‹ ThéâtreChapitre 235 sur 846 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Voyageurs, LE BRIGADIER, LE GREFFIER.LECONDIXTEL R,HOR- TENSE, CECILE, MADELON, RO- IS! L LUS, greffier.

LE greffier. Doucement, doucement, voyageurs. . . rangez-vous tous par la droite. Conducteur, la feuille...

madelon. Il y a une bonne fournée aujourd'hui, à la bonne heure. ( Regardant Hurtense.) Ah î mon Dieu ! mais je ne me trompe pas...

Cécile, à Hortense. Nous sommes reconnues...

L'AMITIÉ O'C.NE JEC.M fXLLE.

SI

BOrtensb, bai regardant Madehnt, Cest Madelon.

M\DEL0N, s'approt liant Madelon. Ne craigiuz rien, je devinons... Si Madelon peut vous être utile, elle est là... et d'aplomb... et voilà.

le greffier. Madelon, veux-tu bien ne pas te mêler aux voyageurs, que je les compte.

MADELON, se retirant. Je voulais voir si je ne reconnaissais pas par là queuque visage des environs... Vois-tu, moi, citoyen épicier, je suis peut-être la fille d'auberge qui a le plus de connaissances.

le greffier. Procédons à l'examen sévère des signalemens.

CÉCILE. Ah ! mon Dieu! s'il allait découvrir la ruse... Hortense, prendsbien garde de te trahir.

LE greffier. On ne peut trop faire z'attention, car ces troupeaux de ci-devant qui sont en déroute ne se font aucun scrupule de fabriquer de faux papiers; mais, par bonheur, la municipalité adebons yeux...

Où donc sont mes lunettes?.. Ce n'est pas nous autres que l'on attrape... c'est nous qui attrapons les autres, n'est-ce pas, gendarme?

le brigadier. Je t'en réponds, citoyen épicier.

LE GREFFIER, à un voyageur. Où vas-tu, et qui que t'es ?

LE voyageur. Hein?

le greffier. Je te dis qu'est-ce que t'es. . à quoi que tu gagnes ta vie?

LE voyageur. Lis le passe-port.

le greffier. Ah ! c'est juste ! « Lebceuf, marchand de vaches, etc., etc. » {Il rend le passe-port.} T'es en règle. ( A un autre citoyen.) Ah! je te reconnais... tu vends de la viande à la République. . . t'est un bon. . . honneur à ceux qui ne laissent pas jeûner la nation. Salue, gendarme. (A un troisième passe-port, lisant.) « Nez... cheveux... etc., etc.. signes particuliers, enrhumé. » ( Le royugeur tousse.) Il y a identité... tu peux circuler à pied ou à cheval... A vous autres, jeunesses... approchez.

LE conducteur. Quant à celles-là... elles sont de ma connaissance, et me sont recommandées par la cuisinière d'un représentant du peuple...

le greffier, se découvrant. La cuisinière d'un représentant... les plus grands égards alors... {Se ravisant.) Montrez-moi vos passeports. . . [Il donne à lire au gendarme. ) Rose Frémont!

Cécile. C'est moi, citoyen, et v'ià ma sœur.

le greffier. « Taille... cheveux... et

caetera... bouche, idem... Assurons-noufl «i la bouche est idem... c'est bien ça... et l'autre, Jeanne Frémont... ce passeport est en règle, et puis d'ailleurs elles connaissent la cuisinière d'un représentant du peuple.

hortense, à part. Je respire !

le greffier. Et toi, là, qui te tiens derrière avec ton bonnet blanc, tu devrais savoir que c'est pas la couleur à la mode.

le voyageur. Mes opinions sont connues, le bonnet n'y fait rien... t'as qu'à t'informer de Chauchaud, citoyen greffier.. Chauchand, le marmiton de l'auberge de la Potence... d'ailleurs, v'Ià mes papiers.

LE GREFFIER. Voyons le signalement...

« Tète de veau... pieds dé mouton — oreilles à la poulette... » Qu'est-ce c'est que ça? (Lisant.) « Langue aux cornichons. »

le voyageur. Ah! pardon... pardon...

je me suis trompé, j'ai pris la carte de l'auberge pour mon passe-port.

le greffier. A d'autres, tu espérais nous tromper par ce faux signalement...

c'est un ci-devant déguisé en marmiton... Gendarme, mets-y les menottes, la corde et les poucettes.

le voyageur. Mais je vous dis. ..

le greffier. Il dit vous... c'est un émigré... qu'on l'emmène... et moi, j' vais faire mon rapport.

madelon, criant. Les voyageurs à table!

le greffier. A table! je reste, il pourrait survenir des voyageurs...

LE conducteur. Vivement, nous ne resterons qu'un petit quart-d'heure. ( Les voyageurs panent dans lu salle à manger ; à Hortense H il Cécile ) Mes petites mères, vous devez avoir appétit, l'air de la grande route est vif suivez les v yageurs.

Cécile. Je vous remercie bien, monsieur le conducteur, nous ne nous mettrons pas à table.

le conducteur. Je voudrais ben voir ça... si la bourse n'est pas ben garnie, j'y suppléerons... Ah ben! la tante Frémont ferait un beau train, si elle savait que j'ai laissé jeûner ses nièces., elle me pardonnerait davantage de vous avoir fait boire un petit coup de trop... venez, venez.

hortense. Ne nous forcez pas ; ma sœur se trouve un peu malade, et moi, la voiture m'a étourdie...

le conducteur. Ah! je vois ce que c'est... c'est timide... ça a peur de se trouver en tète-à-tête avec dix consommateurs...

CÉCILE. Nous prendrons seulement ici de quoi nous rafraîchir.

MADELON, survenant. Je vas vous arran-

LE MAGASIN THKATRAL.

ger tout ça, moi... je vas mettre ces deux jeunesses-là dans la petite salle voisine, à un bout de table, elles seront seules.

LE CONDUCTEUR. Eh ben ! c'est çn .. . mais aie soin de ces petites mères, Madelon... si elles sont contentes, je te donnerai trois baisers pour ton pour-boire.

madelon. Ils sont généreux comme ça les farceurs de conducteurs.

Le conducteur et Madelin sortent en plaisantant ensemble.

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