CÉCILE, LENOIR
LENOIR. Cécile Clainville!... Qui peut t'amener vers moi, citoyenne?
Cécile. Mon devoir... Vous savez que Cécile Clainville, condamnée par ses juges, n'est pas dans les fers. Vous n'ignorez pas qu'une autre a usurpé ses droits à la mort. Cette autre, c'est mon amie, mon Hortense. Séparées par vos ordres lors de son arrestation, j'ai pu enfin pénétrer vers elle, j'ai
l'amitié d'cne jecne fille.
réclamé mu chaîne*, j'ai voulu qu'on me restituât mon nom et nus périls en met» tant fin »U pins noble dee sacrifices, ce fui en vain. Pendant ce débat, auquel la justice dea hommes refusa son appui, une sentence de mort fut prononcée... Alors j'ai couru chez ces hommes de sang qui tiennent leurs glaives suspendus sur Usa tètes des Vieillards et des vierges. Je me suis jetée aux genoux du premier magistrat.... Je l'ai trouvé moins cruel qu'on me l'avait dit, car son premier acte de pitié fut d'abord la grâce de mon père.
LENOIR. Le généial Clainvillel...
CÉCILE, ha liberté va lui être rendue, et c'est Charles, officier de service près du magistrat que mes larmes ont attendri, qui a été chargé de briser les fers de mon père pendant que je viens travaillera la liberté d'Hortense. Il dépend de vous seul maintenant qu'Hortense devienne libre....
Emu par mes paroles et par le récit de l'acte de dévouement de mon amie, voici ce que le magistrat du peuple m'a dit : Jeune fille, ton amie vivra, et voici votre grâce à toutes deux. Va trouver l'officier municipal Lenoir, qu'il appose son visa à ma signature, et les cachots s'ouvriront pour laisser sortir ton amie... et il m'a remis cet acte en ajoutant : Hâte-toi — car notre justice est prompte, .et ce soir il ne serait peut-être plus temps.
LENOIR, à part. Heureuse pensée.'., j'ai fait avancer l'heure de l'exécution... (Regardant la pendule.} Gagnons du temps...
CÉCILE, tendant lepapier. Citoyen, Hortense souffi e. . . et moi, je souffre bien davantage encore.
lenoir. Rien n'est désespéré, jeune fille... les désirs du président seront satisfaits... C'était un beau dévouement que celui de ton amie... quel malheur, si la mort en eût été l'unique récompense!..
CÉCILE. Mais, de grâce, signez. Le magistrat a dit : La justice est prompte... Ah! si elle allait trop se hâter...
LENOIR. Crainte puérile!... {A part.) Encore quelques minutes, et toute tentative pour la sauver deviendra inutile.
CÉCILE, avec violence. Ah ! mon Dieu !.. que vous y mettez de délai !
LENOIR, regardant la pendule. Sois satisfaite... (Il regarde la pendule.) Je vais signer.
Il signe.
CÉCILE, prenant lepapier. Ali! citoyen, Cécile ne médira plus de la bonté de votre cœur.
LENOIR. Un moment — Ton impatience allait me faire oublier qu'il faut que ce
mandat de mise en liberté soit revêtu du timbre municipal, autrement il n'aurait aucune foi ce.
CÉCILE. Ah! mon Dieu!... et il faut aller encore le solliciter.
LENOIR, avec douceur. Non, jeune fille, c'est moi qui en suis dépositaire... Dans une minute je reviens.... Il est là, dans mon cabinet.
CÉCILE, pleurant. Ah! mon Dieu! mon Dieu!., encore un obstacle, un délai.
LENOir. Enfant, que peux-tu craindre?
CÉCILE. Hâtez- vous donc! hâtez-vous!
je vous le demande à genoux.
Lenoir entre dans son cabinet.