‹ ThéâtreChapitre 400 sur 846 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

OLIVIER, GORING, ensuite PYM.

OLIVIER , la regardant aller. Pauvre femme! elle se rend justice, et je l'avais bien jugée. Je ne puis la laisser partir seule cependant. ( Appelant. ) Colonel Goring ! colonel Goring !

GORING, entrant très-pâle et très-inquiet. Monsieur Olivier?

Olivier. N'est-ce pas, colonel Goring, que c'est le fait d'un imprévoyant et d'un insensé de croire à la stabilité des grandeurs humaines?

goring. Monsieur...

olivier. Et dans cette croyance de s'attacher à la fortune d'un ministre qui peut tomber et nous entraîner dans sa chute; entrer dans une prison, et nous forcer de l'y suivre; monter sur un échafaud , et nous y traîner après lui?..

GORING , affectant la tranquillité. Mais rien de pareil ne me menace, j'espère?...

OLIVIER , continuant. Et que celui qui vous dirait : monsieur Goring , voici de l'or, ( il lui donne une bourse) un sauf-conduit ( il écrit quelques lignes sur un papier ( et le signe), vous allez partir pour la | France, vous rendrait un si grand service, !

que vous seriez prêt à faire à votre tour ce qu'il réclamerait de vous?

goring. Que faut-il que je fasse, dites? olivier. Il faut que vous accompagniez jusqu'à Paris les deux daines qui sortent d'ici ; que vous veilliez à ce qu'elles ne manquent de rien et à ce qu'il ne leur arrive aucun accident.

GORING, voulant baiser la rnain d'Olivier. Une éternelle reconnaissance...

Olivier, retirant sa main. Partez ! monsieur, partez.

(Il sort par la porte de dioite.) PYM, entrant par le fond. Monsieur Olivier !

olivier, se retournant. C'est vous, monsieur Pym? avez - vous trouvé quelque moyen de me faire arrêter ?

PYM. Oublions tous ces dissentimens particuliers au nom du pays, monsieur Olivier : j'avais tort. Votre main.

olivier. La voilà.

pym. Vous savez la nouvelle !

olivier. Quoi donc?

pym. Le roi a failli être assassiné.

olivier. Quand cela?

pym. Tout-à-1'heure , en entrant à la chambre des lords. Un homme s'est précipité sur lui, un couteau à la main, au moment où il descendait de voiture.

olivier. Mon Dieu! le roi serait -il blessé ?

pym. Non

olivier. Ah! tant mieux. Un assassinat, monsieur! savez- vous qu'il n'en faudrait pas plus pour rendre toute l'Angleterre royaliste? Et l'assassin est arrêté, je suppose ?..

pym. Non. Il est parvenu à s'échapper.

olivier. Et aucun indice?..

pym. Aucun. L'homme a jeté son couteau. Quant à son chapeau, il n'a pu le perdre ; il n'en avait pas. Enfin , il s'est sauvé , m'a-t-on dit.

olivier. N'avez-vous que cette nouvelle à m'apprendre , et seriez -vous venu exprès pour me la dire ? En ce cas , je ne saurais trop vous remercier , monsieur • Pym , de l'obligeanee que vous auriez mise à vous déranger pour si peu...

pym. Je viens pour autre chose, monsieur Olivier.

olivier. Ali! ah!

PYM. Je viens au nom du parlement.

La chambre craint que le roi n'use de son droit pour la dissoudre; car alors il nous faudrait passer de la lutte parlementaire à la lutte armée ; et Dieu sait si nous serions les plus forts !

olivier. Que puis-je faire à cela?

PYM. Voici un bill qu'elle vous envoie, et par lequel le rôi renoncerait à ce droit. Par persuasion, par crainte ou par force, tâchez qu'il le signe.

OLIVIER. C'est bien, je m'en chargé.

PYM. La chambre compte sur vous !

OLIVIER. Lui ai-je jamais failli, monsieur?..

PYM. Non.

olivier. Eh bien! pas plus cette fois que les autres. Soyez tranquille, retournez au parlement ; ce bill y sera aussitôt

que vous.

(Il condait Pym jusqu'à la porte de droite.)

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