LA COMTESSE, OSCAR
l i i omtesse voit avec teneur ce que fait Oscar, et le regarde sans oser ouvrir la bouche.) OSCAR, venant à elle.
Madame!., je vous ai sauvé la vie!..
LA COMTESSE
Monsieur !..
OSCAR
Oh! Madame , j'ai peu les habitudes de votre monde, encore ! Peut-être ne faudrait-il point vous jeter ainsi ma créance au visage; peut-être, venant à vous comme suppliant , devrais-je m'agenouiller pour vous dire cela?
LA COMTESSE
Non, ce n'est point à genoux qu'on vient demander service pour service !.. Cet anneau, ce bracelet... vous donnent le droit de me parler haut, Monsieur... Ainsi, quo puis-je faire'.1 qu'exigez-vous de moi ?
OSCAR
Vous m'avez dit, Madame : S'il arrive jamais que vous quittiez cette existence funeste pour une autre plus digne de vous, on quelque lieu •pie vous soyez, venez à moi! J'ai obéi, j'ai quitté ma vie de sang et de feu pour celle que vous voudrez me faire. J'ai tout jeté derrière moi , jusqu'à mon nom ! Le brigand Oscar n'existe plus...
LA COMTESSE
La foule, tout à l'heure, traînait un cadavre en poussant d'horribles cris de joie... j'ai entendu nommer Oscar !
ose Ali.
C'est vrai, Madame... Pour ne pas se faire pendre, le brigand s'est tué... Tout à l'heure, je me suis vu passer sous vos fenêtres , escorîé de soldats qui avaient encore peur de moi, tout mort que j'étais; et dans un instant (il ouvre la fenêtre qui donne sur la placepublique.) votre bonne ville ira voir, se balancer àsou gibet, un pauvre diable que vos imbécilles de bourgeois prendront pour Oscar, et qui n'est autre que son obscur lieutenant frappé par moi.
LA COMTESSE
Comment ?
OSCAR
Ce n'est point un crime , je vous le jure ! je n'ai fait que me défendre ; il m'espionnait , il allait me vendre et me livrer! Écoutez-moi, écoutez-moi, Madame!.. Je vous ai sauvé la vie ; car ils vous auraient tuée , sachez-le bien ! Et parmi ces hommes , parmi ces nobles juges qui ont mis ma tête à prix. , combien il y en a qui vivent et qui seraient morts si je n'eusse crié aussi merci pour eux !.. Oh ! je suis las , je suis las de porter à moi seul les crimes de toute ma bande !.. je les renie , je m'en dégage , il n'y a plus d'Oscar... l'homme qui vous parle, se nomme Frédéric de Muldorf, et Frédéric de Muldorf vient demander à la noble comtesse d'Anspach , appui , secours et protection : trois choses promises au bandit Oscar, parla comtesse d'Anspach.
LA COMTESSE
LE BRIGAND ET LE PHILOSOPHE
moi-même mon nom clans toutes les rues , en ■ disant : Voyez-vous , là ? quand j'étais chef de brigand , j'ai sauvé la vie à la noble comtesse d'Ansparii , et tout à l'heure elle m'a chassé de chez elle comme un mendiant qui trouve l'aumône trop légère... Allons, allons!.. Cependant, il y avait de la force en moi , il y avait l'instinct des grandes choses !.. je !e sens ; mais il faudra que cela s'étouffe et meure!.. Oscar, la noble société ne veut pas de toi. Adieu, Madame !.. ( Il va vers la porte et l'ouvre. ) LA. COMTESSE.
Arrêtez!.. (A part.) Que faire?.. Il m'intéresse , il me touche , il me met les larmes aux yeux!.. Mon Dieu! est-ce ta voix qui crie dans mon cœur ?.. Faut-il... ( Haut. ) Vous ne voulez donc pas quitter l'Allemagne ?
OSCAR, revenant avec précipitation.
Oh! non, ma bienfaitrice, non! vous que Dieu a jetée sur ma route pour me sauver de l'échafaud qui m'attirait à lui de toute sa puissance , ne m'éloignez pas de vous , ne me perdez pas si vite après m'avoir sauvé... Je veux devenir votre orgueil , je veux qu'un jour vous soyez fière de moi ; je veux employer au bien la dévorante énergie qui ne m'a encore servi qu'au mal, je veux me rendre deux fois illustre, pour qu'une célébrité compense l'autre ; mais j'ai besoin de vous pour cela, il ne faut pas que je vous quitte , il faut que dans ce monde in- <
» connu vous me donniez la main pour marcher , ou je me perdrais encore ! N'ayez pas peur de moi ; mon cœur s'est amolli ; ma tête est désarmée comme mon bras... Ne me chassez pas, je vous en conjure! ( Il se jette à ses genoux. )
LA COMTESSE , hors d'elle-même.
Eh bien !.. j'y consens... vous resterez... j'aurai soin de vous... je vous le promets, je vous le jure. Mais relevez-vous , pour Dieu, relevez-vous donc !
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