JENNY, ATAR-GULL
JENNY, a pari. Pourquoi donc mon père écrit-il à sir Richard?
atar-gull. Maîtresse, ton père te prie de quitter aujourd'hui tes habits de deuil et de prendre des habits de fête.
jenny. De fête ! qu<l motif ?
ATAR-GULL. 11 attend du monde.
JENNY. J'obéirai. Une fête ici... Ah !
une réunion d'adieu. Nous allons quitter la colonie, peut-être... (Elle fait quelques pas vers Vhahîtation. ) Partir 1 et... ( Elle s'arrête , regarde un moment Atar-Gull , et revient à lui.) Atar-Gull!
atar-gull. Maîtresse.
jenny. Un mot seulement. Mon ami 1 si le sort, qui nous a traités si cruellement, ne se lassait pas de nous poursuivre ; s'il nous réservait encore quelque cou p imprévu est-ce que tu nous abandonnerais?
atar-gull. Le maître a payé son esclave ; son tsclave est à lui.
JENNY. Mais s'il dépendait de toi d'être libre... nous quitte... quitterais-tu mon père ?
atar-gull. Oh ! non, j'ai fait un serment qui m'enchaîne à lui.
JENNY. Un serment !
atar-gull. Ne cherche pas à me deviner, maîtresse ; ton aine ne peut pas comprendre la mienne.
jenny, le regardant. Pourquoi ?
atar-gull. Parce que les blancs semblent douter que sous notre poitrine noire
il y ait, comme sous la leur, un cœur qui sente... qui souffre et qui se souvienne.
JENNY. Que dil-il ?
atar-gull. Pourtant le même sang qui circule dans leurs veines bouillonne et s'allume dans les nôtres. Ils nous ont fait descendre au rang de la brute ; mais ce cœur qui bat et s'indigne nous rappelle parfois que Dieu ne nous créa point esclaves , et qu'il nous fit hommes aussi.
JENNY , à [,art. J'aime à lui voir cette fierté.
atar-gull. Dnns la vie d'Alar-Gull , de l'obscur, de l'indifférent Atar-Gull , il est survenu un de ces jours qui décident d un autre avenir, et le soleil de cette journée a laissé là une trace qui ne s'effacera plus.
JENNY , avec une tendre inquiétude. Je crois te comprendre, Atar-Gull , tu veux parler du jour où je te vis pour la première fois : tu étais enchaîné, j'obtins ta grâce, et ce jour changea ton sort. Est-ce de celui-là que tu te souviens?
atar-gull. Oui, maîtresse ; dès ce jour une autre vie a commencé pour moi.
jenny, à part. Oh! mon Ditu !
atar-gull. De ce jour, j'ai juré que la mort seule me séparerait de mon maître. Oh ! je t'en supplie à genoux , maîtresse , dis bien à ton père de ne pas renvoyer son esclave ; dis bien à ton père qu'à lui j'ai voué chaque jour, chaque heure de mon existence. S'il est malheureux, dis qu'Atar- Gull travaillera pour lui, pour toi... Aiar- Gull ne demandera rien pour son salaire, rien , entends-tu ? mais il faut qu'il reste avec son maîire ! il le faut pour qu'il vive ! pour que son poignard ne se teigne pas de sang.
jenny, aoec émotion. Rassure-toi, retiretoi, Atar-Gull ! je parlerai à mon père. Oh ! lui non plus ne voudra pas se séparer de toi ; tu ne nous quitteras pas ; Jenny te le promet. L'heure avance , adieu , adieu , Atar-Gull ; je vais à ma toilette, achève d'arroser ces fleurs. A ce soir.
atar-gull. On ne chassera point Atar- Gull, n'est-ce pas?
jenny. Oh ! jamais; à ce soir. {Elle fait queques pas , puis s'uri ete , se retourne ) Pauvre Atar-Gull! oh ! mon Dieu! l'ai-je compris !
Elle sort.
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