SCENE PREMIERE
JOB, Esclaves des decx sexes, HV&, puis DR1CK.
Le lever du rideau présente le tableau d'une fabrique coloniale en pleine activité; des nègtes font- tourner la meule ; d'autres vont et viennent, courbes sous le poids des charges de cannes à sucre. Le vieux Job est assis sur un banc. Le tintement d'une cloche se fait entendre ; à ce bruit, tous les travaux s'airètent, les esclaves des deux sexes viennent se ranger en demi-cercle sur le devant du théâtre : ils ont chacun à la main une écuelle de bois. Job, dont la marche et les mouvemens accusent une extrême vieillesse, vient se placera l'extrémité inférieure de la ligne formée par les esclaves. Hug arrive, soivi de deux esclaves qui portent sur leurs e'paules un bâton dans lequel est passe l'anse d'une large chaudière de cuivre.
HUG, auv esclaves. Allons, tendez vos ecuelhs, que je donne à chacun sa ration de mais. (// va de l'un a l'autre; arrivé à V extrémité, où se trouve Job, Uug s'arrête.) Qu'est-ce que; tu demandes, toi, vieux Job?
JOB. Ma part comme les autres.
HUG. Tu sais bien que depuis huit jours Drick, le commandeur, l'a défendu de te présenter à la distribution.
JOB, à part. On veut donc en finir avec le vieux Job?.. Si Atar-Gull n'était pas aux fers, il partagerait avec moi... Bon fils!... les blancs le feront mourir aussi...
Pendant que Job se parle ainsi, les nègres se sont groupésen cercle, et semblent aussi parlerentre eux; un- négrillon va prendre l'écuclle de Job, et l'apporte aux esclaves qui y mettent chacun de leur portion. L'enfant revient vers Job avec l'tcueile et la présente au vieillard.
JOB, à l'enfant. C'est pour moi?... Qui m'envoie cela? [L'enfant montre les esclaves.)^ ! merci, mes frères. (En ce moment on entend claquer le jouet du commandeur ; tous les esclaves font un mouvement d'effroi, et Job dit en jetant loin de lui l'écuelle.) Ma heur à nous! voilà le commandeur.
drick.. Alerte! mes agneaux noirs, dépêchons-nous de dîner et de prendre du repos, ou gareaux lanières, (apercevant Job.) Ah! te voilà, vieux Job! Les travaiileuis
MAGASIN THEATRAL
seuls ont le droit, de se présenter ici. Qu'astu fait dans ta journée?
JOB. Job est si vieux... il n'a plus de force... les fa<igues et les coups ont usé le corps du pauvre esclave.
DRICR. Que le pauvre esclave gagne son pain, il en aura... s il n'es' plus bon à rien, qu'il mendie... Tu as coûté quinze cents francs au planteur Thomson, ton maître ; ce n'est pas pour qu'il te nourrisse à rien faire. {Désignant une meule de pierre.) Allons, rentre cette meule dans la fabrique, tu dîneras après.
JOB. Quoi! cette lourde pierre...
DRICK, le menaçant. Obéis.
JOB, à des esclaves. Frères, aidez-moi à me chargpr.
Deux esclaves l'aident h placer la meule sur ses épaules; Job fait quelques pas en chancelant sous le poids
qui l'accable.
DRICK. Allons, marche.
JOB, tombant avec son fardeau. Tue-moi là , je n'irai pas plus loin.
DRICK. Tu vois bien, vieux Job, que tu n'es plus bon à rien... Allons, sors d'ici. {Aux nègres.) Et vous, allez r prendre vos travaux au bout de l'anse Coib\t.
Les nègres sortent ; au moment où Baguenaudais arrive, ils s'inclinent.
baguenaudais. Bonjour, moricauds
bonjour.
DRICK. Eh '.c'est Baguenaudais, le nouveau valet de chambre français de sir Thomson, notre patron.
Les esclaves sortent, Joba disparu,
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