre l'ermitage au sommet du principal mont. — Tout l'intérieur de la cabane otfre 1 aspect de la misère; on n'y voit qu une table faite d'un mon eau de planche , sur laquelle sont posés deux carreaux a faire de la blonde ; un vieux buffet et quatre mauvaises choses, avec un escabeau. — Une cruche, des assiettes de terre et autres ustensiles de ménage, sont »ur le buffet. — Dans un coin , on voit une cognée a fendre du bois. )

T&ENTE ANS

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