‹ ThéâtreChapitre 393 sur 846 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Précédens, PYM.

MADAME DAPPEL, allant à M. Pym.

Monsieur, vous savez pour quelle affaire je vous ai mandé ; je vous ai parle'' d'un engagement pris , dune promesse de mariage, n'est-ce pas?

l'VM. Oui, madame.

madame dappel. Eh hien ! monsieur, votre avis maintenant , votre avis, devant Hl. Olivier que voilà. C'est votre collègue au parlement ; il ne peut vous inspirer de défiance. Parlez donc et dites-moi quel est l'appui que je dois espérer de ma bonne cause et de vos lois.

PYM. Tout homme qui, par écrit, sans surprise, sans violence, a fait une promesse de mariage , est forcé de la ratifier par le mariage.

MADAME DAPPEL. Et s'il. refuse , quelle peineen court-il?

pym. Celle de la prison.

madame dappel. Et le premier fonctionnaire public peut requérir contre lui cette peine, n'est-ce pas?

pym. Oui, par provision, et s'il est porteur de la promesse.

madame dappel Eh bien! monsieur, je vous adjure, et comme avocat et comme parlementaire, d'appeler unconstable et de faire arrêter monsieur; car voici sa promesse par écrit , donnée sans surprise , et sans violence , et il refuse de l'accomplir. (Sonnant un valet.') Allez prévenir le conslalile que M. Pym, avocat et parlementaire , le demande ici pour office de sa charge.

(Le domet tique sort.)

pym. Cette promesse est-elle bien de vous , monsieur?

olivier. Vous connaissez mon écriture et mon seing, voyez.

pym. Et vous l'avez donnée sans surprise, sans violence?

Olivier. Je l'ai donnée de ma propre volonté et de mon consentement libre.

pym. Et vous refusez de l'accomplir?

olivier. Je ne refuse pas; je diffère.

pym. Et la cause?

olivier. Je l'expliquerai à Sara elle-

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même; puis, lorsque je lui aurai parlé, lorsqu'elle aura vu, si elle consent encore à devenir ma femme, eh bien ! elle le deviendra.

MADAME DAPPEL, passant au milieu. Oh !

tout retard est un refus, monsieur; d'ailleurs, pendant ce temps, le coupable peut s'éloigner, se soustraire à la justice ; repasser en France comme il a passé en Angleterre. Oh ! non, non, je persiste dans ma demande ; la loi est pour moi, je l'invoque ; elle condamne cet homme ; cet homme a été sans foi , je serai sans pitié. Au nom des lois de l'Angleterre dont vous clés le représentant, monsieur, je vous adjure de faire arrêter cet homme!

PYM. Ignorez-vous, madame, que cette arrestation que vous réclamez est impossible?

MADAME dappel. Impossible! comment cela ?

pym. Je ne puis être ici que votre conseil, rien de plus.

olivier. Rien de plus; il dit vrai , madame, et vous pouvez l'en croire; s'il était en son pouvoir de me faire arrêter, il le ferait et de grand cœur ; n'est-il pas vrai , monsieur Pym ?

PYM. Monsieur!...

olivier. Eli! oui, que de scrupules!

Avouez-le donc franchement ; vous ne seriez pas fâché, n'est-ce pas, de vous débarrasserdemoi ? Qu'une pareille idée vienne à un ennemi vulgaire, à un homme ignorant de nos coutumes, cela se conçoit. Mais vous, vous, monsieur Pym, avocat et parlementaire, vous avez compris d'abord toute l'inutilité d'une semblable tentative, et que vos constables seraient mal venus, monsieur, à venir me mettre au collet une autre main que celle de la loi!

PYM. Je sais, monsieur, que la personne d'undéputéest inviolablelorsqu'il se rend à la chambre, lorsqu'il y siège , lorsqu'il s'en retourne dans ses foyers. Je sais que cette prérogative du député cesse dans un cas seulement.

madame dappel. Lequel?

pym. Lorsqu'il s'agit d'assassinat ou d'homicide.

MADAME DAPPEL , vivement. Et pour ce crime le député cesse d'être inviolable, n'est-ce pas ?

PYM. Oui, madame.

MADAME DAPPEL. Arrêtez donc monsieur, alors , car je l'accuse d'assassinat et d'homicide!

OLIVIER, se levant. Moi !

madame dappel. Oui, vous, sur la

J.E MAGASIN THÉÂTRAL

()ersonne île sir Robert Cutler , gentilîomme anglais, du comté d'York.

olimer. Par le ciel, madame, cela est faux ! ce Robert Cutler, dont vous parlez, je l'ai tué en duel ; un duel aussi loyal que celui où fut appelé lord Donald Réa par sir David Ramsay, écuyer ; les armes étaient égales: c'étaient la rapière et 'le poignard, etsi Robert a succombé, ce n'était pas que son épée fût moinse longue, ou sa dague moins affilée que la mienne ; c'est que Dieu avait résolu sa mort, et que Dieu" peut ce qu'il veut.

PYM. Ainsi, vous vous avouez coupable de la mort de ce gentilhomme ?

OLIVIER. Je ne dis pas que je sois coupable de sa mort ; je dis que je l'ai tué.

MADAME dappel. Eb bien ! monsieur Pym, je prends acte de la déclaration de monsieur. Je me charge de désigner la place où l'on retrouvera le cadavre : il n'y a pas encore si long-temps qu'il est confié à la tombe qu'on ne retrouve sur ce corps la trace du coup qui l'a tué ; car" la blessure était large, monsieur : elle entrait sous le sein droit et sortait sous l'épaule gauche ; cette blessure a entraîné la mort ; voilà ce que je me charge de prouver:

c'est qu'il y a eu homicide. Monsieur se chargera , lui , dé prouver que cet homicide est la suite d'un duel.

PYM. Ce sera chose facile , monsieur ; car vous avez des témoins , sans doute ?

olivier. Nous n'en avions pas, et celte femme qui vient m'accuser ici sait bien pourquoi nous n'en avions pas: c'était pour ne pas déshonorer sa nièce. Non, monsieur : mon duel avec sir Robert Cutler fut une affaire d'honneur... mise sous la sauvegarde de l'honneur ; je l'ai tué comme il aurait pu me tuer: Dieu prenne pitié de son ame !

PVM. Alors je me vois forcé de vous faire arrêter, en attendant que vous fournissiez vos preuves.

olivier. Eh faites, monsieur! Je suis las de discuter... avec des femmes et des avocats.

PYM , allant à lui. Réfléchissez , monsieur, que la robe d'un avocat n'est ni plus longue, ni plus noire que celle d'un théologien!

olivier. Tout théologien que je suis , monsieur Pym , je vous avertis que j'ai porté l'épée.

PYM. Tout avocat que je suis, monsieur- Olivier , je me battrais aussi volontiers qu'un officier des armées royales :

olivier. Eh bien ! venez donc! ... je suis à vo '/ part.ï Au fait, c'est le seul

moyen qu'il y ait de sortir d'ici. (Haut.) Venez !

MADAME DAPPEL, retenant M. Pym. Non pas !...

(Pym, qui a fait un pas pour sortir, revient en scène.)

Olivier. Ah! ah! l'homme de cœur déjà qui disparaît devant l'homme de loi !.. Soit, monsieur!., faites votre office!... J'en appellerai à la chambre, et nous verrons si la chambre ne me relâche pas sous caution.

madame dappel. Est-ce que la chambre peut rendre la liberté à cet homme, ditesmoi, monsieur?

PYM. Elle le peut , madame ; à moins que le roi ne le réclame comme justiciable de haute justice.

MADAME dappel. Oli ! comment voir le roi!... comment me jeter aux pieds du roi!

On entend du bruit au dehors.)

OLIVIER, regardant à la fenêtre. Eh ! tenez, voilà son ministre que l'on poursuit à coups de pierres.

A'Oix al' dehors. A bas sir Thomas Wentworth ! à bas le comte de Straffort ! mort à l'ennemi du peuple ! mort ! mort !!

PYM. Mais c'est une émeute!... une sédition ! Le peuple ne nous donnerait-il pas le temps de lui faire justice, et se la ferait-il lui-même ?. . .

MADAME dappel, au constable. Ne vous éloignez pas, monsieur le constable! ne vous éloignez pas ; votre œuvre n'est point finie ici..

pym. Mais si, par le ciel; on ferme toutes les portes, il ne trouvera nulle part à se réfugier ?

voix au dehors. Hurra! hurra Straf fort '.. . . mort ! mort !

pym. On détèle sa voiture ; on le force à descendre... Les shériffs l'entourent....

mais ils ne pourront le défendre. !... mais ils vont le tuer !

voix. Mort à Wentworth . mort au renégat! mort au traître! mort!

Olivier, / roulement. Madame Dappel, vous désirez avoir une audience du roi,

je crois l

MADAME DArPEL

Oh

je l'obtiendrai, monsieur !

olivier. C'est chose facile: ouvrez votre porte à son ministre, et il sera bien ingrat s'il ne vous conduit pas lui-même aux pieds de sa majesté.

MADAME dappel. Vous avez raison ! et lorsqu'un conseil est bon, il faut le prendre, de quelque part qu'il vienne. {Courant à la porte et Vowrant.) Milord! milord! ent--p* ici! milord, venez, venez.

(Rumeurs, vcix confuses )

CR0MWELL.

iiapeau

Ou re-

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