SCENE V
Les Mêmes, JEAN-LOUIS.
JEAN-LOUIS, à part. Elles ne sont pas mal construites du tout, du tout, ces jeunesses-là... La brune me revient assez à moi, et je n'haïrais pas non plus la blonde ; elles m'plairaient ben toutes deux.
CÉCILE. Vous êtes de cette auberge, n'est-ce pas. mon a
JEA \-i.ouiS. Je suis bien fâché, citoyenne paysanne, mais il faut que tu me dises tu, ou je ne vous répondrai pas.
CÉCILE. Eh bien! réponds-moi...
JEw-louis. Je fais partie de cette auberge ; qu'est-ce qu'il vous faut, voulezvous que j'aille vous acheter un fromage de Brie ? Tous les voyageurs qui passent à Meaux achètent du fromage de Brie...
ça coule de source.
Cécile. Non, écoute, c'est autre chose.. Quand nous avons quitté notre village, not' bonne mère nous a remis un louis de vingt-quatre livres.
JKAN-LOUIS. Un louis de vingt-quatre livres !.. diable! c'est de beaux partis que ces filles-là.
Cécile. Il nous en revient à chacune moitié, et avant de nous quitter, nous voulons partager...
jean-louis. Le magot?..
CÉCILE. Mais il faut changer lapièce, et s'il y avait moyen...
jean-locis. Dam ! je ne le ferais pas pour d'autres que pour vous, car j'aurais trop peur de trahir la nation sans le vouloir, mais pour deux paysannes qui ne sont pas des nobles, ça se peut... La mère Simon la fromagère me fera ça, elle... Ah! ça, vous savez qu'il y a de !a perte sur l'or?..
CÉCILE. Fais la commission pour le mieux.
jean-louis. Sois tranquille, tu ne perdras pas plus de six francs... on n'est pas juif à Meaux... Mais parlons bas, je vois venir c'te sournoise de JMadelon, faut nous méfier d'elle, c'est une fille qui est capable défaire pendre deux montagnes.
CÉCILE, donnant le. louis a Jean-Louis. Tiens, voilà la pièce. Dépèche-toi, car la diligence ne tardera pas à se remettre en route.