SCÈNE V
LA COMTESSE , UN DOMESTIQUE , suivi
d'OSCAR.
LE DOMESTIQUE
Madame la Comtesse , voici quelqu'un qui veut absolument...
Que vois-je?.. ah!
(Le domestique, voyant la frayeur de sa maîtresse . veut entraîner Oscar q-'i se dégage , s'approche de la Comtesse . cl lui montre, son anneau.
OSCAR, à demi-voix.
Secours et silence, Madame !
LA COMTESSE , épouvantée.
Que me voulez-vous?
OSCAR, bas, el montrant le domestique.
Je ne puis rien dire devant cet homme... renvoyez-le. (La Comtesse hésite à renvoyer le domestique-. Oscar s'en aperçoit, et montre la porte ;t celui-ci, qui paraît ne pas comprendre.) Allons! sortez ! Vous voyez bien que Madame désire êlre seule avec moi!..
(Le domestique sort ; Oscar va précipitamment fermer la porte du salon.)
PEMtëae partie, is
pas là ce quo vous vo Enfin . que vous
faut-il? parles...
OSCAR
Que sais- je, moi, Madame? J'étais là-bas, chef el puissant parmi les mions, qui tremblaient, marchaient, niaient et tombaient morts à mon moindre geste. J'avais un nom illustre, je m'étais va jouer au théâtre de Darostadt, j'avais entendu chanter mes exploits dans les auberges ! Tout-à-coup, une voix douce comme celle d'un ange , est venue m'appoler et m'a dit : Ilegardeloi. Alors, .Madame, j'ai senti qu'un voile me tombait des yeux, je me suis vu tel que j'étais, j'ai eu peur et pitié de moi. J'ai secoué avec horreur la sanglante auréole qui m'entourait le front; de démon, j'ai voulu devenir homme: j'ai suivi la voix que j'entendais toujours m'appeler et je suis venu. Maintenant, me voilà, Madame... vous m'avez devant vous, timide et docile comme un enfant : où vous me direz d'aller, j'irai : ce que vous voudrez que je fasse, je loferai : mais parlez-moi. dirigez-moi, commandez-moi : car, voyez-vous, il me serait peuiétre impossible de faire un pas .seul, sans retomber dans le crime! En un mot, Madame, sauvez-moi de moi-même! je me livre, je m'abandonne à vous! car je ne sais quelle puissance émane de votre être et subjugue le mien . mais vous me diriez : Oscar, il me font ta vie... que je me tuerais à l'instant.
LA COMTESSE
Ne parlez pas ainsi! non! non!.. Vous avez bien fait de venir à moi : je ne tromperai poij;t votre espoir... Voyons, dites!., je suis riche, j'ai du pouvoir... Où voulez-vous aller pour ne pas être reconnu?
OSCAR
Reconnu ! par qui ? mes compagnons et iiips juges me croient mort!.. Qui peut se vanter, hors mes frères d'armes et vous , d'avoir jamais vu mon visage ? Dans huit jours, tout le monde m'aura oublié.
LA COMTESSE
Oh! que non ! il faut quitter l'Allemagne. Je vous donnerai de l'or... tant que vous en voudrez.
OSCAR
De l'or ! à moi ? je n'en veux pas ! Gardez-le votre or ! Je suis riche aussi , moi!.. Offrez donc l'aumône à celui qui donnait cette nuit vingt mille florins aux pauvres de la ville!.. Ah! Madame ! c'est une dérision !
Qu'êtes-vous donc venu chercher ici, alors ?.. Que peut donner une femme comme moi à un homme comme vous, si ce n'est de l'or?..
OSCAR
Ah! Madame!., ah! je vois bien que j'ai été un fou et un misérable, quand j'ai pu croire un moment que la comtesse d'Anspach , une dame de la ville , ne voudrait pas me payer avec de l'or!.. Pauvre insensé , qui s'est venu prendre ainsi aux promesses d'une grande dame!.. ( On entend les cris de la foule. Il regarde par la fenêtre.) Oh! oui, j'ai eu tort de te tuer , pauvre Hermann... Mais tu seras vengé... A cette populace qui croit me tenir parce qu'elle traîne ion Et la Comtesse dégagera sa parole,,, n'est-ce c®» cadavre , je vais me livrer vivant, en criant
SCHXE VI.