‹ ThéâtreChapitre 130 sur 846 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

AMÉLIE, et, peu après, GEORGETTE.

( Le temps est sombre, le vent siffle arc force et il fait quelques à lain — Amélie, venant du renfoncement qui se trouve derrière le rideau se serge, entre, en exprimant un peu d'effroi, mais encore pins d'abattement.)

AMÉLIE

L'orage augmente, il s'approche de la montagne. Le vent ébranle ce misérable réduit; et Georges n'est pas encore de retour depuis hier.. Il n'aura point trouvé d'ouvrage; il n'aura point obtenu de secours... Que deviendrai-je, s'il ne rentre pas cette nuit, ou s'il revient sans apporter un peu de pain pour ma fille? (Il tonne sourdement.) Ciel! l'orage va l'éveiller...( Llle se rapproche du renfoncement obscur et regarde.) Elle dort! pauvre enfant, que Dieu prolonge ton sommeil, et qu'il épargne à ta mère la douleur de t'entendre dire : Maman , | aï faim!... (Elle pleure en silence. — Le tonnerre gronde et le vent siffle.) Mais ce ne sont point des larmes que la nature me demande pour ma fille... Tâchons d'achever bien vile cet ou- •vr.nge; si Georges ne rapporte rien, j'irai le vendit au village dès qu'il sera fini. (Elle prend un des deux carreaux, s'assied et travaille.; Si le ciel ordonne que toute ma vie s'écoule dans cette affreuse misère, devait-il permettre que je fusse deux fois mère?... Ah! du moins mon Albert doit être plus heureux! Que seia-t-il devenu? C'était un enfant quand nous l'avons abandonné ; maintenant c'est un homme... moimême, hélas! je ne le reconnaîtrais pas. Suisje donc condamnée à ne jamais le revoir? ( Elle essuie ses veux. — Dans ce moment l'orage éclate, le vent redouble de fureur, et la porte du fond, arrachée de ses gonds, tombe dans la cabane. Amélie, épouvantée, se levé; elle jette un cri auquel un autre cri répond; c'est celui de Georgette qui sort du cabinet aveceffroi, et se précipite dans les bras de sa mère. )

AMÉLIE et GEORGETTE.

Maman ! — Ma tille! (Amélie la lient un moment embrassée. ) Ma Georgette, ce n'est rien; c'est l'orage, et cette porte que le vent a détachée.

GEORGETTE

Ah ! maman ! j'ai eu bien peur !

AMELIE, regardant autour d'elle avec ciainte.

Hélas! si le vent redouble... ton père rattachera la porte, comme il l'a déjà fait

GEORlETl E.

Papa est-il revenu, inaman?

AMÉLIE

Pas encore... O mon Dieu!

GEORGETTE

Ne pleure pas, maman ; je ferai comme toi, j'attendrai.

AMKliK, truiiblét

Pauvre enfa:>t !

ir

me

THEISTE ANS.

GEORGETTB.

Tiens, je n'ai plus sommeil ; travaillons toutes les deux.

AMÉLIE

Tu as raison; je vais me dépêcher, ma fille. (Elle prend son carreau; la petite s'assied sur son escabeau, près de sa mère.) Travaille aussi , toi... Du courage!

GEORGETTE

Oui, maman, du courage... mais... j* ne peux pas travailler.

AMÉLIE

Pourquoi , ma fille?

6EOKGETTE.

J'ai froid.

AMÉLIE, quittant vite son ouvrage.

Mon Dieu! comment la garantir?... Viens près de moi , je te réchaufferai sur mon sein. |On entend du bruit.) Dieu! quelqu'un viendraitil à noire secours?.-.

(Georgette s'échappe de ses bras et court au fond.) GEORGETTE.

Maman , c'est papa !

AMÉLIE, contant au-devant.

Ah!

■■■ 00a - -•'- MOC6S66660S0Ç. ---

Page 1