‹ ThéâtreChapitre 189 sur 846 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

ATAR-GULL, seul, regardant sortir Jenny.

Ange de candeur et de bonté! ah! ta présence ici me pesait, tes larmes me faisaient mal; un sommeil doux et paisible comme ton aine va fermer tes paupières; pour toi, du moins, il y a du repos. Il n'y en a plus pour Atar-Gull! n'ai-je pas entendu la voix du maître? Non, il est toujours ià , dans son fauteuil, immobile et muet : d'où vient qu'à sa vue je ne sens plus bouillonner mon sang?... d'où vient que l'aspect de ce visage pâle, amaigri par la douleur, me peine et m'oppresse? On dnaitquele remords a remplacé le désir de la vengeance... la vengeance! c'était pour l'accomplir cependant que j'étais venu dans un autre monde, et qu'à mon ciel d'azur et de feu j'avais préféré ce ciel pâle et froid. J'ai suivi le vieillard, et pour que personne ne pût se placer entre nous deux, j'ai soustrait, caclié à tous les yeux le nom, l'adresse de cet ami qui me l'eût enlevé sans doute. Il fallait que Thomson fût inconnu, fût isolé de tous, pour qu'il lût bien à moi. J attendais un éclair de raison, il y a un an je l'eusse acheté de ma vie; mais au-

jourd'hui je tremble que le voile fatal qui obscurcit sa pensée ne se déchire. C'est qu'alors il faudrait tenir le serment que j'ai fait, il faudrait lout dire au vieillard. Pourquoi donc cet areu, qu'autrefois je brûlais de lui faire... pourquoi m'épouvante-t-il? la pitié peut-être? Oh! non, ne t'abuse pas, Atar-Gull; Job, qui ht dans ton cœur, a dû te maudire. De l'amour pour la fille de son meurtrier! toi... un amour sans espoir, un amour qu'on né doit même jamais soupçonner. Oh! pardonne-le-moi, vieux Job; tu sais tout ce qu'il m'a fait souffrir; tu sais aussi qu entre cet amour et son devoir Atar-Gull ne balancerait pas, dût-il mourir. Et toi, Dieu des chrétiens, tu dois être bon ; car tu es le Dieu de Jenny , ob ! entends ma prière, n'arrache jamais le voile qui couvre les yeux du vieillard, ne lui rends pas sa raison, car elle me rendrait ma haine... Du bruit! celte fois, c'est bien la voix du maître; oui, c'est lui! il a donc retrouvé ses forces! il vient à moi. 0 mon Dieu! est-ce donc l'heure?

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