SCENE IX
CHARLES, HORTEiNSE.
HORTENSE. Fasse le ciel que Cécile réussisse! mais il me semble que depuis ^"A-
ques jours la fille du général Clainville n'est plus, comme autrefois, l'objet de l'affection des paysans. Le peuple est injuste.
Charles. Non, Hortense; mais il est défiant, il a été si souvent dupe de sa confiance. Malgré la gloire qu'il acquiert, le peuple aujourd'hui est malheureux ; agité au dedans, attaqué au dehors, aigri par le sentiment de ses maux, aveuglé par ses passions, il est prêt à envelopper dans sa vengeance ceux même des nobles qui défendent ses droits.
hortense. Heureusement le ciel nous a envoyé un défenseur.
CHARLES, tendrement. Oh! ma vie, ma vie entière à vous!.. S'il ne m'est pas permis de la conserver longue pour la partager avec Hortense, au moins que je la perde auprès d'elle et pour elle.
noRTENSE. Charles!..
CHARLES. N'est-ce pas à vous seule que je dois le peu d'illustration que mon nom a acquis dans les rangs de l'armée française? c'est l'envie d'être digne de vous qui m'a fait mépriser la mort. Quand une occasion de me distinguer se présentait, je pensais au plaisir que j'aurais en reparaissaut devant vous, paré de l'épaulette; chaque blessure que j'affrontais me donnait une nouvelle joie ; chaque danger, c'était une espérance : Hortense, dites-moi que je ne me berçais pas d'un bonheur imaginaire.
On entend sonner le tocsin.
hortense. Ah! mon Dieu! Charles, cet affreux signal annonce-t-il quelque prochaine catastrophe?... Entendez-vous les sons du tocsin?. . Dans les campagnes, c'est toujours Je présage de quelque sanglant attentat.
CHARLES, prêtant Vorcille. Il me semble entendre quelque tumulte dans la direction du château de la Guérinière ; je vais savoir quels peuvent être la cause et le but de ce mouvement.
Il sort.