‹ ThéâtreChapitre 187 sur 846 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

ATAR-GULL, JENNY

Jenny est assise sur un fauteuil, et Atar-Gull sort de la chambre de Thomson, tenant à la main une tasse de porcelaine qu'il dépose sur un meuble.

JENXY. Eb bien...

ATAR-GULL. Il a rouvert les yeux; mais il ne reconnaît personne.

jenny. Douze heures sans connaissance; douze heures je suis restée à genoux pies de lui, réchauffant ses mains dans les miennes, interrogeant son souffle et comptant les battemens de son cœur.

atar-gull. Ta vue l'a tué.

jenny. O mon Dieu ! mais tu te trompes,

Atar-Gull ; songe donc qu en me voyant la joie a brillé sur tous ses traits ; il m'a couverte de baisers et de douces larmes. Oh! il était heureux, le vieillaid, il bénissait le ciel qui lui rendait son enfant. Tu veux que je parte, Atar-Gull; mais s il m'appelait, veux-tu donc que ce soit en vain? veux-tu donc qu'il accuse sa Jenny de l'avoir abandonné? Oh ! non. je ne quitterai plus cette maison; ma place est aussi près de mon père. Je suis jalouse des soins que toi seul tu veux donner, je t'afflige, mais j'y suis résolue ; nous le veillerons ensemble.

atar-gull. Maîtresse, cela est au-dessus de tes forces.

jenny. C'est un devoir, et tu sens s'il est doux à remplir... tu sais, toi, tout ce qu'un père a de droits à notre amour. Oh ! laisse-moi prodiguer au mien ces tendres soins, ces caresses qui adouciront ses souffrances; hélas! c'est tout ce que je peux. Sans toi, bon Atar-Gull, qu'aurais-je fait, bon Dieu! que serais-je devenue.'' Sans amis, sans parens, sans ressource, perdue dans cette ville immense , je n'aurais pu qu'implorer la charité publique pour mon père expirant de douleur et de besoin. O Atar-Gull, sois béni mille fois! toi mon seul appui , mon génie protecteur , mon frère.

atar-gull. Bonne maîtresse ! moi aussi j'accomplis un devoir. [A part.) Un devoir bien cruel. (Haut.) Pauvre fille! si pure et si bonne , après le vieillard il te restera Atar-Gull, Atar-Gull dévoué à toi jusqu'au dernier soupir : c'est avec joie que jour et nuit il travaillera pour sa jeune maîtresse. Il n'a pas oublié que tu as eu pitié de lui; et dans le cœur d'Atnr-Gull , comme la haine, la reconnaissance est éternelle.

On frappe doucement à la porte du fond.

JENNY. Qui vient?

atar-gull. Le docteur sans doute.

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