‹ ThéâtreChapitre 392 sur 846 · I.'UOMU I II · texte numérisé non relu

I.'UOMU I II

SARA» H est donc vrai! foui vous êtes

battu ?

olivier. Eh ! sans doute ; il fallait en finir avec cet homme : il était royaliste , et papiste, ami de l'archevêque Laud , que sais— je , moi .'

su? a. Ah î mon Dieu , mais ce n'est donc pas parce qu'il m'aimait que vous vous eu s battu ?...

olivier. Oui , oui , cela aussi sans doute, cela aussi. Bref, je ne me souciais pas de me brouiller avec Richelieu , et de monter en pleine Grève Sur l'échafaud de Bouiuviilc. ^'eussiez -vous mieux aimé décapité en France que sain et sauf en

Angleterre ?

SARA. Oh ! Olivier ! Olivier!

olivier. Certes , non , n'est-ce pas ? on ne ressuscite pas un cadavre , on rejoint un fuyard.

SARA. Olivier! vous me pailez avec une amertume...

Olivier. Cest que vous me poursuivez, rot», avec an acharnement...

s\n \. Moi , monsieur ?

olivier. Oui , vous ; et dans quel moment encore ! quand je >iiis en équilibre sur la roue de la fortune . quand la moindre secousse peut me briser sur le pavé , quand le moindre appui peut m 'élever au faite ! quand à chaque instant le pied me manque et la tête nie tourne ! Vous m'avez rejoint, c'est bien; mais savez-vous quel homme vous avez rejoint? je ne le sais pas moi-même. Est-ce un homme d'église , un homme de politique ou un homme de guerre? par le ciel ! dites-le moi ; vous me rendiez service: vous courez après un époux, encore faut-il que vous sachiez du moins qui vous épouserez.

SARA. J'épouserai le père de mon enfant, peu m'importe quel titre il portera; s'il n'est rien , je serai heureuse de l'élever jusqu'à moi ; s'il est puissant , je serai fière qu'il m'attire à lui.

Oliaier. Oui , Sara , oui ; je sais que vous avez les vertus et la douceur d'un ange ; mais comme un ange aussi vous voyez notre terre de trop haut et de trop loin pour y distinguer nos misérables tracasseries et nos petites ambitions. Jugez panioi de tousces homii.es qu'agite une pensée quelconque d'avenir! Moi , qui suis de parlement, moi, qui ai dépensé à y arriver dix années de ma vie , m'y voilà enfin dans cette Chambre : maintenant il faut que je m'y fasse un paru. Quand ce parti sera formé , il faudra que je me mette a sa tète, quand je m'y serai mis, il faudra que j'y demeure ! Et quand je oense combien peu

de chose suffirait pour me précipiter! un créancier mécontent, une femme jalouse et importune, une dette de jeunesse, une folie de cœur... car j'appartiens à une secte rigpureuse et sévère : la secte puritaine, à laquelle appartiennent comme moi presque tous mes collègues du parlement. J'observe rigoureusenuntchacund'eux, comme chacun d'eux m'observe. Nul de nous ne peut loi faire sans déshonneur et sans péril Ml redoutable serment qu'il a prêté : serment de fer qui attache le citoyen à l'œuvre sainte jusqu'à ce que l'œuvre soit achevée! Jusqu'à ce moment, pas une émotion ne doit se trahir sur notre visage , pas un éclair ne doit briller dans nos yeux, pas un battement de notre cœur ne doit soulever notre poitrine... Ce temps est un temps d'épreuve, oh ! ma chère Sara! vous voyez bien que votre présence ici e^ t dangereuse, et que ce voyage peut me perdre, et qu'il ne fallait pas venir.

SA&A. Oh! monsieur! monsieur ! voilà un langage bien nouveau et que vous ne parliez pas à Paris.

OLIVIER. C'est qu'à Paris, voyez-vous, on ne craint ni puritain, ni prélatiste, ni covenant; c'ect qu'il y a là une Place- Royale, une Mariori-Delorme, une Auned' Autriche ; c'est que l'état y est mené par un roi faible, et par un ministre fort; et tout cela se soutient, tout cela s'équilibre, une force neutralise l'autre ! ils vivent à Paris; tandis qu'ici! ici, nous combattons...

SARA. Trêve de prétextes, monsieur, car je lis dans votre pensée; vous êtes libre , n'est-ce pas, et vous voulez rester libre : non que vous ne m'aimiez pas, Olivier; non que vous en aimiez une autre ; mais parce qu'à un moment venu, à une heure donnée, uiie femme, quelle qu'elle soit, peut vous tendre la main, pour vous aider dans votre ascension ou vous soutenir dans votre chute ; moi, je puis beaucoup pour votre bonheur, mais je ne puis rien pour votre ambition, je le sens, et je m'humilie, et je pleure ; mais il ne s'agit pas de moi, Olivier. Oh ! mon Dieu ! s'il ne s'agissait que de moi seule, je nie détournerais de votre route, et je vous laisserais passer. Mais je vais être mère, Olivier ; il s'agit de mon enfant, de lui donner un nom, si ce n'est un père...

Olivier. Eh! mon Dieu! je sais bien cela, et nous avons raison lous deux.

SARA. Oui, mais malheur au plus faible, n'est-ce pas? l'autre le brisera pour se débarrasser de lui. Si j'étais seule, Dieu m'est témoin que ]e plierais sous votre main

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jusqu'à rompre ; mais mon enfant, que j'ai pense tuer par ce voyage que vous me reprochez! mon enfant qui meurt si je meurs, et vingt fois dans cette traversée j'ai cru mourir!., l'espoir de vous trouver loyal, l'espoir de donner un nom à mon enfant m'a seul rattachée à la vie qui s'en allait de moi : vous le voyez, je suis assez faible et assez pale pour vous prouver que je dis certes la vérité.

OLIVIER. Ma chère Sara, soyez raisonnable, croyez-moi...

Sara. Merci de vos conseils, monsieur!

deux choses seulement : vous êtes homme, eh bien ! je vous apprends que vous êtes père; vous êtes noble, je vous adjure, sir Olivier, de tenir votre foi de gentilhomme, car vous me l'avez donnée.

olivier. Oui, par écrit même, je m'en souviens.

Sara. Si vous étiez assez cruel pour me repousser, assez dénaturé pour étouffer la voix qui vous parle dans mon sein, au nom de ce qu'il y a de plus sacré au monde, alors .. Olivier, pour vous, pour moi, ne me forcez pas à cela... alors j'en appellerais aux lois de ce pays, je montrerais cette promesse au ministre, j'irais me jeter aux pieds du roi...

(Entre Mme Dappel.)

olivier Ne puis-je vous empêcher de faire cette folie? en ce cas, vous êtes libre, Sara; et les lois de ce royaume protègent aussi bien les étrangers que les Anglais. Invoquez la loi contre moi, qui n'invoque ici que vous seule. Allez au roi, allez au ministre... essayez de me perdre et perdez-moi ; vous y réussirez sans doute, car je suis d'une secte persécutée, et l'on me jugera comme vous m'aurez accusé: sans m'entendre. Adieu...

(11 va pour sortir, Mme Dappel l'arrête.) madame dappel. Un instant, monsieur.

OLIVIER, avec impatience. Que me voulez-vous?

madame d'appel. J'aià vous parler aussi, moi, monsieur, non pas en invoquant votre amour, votre pitié ou votre honneur, la chose serait inutile, je levois, mais au nom de votre intérêt, de votre avenir, de votre ambition...

(Elle fait un signe à Sara qui sort.)

olivier. Faites vite.

madame dappel. Mais comme je suis une femme isolée, sans appui , ignorante des lois, vous permettrez qu'un tiers assiste à notre entretien. {Elle sonne.) C'est mon

conseil aujourd'hui ; demain, s'il le faut , il sera mon avocat. ( .tu domestique. ) Faites entrer. La présence de ce Légiste ne 'peut vous être désagréable | monsieur; c'est un île vos collègues du parlement ; un de vos amis même, je crois.

OLIVIER, se retournant M. Pym!

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