‹ ThéâtreChapitre 401 sur 846 · SCENE VUE CHARLES, OLIVIER · texte numérisé non relu

SCENE VUE CHARLES, OLIVIER

CHARLES, entrant par le fond. Cet homme qui était ici, ce membre du parlement, ce... {Apercevant Olivier.) Ah! je vous cherchais». .

OLIVIER, se retournant.) Moi, sire!..

CHARLES. Oui , vous, vous, mon adversaire, mon ennemi, je le sais. Mais; au milieu des dangers qui m'environnent, il faut bien choisir entre mes ennemis, et ni'adresser au plus cruel peut-être, comme au plus loyal.

olivier. Que voulez-vous, sire?

Charles. Je veux , monsieur , je veux que vous veniez à mon aide ; car ces lords. . . ces lords !..

olivier, froidement. Ils ont confirmé la condamnation, n'est-ce pas?

Charles. Les lâches! dix-neuf seulement ont osé voter contre! J'étais là, dans une tribune : j'ai vu leur défection , leur misère!..

olivier. Eh bien!

Ciiari.es. Eh bien! j'ai pensé qu'il y avait encore plus peut-être à espérer de la chambre basse que de la chambre haute ; que là, du moins, s'il y avait de la haine, il y avait de l'honneur, cl. au milieu de tous ces hommes, c'est vous que j'ai choisi.

olivier. Moi!

CHARLES. Pour vous demander conseil.

Que réclament-ils de moi? que faut-il que je fasse pour qu'ils me rendent Straffort, pour sauver la vie de Straffort , pour que Straffort ne meure pas7..

olivier. D'abord , sire , le parlement demande que vous renonciez à votre droit de le dissoudre.

en ARLES. Pour le sauver ! eh ! de grand cœur, mon Dieu! où est le bill? que je le signe...

LE MAGASIN IHKATIUL.

OLIVIER , te lui présentant. Le voici.

CHAULES, signant. Je vais l'envoyer...

oui ! le parlement verra avec quelle promptitude je me rends à ses demandes ; cela le désarmera.

olivier. Si votre majesté l'ordonne, je vais le porter.

CHARLES. Non, restez ici, vous! Appelant.) Quelqu'un... J'ai quelqu'un. (A pur/.) Oui, une démarche du prince de Galles, de l'héritier de la couronne, de' mon fils... ( Bus a l'huissier. ) Faites venir le prince de Galles. (L'huissier sort.) Cet enfant n'a rien fait pour mériter leur haine ; il est pur des fautes de Straffort, des miennes, de nos crimes, comme ils disent!.^ Le prince de Galles entre.) Viens, Charles, fais-toi accompagner de deux gentilshommes, va à la ebambre basse, remets cette lettre à l'orateur, prie-le avec ta douce voix, avec ta voix d'enfant, de t'accorder ce que je lui demande, et il ne pourra te refuser; va, mon enfant, va... ( Le prince de Galles sort. Le roi revient à Olivier.) Vous voyez, monsieur; je renonce au droit de dissoudre le parlement ; je fais ce qu'il veut ; ne fera-t-il point ce que je lui demande !

olivier. Et par qui votre majesté at-elle envoyé ce message ?

Charles. Par mon fils , par mon Charles... par le prince de Galles... (On entend un roulement de toiture au dehors.) Entendez-vous? le voilà qui part...

olivier. Comment! cet enfant?...

Charles. Cet enfant! c'est le seul héritier de la couronned'Angleterre, monsieur!

Olivier. Et vous avez été livrer à la chambre un pareil otage ? aveuglement et fatalité!..

Charles. Comment, monsieur! vous croyez qu'on oserait?...

olivier , riant. Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! commentlespuissans jugent-ils donc les autres hommes et se jugent- ils euxmêmes ? à traversquelleatmospbère voientils donc les objets, pour qu'ils leur apparaissent avec une couleur aussi fausse et sous des formes aussi trompeuses !...

Charles. Vous me faites mourir , monsieur!

olivier. Je me trompe peut-être, sire.

cnARLES. Mais que pensez-vous ?

olivier. Rien.

CnARLES, tombant dans un fauteuil. Ah ! vous êtes des hommes impitoyables '.

olivier. Impitoyables pour qui a été sans pitié ; oui, sire , et les rigueurs de votre ministre...

Charles. Ah ! car ces rigueurs , ce n'est

CROMWELL

point Straffort, c'est moi qui les ai ordonnées. Lorsque le trône et l'autel sont en péril , on ne les délivre pas avec d< s pi tèn s impuissantes, avec des Larmes inutiles; on les réhabilite avec la loue! IVcusson d'Angleterre, monsieur, est soutenu par des lions !

olivier. Plaise à Dieu que cette force ne se brise pas au moment de la lutte , et que les rugisseniens de vos lions héraldiques couvrent la grande voix du peuple qui vous demandera compte un jour du sang versé!...

chaules! A moi , bien ! qu'il me le demande à moi, et je suis prêt à le lu; rendre; mais à mon fils! que peut-il demander à un enfant, qui n'a rien fait que d'étendre ses petites mains pour le bénir ? vous parlez des pénis que court mon fils ; quels sont ces périls, monsieur?

(Un huissier entre et remet nn double message à Olrvier.)

OLIVIER. Vous allez le savoir, sire , car voici un message du parlement.

CHARLES , arrachant l'un des deux papiers. Donnez. (Lisant.) Ma renonciation au droit de faire grâce!... Jamais , monsieur, jamais...

OLIVIER, lui donnant un second papier.

Lisez, sire.

Charles. Le prince de Galles prisonnier! !

Olivier , montrant du doigt. Et la tète du fils leur répond du consentement du père.

CHARLES. \ ous croyez qu'ils oseraient porter la main sur mon fils i. . .

Olivier. Ils l'oseraient.

Charles. Mon Dieu !

Olivier . à l'huissier. Les hommes qui ont apporté ce message , où sont-ils ?

l'huissier. Sur la place, sous cette f«nètre , avec une multitude de peuple qui les a suivis.

olivier. Vous voyez , sire : ils attendent ce bill : signez et votre fils vous est rendu.

cnvRLES. Jamais! jamais!

olivier. Hàtez-vous, sire î le temps presse : on a promis un supplice à la foule ; on ne le lui donne pas. Le peuple attend , et le peuple n'aime pas à attendre; écoute?.!... écoutez!... (On entend de grande.* rumeurs .) Sire , vous m'avez demandé conseil ; si j'ai un conseil à vous donner, signez, signez vite.

cris dws la foule. Mort à Straffort!

mort au prince de Galles !

Charles. Mon fils! mort à mon fils!

( // signe précipitamment. ) Tenez, tenez, monsieur; voilà ma tète ! voilà la sienne ! mais que mon fils vive , qn'il vive , entendez-vous I

Olivier. Yoilà qnivous le fera rendre!.. (Il va » la fenêtre, et l'ouvre. )

LA FOLLE , au de/tors. Olivier ! Olivier! vive sir Olivier! mortà Straffort!

OLIVIER, de la fenêtre, Uien rugi, mes lions ! vous demandez la tête du comte de Straffort! eh bien! le roi vous la donne. ( // jette le. parchemin par la fenêtre. ) La voilà ! ramassez.

( Il ferme la fcnétre et revient en scène. Les clameurs éclatent de nouveau, et s'éloignent peu à

Peu*/

CHARLES. Eh! maintenant, mon fils, me le rendront-ils au moins!...

olivier. Je réponds de lui sur monhonneur, sire! Le voilà.

(La porte du fond s'ouvre ; le prince de Galles parsii et court se jeter dans les bras de son père.)

CHARLES, cmhrasse son fils aoec sanglots ; puis, se relevant. Donc, le comte est mort?

Olivier. Justice est faite!

CHARLES, s 'approchant d: 'Olioier , la main appuyée sur la tête du prince de Galles. Et maintenant, vous qui êtes entré dans ce palais pour y laisser des traces de sang, homme ou démon , parlez , que je sache enfin qui vous êtes! "Voire nom! est-ce Olivier ou Satan?

olivier. iSi l'un ni l'autre , sire! à par^ tir de ce jour , je me nomme CromwelL

28 LE MAGA.MIV THEATRAL

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