SCENE PREMIERE
PËTERS, FRITZ.
Au lever du rideau ils mettent le couvert pour deux personnes.
PÉTERS. Fritz, es-tu descendu à la cave?
FRITZ. Dieu megarded'y avoir manqué :
notre respectable curé ne doit-il pas aujourd'hui souper chez nous? Le père Christophe Kuntz, notre maître , est sorti ce matin pour aller l'inviter.
pÉters. C'était bien la peine de se déranger ! le saint homme n'attend pas les invitations; il sait bien s'inviter lui-même.
FRITZ. Il faudrait peut-être qu'il fit des cérémonies avec M. Christophe qui est son ami.
PÉters. Des cérémonies?... il ne fait jamais de cérémonies pour avaler les bons morceaux.
Fritz. Allons, mauvais chrétien, on sait que tu n'aimes pas notre bon curé.
PÉTERS. C'est ça qu'il est bon pour moi votre curé.. . il veut que maître Christophe me chasse de chez lui. Parce que j'ai un frère à Genève, qui s'est fait orotestant.
Fritz. Au fait, pourquoi ton frère s'estil fait hérétique ?
pÉters. Supposé que mon frère ait eu tort, est-ce que c'est moi qu'il faut en punir?... Je te dis que ton curé est un mauvais prêtre... un égoïste qui ne pense que pour lui: il a l'air comme ça de bien aimer notre maître... niais c'est pas notre maître qu'il aime; c'est d'abord, pour l'avenir, sa bonne ferme, ses bonnes terres, ses bonnes rentes, dont il espère bien se faire faire une petite donation... et puis, pour le présent, ses bons dîners , son bon vin.
FRITZ, impatienté. Eh bien, s'il aime le bon vin, tant mieux! il en boira... j'en ai monté un joli panier à son intention,.. ( Il montre un panier de vin près de la tapie.) Et maintenant je vais donner un coup a'œil à la cuisine... voir si on a soigné la choucroûte du révérend, sa carpe du Rhin.
Il sort.
PÉTERS, ironiquement. Sa carpe du Rhin.. c'est juste... un vendredi... jour d'abstinence. {A Fritt qui est sorti nar la droite. \
MAGASIN THEATRAL
Dis donc, Fritz., tu rappelleras à dame Gott qu'il faut mettre le poulet gras au maigre.
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PÉTERS , MULLER , entre par le fond.
muller. Bonjour, Péters. Maître Runtz est-il chez lui?
PÉTERS. C'est vous, monsieur Muller; le bourgeois est sorti depuis ce matin.
MULLER. Sorti sitôt?... il a tort: à peine remis d'une indisposition violente... à son âge... et par un temps aussi malsain... cet homme-là veut se tuer.
PÉTERS. Essayez de lui faire entendre ça... il se met dans des colères... Ce matin je le rencontre comme il sortait de la maison ; le ciel était gris, l'air froid... je le vois avpc sa grande figure pâle, appuyé sur son bâton... il prenait le chemin du presbytère. Je vous demande ... pour un convalescent... une lieu et demie à pied par un temps pareil. Je m'approche :« Maî- » tre, ça n'a pas de raison, vous vous fe- » rezmal. — Ya-t'en à tous les diables! «Làdessus le sang lui monte au visage... je n'ose pas ajouter une parole... j'ai toujours peur que son mal le reprenne. Savez-vous, monsieur Muller?... Je crois qu'un beau jour le bourgeois se mettra si bien en colère... qu'il en étouffera.
muller. Et c'est encore chez le curé qu'il est allé?... Mais à quoi attribuer l'ascendant de cet homme sur l'esprit du vieux Kuutz?
PÉTERS. Explique ça qui pourra; toujours esi-il qu'il en est i oiffé, et que si dans la maison nous tremblons tous devant le bourgeois, le bourgeois à son tour tremble connue la feuille devant lecuré.(2?awa/^ lo voir..) Tenez, monsieur Muller... on dirait quelquefois qu'il y a entre ces deux hommes-là quelque chose de mystérieux...
comme qui dirait un secret terrible...
Miller. Quoi! Péters, vous pourriez croire ?...
PÉTERS, vivement. Oh! pour croire...
je ne crois rien... mais on fait tant d'histoires dans le pays... et puis surtout M. Runtz, qui n'a pour de personne, a si peur, si peur du curé!...
muller. C'est ce que, ce matin encore, nie disait Conrad.
pétf.rs. Ah ! vous avez vu notre jeune maître? C'est chez vous qu'il a passé la nuit?...
muller. Chez moi?... non... mais il y était de grand matin.
PÉTERS. Heureusement le père ne s'est pas aperçu que le jeune homme n'était pas rentré hier soir! ça ferait encore une querelle , et ils sont si rarement d'accord !
muller. C'est pour éviter une de ces discussions si pénibles que je me suis chargé de porter la parole au nom de Conrad dans une affaire... de haute importance, celle de son mariage.
péters. Ah! oui... lagiande affaire.. .
l'affaire interminable, l'inépusaible source des mécontentemens du fils et des emportements du père... ce qui a fait encore leur dispute d'il y a quinze jours, à la suite de, laquelle maître Runtz est tombé malade. Ah ! monsieur Muller, si vous arrangez la chose , ils vous devront tous les deux un beau cierge !... car, voyez-vous, tant que le mariage de Conrad ne sera pas une affaire bâclée, le père et le fils se chamailleront toujours, et... ça finira mal.
muller. Que voulez-vous dire, Péters?
PÉTERS. Je ne dis rien que ce qui est: le père Christophe est taquin en diable, et entêté comme une mule. Voussavez comme il a des caprices... tenez... sans aller plus loin, vous vovez cette grande faux et ce mauvais couteau qui sont pendus là au mur ; eh bien, si quelqu'un s'avisait d'y toucher , il n'en faudrait pas davantage pour le mettre dans une fureur...
MLLLEH Quel peut être le motif?
PÉTERS. Une idée que le vieux a comme ça... Conrad de son côté n'est pas commode; c'est un bon garçon, c'est vrai... quand on le prend par la douceur; mais dès qu'on le fâche... il ne connaît plus rien... surtout s'il a un peu de vin dans la tète, ce qui lui arrive quelquefois; alors... .voussavez... c'est comme 1 avalanche de nos montagnes... il renverse et brise tout: enfin c'est le caractère du père quand il avait son âge.
muller. ^ ous croyez que Conrad pourrait oublier le nspeci?...
PÉTERS. H y a des moments où l'on oublie tout... le respect tout comme autre chose...
muller, vivement. Yos craintes sont exagérées, Péters. J'espère faire comprendre à mon vieil ami Christophe le langage de la raison!... Il cédera.
PÉTERS. Cédei ?..à unautrequeson curé, ça sera la première fois de sa vie. (On entend chauler plusieurs voix dans la coulisse. ) J'entends nos travailleurs. Je vous quitte, monsieur Muller... et bonne chance !
Jl sort par la droite en fredonnant Pair que l'on entend encore à l'arrivée de Chrisiopne Kuntz <jai entre par le fond.