‹ ThéâtreChapitre 211 sur 846 · CÉCILE, HORTENSE, CHARLES, AL- BERT · texte numérisé non relu

CÉCILE, HORTENSE, CHARLES, AL- BERT

t. h \ri. es , à la cantonna de. Oui, mes bons amis, mes braves camarades, j'irai tous vous voir.

ALREKT. Le voilà enfin, ce cher enfant! Charles. Mesdemoiselles , permettezmoi de vous offrir mes très-humbles salutations.

aliîert. Lebrasenécharpe! ne trouvezvous pas que ça lui va bien, mesdemoiselles? C'est sa première blessure.

Charles. J'espère bien que ça ne sera pas la dernière.

aleert. Gourmand ! voyez-vous ça ? il y prend goût... Tu es bien le fils de ton père... mais tu as encore de la marche pour me rattraper... J'en suis à ma dixseptième.

Charles. Eh bien! mon père, ce n'est jamais que seize qui me manquent, et du train que nous y allons ! . . . avec toute l'Europe sur les bras...

aLrerT. Tu ne peux manquer d'avoir bientôt sur le corps une carte géographique, faite avec la pointe du sabre des Autrichiens, Russiens, Prussiens et autres paroissiens... Ah ! pourquoi ai-je dans cette cuisse-là un demi-quarteron de plomb fondu ! j'aurais tant de plaisir ! . . . ah ! ah ! ah ! Pardon, mesdemoiselles, je vous prenais pour un escadron de Kinserlitz.

CÉCILE. Charles, vous devinez mon impatience, vous entendez déjà ce que mon cœur demande... des nouvelles de mon père, de mon frère... Où sont- ils ? quels dangers ou quelles fatigues les empêchent de me donner fréquemment de leurs nouvelles chéries?

CHARLES. L'éloignement de mon corps du poste occupé par M. de Clainville m'a mis dans l'impossibilité d'avoir par moimême de ses nouvelles ; mais cependant il j ne se passait pas de jour que jene m'informasse du général, et j'apprenais par les bulletins ou par les ordonnances les détails de ses faits d'armes. Après de nombreux traits d'héroïsme dans les plaines de Jemmapes, le général a quitté la Belgique pour se porter vers Mayence et défendre la fron-

LE MAGASIN THZ\IRAL.

tière attaquée sur ce point... Son éloge vole de bouclie en bouche. La veille encore de mon départ, tons nos soldats s'entretenaient de son courage, et au bivouac ennemi on ne parlait que de son humanité.

CÉCILE. O mon Dieu! je te remercie !

tu as veillé sur des jours qui me sont plus chers que les miens !.. Dites-moi, Charles, mon frère, sans doute, aura suivi la brillante trace de son père, il aura été aussi l'admiration de ses soldats et la terreur de l'ennemi ?

CHARLES. M. Frédéric...

CÉCILL. Eb bien! Charles, vous n'osez m'en parler. .. Votre regard se détourne de moi... Quel présage de malheur...

CHARLES. Mademoiselle Cécile, ne m'interrogez pas... Charles n'aurait pas la force de répondre.

Cécile. Ah! mon Dieu!... Une balle meurtrière...

Chaules. Non, il n'a pas trouvé la mort, du moins on le dit.

CÉCILE. Ah ! vous me glacez d'épouvante! d'affreuses idées se pressent dans mon esprit... Achevez, Charles.

CHARLES, regardant autour de lui si on l'écoute. Après le glorieux combat où le général se couvrit de gloire, on crut monsieur Frédéric digne de la cause qu'il défendait; il fut envoyé vers les chefs ennemis pour traiter avec eux des intérêts de la république. Il ne revint pas au camp... Les bruits les plus fâcheux circulent sur son compte... On parle de plans livrés...

albert. Une trahison!..

CÉCILE. Oh! l'on ne peut le croire...

mon frère, un lâche! un traître! Ce sang-là ne coule pas dansles veines de notre famille.

HORTENSE. Cécile a raison... M. Frédéric est incapable...

Charles. Je donnerais ma vie pour le laver d'un soupçon si indigne.

CÉCILE. Je le répète, c'est impossible... Mais, hélas! je n'en puis douter, la flétrissure qui pèse sur mon frère est connue dans le village... C'est à cela que je dois attribuer l'accueil glacial et contraint que je viens de recevoir. Le peuple ne sera pas plus long-temps dans l'erreur. Je cours plaider devant lui la cause de mon frère, le supplier de suspendre son jugement, jusqu'à ce que la vérité ait été mise au grand jour.

ALBERT. Je vous suis.

Albert et Cécile sortent.

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