SCENE V
| Les Mêmes , JENJNY , qui entre doucement.
jenny. Pardon, madame, je venais vous i demander...
MAGASIN THÉÂTRAL
LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Eh! c'est la fille de M. Tonson.
P\GUE\Al d\is. Ah! mam'selle Jenny...
vous ne me remettez pis... regardez-moi Lit n. . je suis Baguenaudais...
jenny. Oh ! si fait... je te reconnais ; mais par quel hasard te retrouvé-jeà Paris ?
baguenaudais. Je suis revenu chez maman. La voilà... ma maman... j'ai éprouvé toutes soi tes de désagrémens depuis notre sép iration... quand IM. votre père , qui a perdu sa fortune et la télé en même temps, s'est embarqué, grâce aux secours de M. Adderson, il m'a oublié là-bas... je ne lui en veux pas à ce pauvre cher homme... mais j'ai eu du mal à me placer à cause de ma couleur... Enfin je suis entré comme froiteur chez une riche colonne... la plus belle colonne du pays... et c'est ce qui m'a permis d'amasser juste de quoi faire le voyage...
jenny Pauvre Baguenaudais, nos peines à nous ont été bien plus cruelles encore... Arrivés à Paris, nous comptions trouver un asile chez un ancien ami de mon père... mais quand on pensa à chercher son adresse... impossible de la trouver... Sir Thomson ne répondait pas à nos questions, Ls malheurs avaient usé sa raison... et pas un éclair de mémoire ne venait à notre secours... c'est alors qu'Aiar- Gull, toujours bon et courageux, suppléa par le travail à la dernière ressource qui venait de nous être enlevée... il avait foulé le sol de la France, de cette terre qui donne la liberté et délie l'esclave de ses devoirs envers son maître... eh bien! loin qu'il nous ait abandonnés, il semble que le malheur ait resserré les liens qui attachent à nous ce serviteur fidèle, cet ami si précieux.
LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Il est de fait,
mam'selle, que vous devez bien l'aimer.
JENNY, à part. Oh ! oui... je l'aime... un jour peut-être je pourrai l'avouer sans rougir, {liant.) Mais dites-moi... il est là, près de mon père.
LA MÈiiE BXGUENAUDAIS. Oui, mam'selle, avec le médecin.
jenny. Alors je me retire, ma présence l'affligerait trop.
BAGUENAUDAIS. Tiens, et pourquoi ça?
je:\ny. Je lui désobéis en venant ici... Atar-Gull, par amour pour son maître, ne veut pas que je paraisse chez lui ; il craint qn une émotion trop vive ne hâte le moment fatal; et moi, cependant, je crois que ma présence et mes soins calmeraient les souffrances de mon père. . . N'est-ce pas,
madame, que la vue d'un enfant qu'on
aime ne peut pas faire de mal?
LA MÈRE baguenaudais. PardieU, demandez à ce mauvais sujei-là, si je n'ai pas été heureuse de le revoir, de l'embrasser... Oui, vous avez raison, mam'selle, ça fera du bien à M. Tronson.
BAGUENAUDAIS. En ce cas-là , montonsy tout de suite.
JENNY. Non pas. .. lorsqu'Atar-Gull sera sorti... je crains trop un seulde ses reproches... Permettez-moi d'aitendrechez vous 1 instant favorable, et dès que nous l'aurons vu partir... j'irai embrasser mon pauvre père... ce sera du bonheur pour longtemps.
LA MÈRE BAGUENAUDAIS. Justement je l'entends... il est dix heures, M. Targu va retourner à son ouvrage. EutrtK dans ma loge.
JENNY, à part. Tu me pardonneras, Atar-Gull ; tu sais combien on peut aimer son père.
BXGUENAUDAIS, lui présentant la main.
Permettez, mam'selle, que je vous fasse les honneurs de chez nous.
La mèie Baguenaudais, Jenny et Baguenaudais entrent dans la loge au moment où le médecin parait au bas de l'escalier.
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LE MEDECIN, /wm ATAR-GULL, .foutenant I H< )MSON ; un peu après, BAGUE- NAUDAIS.
le médecin, précédant Atar-Gull tt T/iomsnn. Là, bien doucement... .le vous réponds qu'un peu d'exercice fera du bien à notre malade.
thomson. Où sommes-nous?... Ah! cet air... soulage ma poitrine.
le médecin , à Atar- Gull. Vous le voyez , il se sent plus à l'aise ici.
atar-Gull. Il faudrait un siège... ses jambes fléchissent.
baguenaudais, arrùwnt avec un fauteuil.
Vlà la bergère à maman.
atar-Gull. Ah! c'est toi... ici?
baguenaudais. Oui, quarteron... Vous êtes bien bon, je me porte bien... Et mam'selle Jenny, comment va-t-elle?
atar-gull. Bien.
baguenaudais, à part. Est-ce adroit , ce que je dis là?...
thomson , assis. Le voilà , mon beau ciel, que je ne croyais plus revoir ..
atar-gull. Que dit-il?., il se souvient... {.Allant à lui.) Maître... sir Thomson... Mais rappelez-vous donc , maître... (Tpm~
ATAR-GnU..
f>anf à MM fards.) Par pitié, rappelez-vous qu'autrefoi* ..
Lfl MKDRCtN. Cessez, mon ami, cessez tic vous affliger ainsi. Ce spectacle vous tue.
atab-GULL. Et l'heure du travail qui m'appt -I If. ..
ik MÉDECIN. Ayez confiance en moi...
Encore quelques instans, et je le ramènerai ilh/lui; ce garçon m'aidera à le reconduire.
baguenaudais. Pardine , je suis là... et si vous avez quelques commissions à faire, monsieur A tar-Gu 11, ne vous gênez pas. Au fait, len'ai pas besoin de vous recommander ça. Vous m'avez assez fait trimer là-bas.
ATAIt-OULL. Vous savez, monsieur le docteur, mon atelier est à quelques pas... Si sa raison lui revenait, rapnelez-moi, oli ! rapp< lez-moi sur-le-champ!
d\gui:nald\is. C'est dit... j'irai tout de suite vous chercher.
Atar-Gull sort.
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Les Mêmes, hors ATAR-GULL.
baguenaudais. Il est parti... (Au médecin.) Dues-moi, monsieur le médecin, estce que c'est vrai que la vue de mam'selle Jenny pourrait causer à ce brave homme plus de mal qu'il n'en a?
le médecin. Pourquoi nie demandes-tu cela?
BAGUENAUDAIS. C'est qu'elle est là, cette pauvre jeune fille.
LE médecin. Sa fille est là , dis-tu?
BAGUEN\UD\IS. Dans notre loge.
LE MEDECIN. Il faudrait bien des précautions... mais sa présence peut amener une crise heureuse... Tu as raison... je vais essayer.
Il entre dans la loge.
BAGUENAUDAIS, à lui-même. Là, j'arrive exprès pour en remontrer au médecin...
Mais voyons donc un peu s'il me reconnaîtra mieux que les autres. {Allant à Thomson.) MousieurTliomson, c'est moi.. .je suis votre valet de chambre... Baguenaudais.
TIIOMSON , Sortant de son assoupissement. Je te remercie, ami... Tu as bien fait de m'éveiller, je faisais un rêve affreux... Une jeune fille, un hideux serpent, des cris de mort... Ah! je souffrais horriblement.
BXGUENAl DAIS, à part. C'est de mam'selle Clémentine qu'il rêvait. (Haut.) Mais il vous reste encore une autre fille... Jenny. Vous vous rappelez bien mam'selle Jenny.
TiioMsov Attends... je ne sais... Ahf malheureux pèfé, elle aussi n'est plus.
BAGUENAUDAIS. Là, ça revenait, et puis ça redéménage. Faut-il avoir été un homme, et puis...
LE MÉDECIN, revenant vers T/zomson. Elle n'existe plus, dites-vous, mon ami; mais au moins la vue de son image peut adoucir votre douleur. Tenez, regardez ce portrait. ÎS 'est-ce pas... c'est bien elle... votre Jenny ?
THOMSON. Ah! que vous me faites verser de douces larmes... Oui, oui, je crois reconnaître... La voilà... telle que je la vis pour la dernière fois.
baguenaudais. Allons, allons, ça ne va pas mal.
tiiomson. Chère enfant... ton pète est bien malheureux... et tu n'es pas là pour le consoler.
LE médecin. Peut-être.
BAGUENAUDAIS. Mais oui.
THOMSON. Je la re verrais ! Est-il possible ! Oh! non, vous abusez de ma faiblesse... vous vous jouez de mon cœur.
baguenaudais. Faut-il l'appeler?
THOMSON. Que dis-tu? Ma fille! Jenny!
Oh! qu'elle vienne dans mes bras!
LE MÉDECIN, qui a pris le bras de Thomson et paraît compter ses pulsations. Oui, venez , il n'y a plus de danger, vous pouvez embrasser votre père.
JENNY, accourant. Ah ! mon père ! il m'est rendu.
tiiomson, la tenant cmhrassce.TLÏÏe existe, elle existe... ce n'était donc qu'un rêve! j'ai dormi bien long-temps!
baguenaudais. Suis-je arrivé à propos!
LE MÉDECIN, à Thuinson. Pleurez...
pleurez, heureux père, ces larmes-là vous rendent à la vie.
jenny. Oh ! prévenez Atar-Gull , prévenez-le à l'instant ; il sera si heureux !
LA mère BAGUENAUDAIS. J'y cours, mademoiselle.
Elle sort.
THOMSON. Mais où suis-je donc ici?
Jlî-NNY. Près d'un ami et d'un enfant qui ont bien pleuré.
thomson. Que m'est-il donc arrivé?
JENNY. JNe pense qu'à la joie de nous retrouver enfin... Mon père! embrasse encore ta fille.
THOMSON Oui... encore... Ah! cette émotion brise mon cœur; le bonheur est au-dessUS de mes forces.
JENNY. Dieu! il s'évanouit !
LE MÉDECIN, soutenant Thomson. Ne craignez rien , mademoiselle , cette crise
était inévitable; mais elle le sauvera. (A Baguenaudais.) Aidez-moi , mon ami, à le transporter chez lui.
Bagnenaudais et le Médecin montent les marches de l'escalier.
jenny. Je vous suis.
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