SCENE PREMIERE
IMARIAC, MADELON.
MADELOK.
Père capucin, confessez, nia femme, Père capucin, confessez-la bien.
Si vous n' la confessez pas bien, Je 1 enverrai au pèr1 gardien.
Père capucin, etc.
Tra dni dèra, tia la, la, la, la !
Tra dèri dèra, tra la, la, la, la!
MAïUAC. Que diable nous chantes-tu là ? madelon'. Mon oncle, c'était le chant national des capucins... c'est que vous ne savez pas, vous, mon oncle, je suis un enfant du couvent. Dites donc, mon oncle, vous avez eu une bien mauvaise idée de me faire quitter une place de fille d'auberge à Meaux pour m'établir bouquetière. \ 'là seulement trois jours que je suis en boutique , et toutes mes économies y ont passé.
MARIAC En vérité?
madelon. C'est pas étonnant , depuis que le gouvernement a donné congé à tous les saints du Paradis, il n'y a plus d'fétes, et par conséquent, on n'achète plus d' bouquets pour les souhaiter... et par ainsi, les bouquetières sont enfoncées avec les saints, l'un portant l'autre ; dire qu'à c'te heure saint Jacques, saint Joseph, saint Firmin, saint François ne sont plus que de la Saint- Jean.
MARIAC. Mais, dans cette prison dont je t'ai accordé l'entrée, ne fais-tu pas de bonnes affaires?
MADELON. C'est vrai qu'ici je m'en r'tire assez bien ; mais, voyez-vous, ça m' fend 1' cœur quand je vends un bouquet, de me dire qu'il n'aura pas le temps de se faner entre les mains de celui qui me l'achète. MARIAC. Il est vrai que ça va vite, ici. Depuis un mois seulement, v'ià déjà un registre rempli jusqu'à la couverture des noms de prisonniers.
MADELON. Et mamzelle Hortense, c'està-dire mamzelle Cécile Clainville?
MARIAC. C'est aujourd'hui qu'elle doit passer en jugement. Elle est protégée, à ce qu'il paraît, par le citoyen Lenoir, car voi-
là déjà trois jours qu'elle est ici, et ordinairement on ne les laisse pas languir si long-temps sans les juger.
MADELON. Est-ce que vous croyez qu'elle sera condamnée ?
MARIAC. Parbleu ! comme les autres.
MADELON. Pauvre fille !
MARIAC. En parlant de cela, il y a une jeune paysanne qui s'est présentée plusieurs fois au guichet, en demandant à voir la ci-devant.
MADELON, à part. C'est mamzelle Cécile.
MARIAC. Mais je lui ai fait répondre que sans ma permission expresse...
MADELON, à part. Je n' sais pas si j'ai bien fait de me prêter à ce qu'elle m'a demandé pour l'introduire ici... mais elle m'a tant priée, tant suppliée...
On entend un coup de marteau au guichet ; une •voix crie : L'officier de ronde. Mariac va ouvrir le guichet.