CHARLES, CROMWELL
cromwell,. s- 'approchant. Charles Smart] Charles Stuart!
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se levant en sursaut. Qui
CHARLES
m'appelle ?
CROMWELL. Moi.
CHARLES. Qui , toi?
cr.OMWEtL. Moi, Olivier Crouiwell.
ciiarles. Est-ce maintenant au tour des morts à venir m'épouvanter?
CROMWELL. Tu te trompes, Stuart; je ne suis point mort encore. Je ne viens point, comme le spectre de César, te prédire la nerte de la bataille de Philippes; je ne viens point comme l'ombre de Claience te dire : Richard, désespère et meurs ; je viens animé de l'esprit conciliateur du saint roi David, j'entre dans ton camp, je soulève les courtines de ta tente, et au lieu de t'enlever ou ta lance ou ton épée, au lieu de couper un pan de ton manteau pour te prouver au réveil que ton ennemi a pénétré jusqu'à toi, je te veille, Charles Stuart, afin que tète à tète , loin de tes conseillers maudits , loin de mes sectaires fanatiques, nous réglions à nous deux les affaires de ce pauvre royaume d'Angleterre , qui perd tout son sang par chacune de nos blessures. CHARLES. Qui t'a donc ouvert le chemin? Qui t'a donné le mot d'ordre? Qui t'a conduit à ma tenle ?
CROMWELL. Peu t'importe, puisque me voilà.
Charles. Et tu ne crains pas que d'un mot...
CROMWELL. Le cœur de Charles Stuart serait bien changé s'il y restait si peu de chevalerie qu'il fit arrêter un ennemi qui , pour sauver sa couronne et sa tète peutêtre , s'est levé du lit de douleur où le clouait sa blessure, et est venu seul et sans défense se livrer à sa foi.
CHARLES. Tu as raison .. c'est bien. Que veux-tu de moi, Cromwell?
CROMWELL , avec un accent profond. Ce que je veux de toi, Charles! c'est que tes yeux se dessillent et que tu voies enfin. Je n'ai jamais été ton ennemi personnel, tu le sais ; je suis l'élu du peuple, comme toi l'élu de la royauté; la main de Dieu m'a élevé à mesure qu'elle t'abaissait, de sorte qu'aujourd'hui, toi né dans le palais, moi sorti de la chaumière, voilà que nous nous trouvons égaux dans le camp , l'épée à la main tous deux, et tous deux prêts pour la bataille.
CHARLES . Le Dieu des armées m'a prouvé aujourd'hui qu'il était le Dieu de la justice , je remets ma cause entre ses mains.
CROMWELL. N'attribuez point à Dieu ce qui est l'effet du hasard ; Dieu détournait la vuedenous, au contraire, lorsque je reçus cette blessure qui vous fit croire à ma
mort : mort feinte qui vous fit croire à la victoire. Je suis vivant, Charles Stuart, et, crois-moi, tu es bien loin d'être vainqueur. (.11 \ m. i; s. Que faut-il donc faire pour mériter ce nom ? j'ai dispersé tes soldats. cromwell. Et moi je les ai ralliés.
Charles. J'ai vu fuir Manchester.
Cromwell. Et moi je l'ai pris par 1»
bras et je l'ai arrêté dans sa fuite.
Charles. J'ai fait lever à ton armée le
siège de la ville d'York, où j'entre demain.
CROMWELL. Et moi avec mon régiment
je suis venu frapper à ses portes, et j'y suis
entré ce soir.
Charles, se levant. Tu veux m'effayer, Cromwell ! cela n'est pas.
cromwell. Demain au point du jour, tu verras le drapeau parlementaire flotter sur les murailles d'York.
Charles. Eh bien! en supposant que cela soit, il me restera encore une armée égale à la tienne, et tu n'en doutes pas, je l'espère, Cromwell, un courage égal au tien !
CROMWELL. Une armée égale à la mienne; et qui te dit qu'une partie de ton armée n'est point déjà à moi? penses-tu qu'il n'existe pas de traîtres, Charles Stuart? et crois-tu que c'est Dieu qui m'a révélé le chemin de ta tente et qui m'a dit le mot d'ordre ? Un courage égal au mien ! oui , Charles, je le sais , tu es brave ; mais Dieu nous a créés , toi faible , moi fort; tu as été élevé dans le velours , moi dans le fer , et tandis que l'on t'instruisait à porter le sceptre, je m'exerçais, moi, à manier l'épée! Pour dormir , toi , il te faut une tente , un lit, des seigneurs à l'entoui ; moi, je me couche dans ma cuirasse partout où je me trouve ; le feuillage d'un arbre est ma tente , une pierre et une bible sont mon oreiller, et deux ou trois rudes soldats sont mes seuls courtisans.
Charles. Cromwell, tâche de me rencontrer demain dans la mêlée, et tu verras que si je choisis ma place pour sommeiller, je ne la choisis pas pour combattre ni pour mourir.
CROMWELL. Mais je ne veux point ta mort, si ta vie peut s'allier av-ec la tranquillitédel'Angletterre. Je veux que tu renonces à une partie de ces droits que tu prétends tenir du ciel, pour en assurer d'autres que tu tiendras de nous tous. Je veux équilibrer ta puissance avec celle du peuple, afin que l'un ne puisse opprimer l'autre. Je veux dans ta main enfin une balance et non un sceptre !
Charles. Et tu crois obtenir quelque chose de moi par la menace?
CROMWELl..
CHOMWKii. le MMMwpu, [coupplie.
Charles. Que tes rebellés mettent lus
les armes d'abord , puis je verrai quelles
conditions je veux bien leur accorder.
CROMWELL. Je puis te livrer ma vie, Charges Smart, non pas celle de nies soldais, ci à moins qu'un traité sij;ih; de toi ne garantisse La foi de tes promesses.. .
(Il lui présente une plume.)
CUVRLES. Un traité! un roi, monsieur , ne signe de traité avec les rebelles qu'à la pointe de son épée ; demain j'écrirai sur le champ de bataille quelle grâce je veux bien faire aux vaincus.
CROMWELL. Sire...
On lève le rideau du fond à moitié.)
CHARLES. Assez, monsieur, voici le jour ! il est temps que de ebaque côté nous nous préparions à combattre !
CROMWELL. Au nom du ciel, sire! ne persévérez pas dans cette voie ; abaissez l'orgueil de votre race au niveau de votre fortune ; vous ne traitez pas aveedes rebelles , vous traitez avec l'Angleterre. (Le roi prend son epée. Crormvell continue.) Mais l'Angleterre n'a-t-elle pas ses droits comme vous avez les vôtres, et doit-elle les abandonner à la fantaisie , lorsqu'elle peut les faire régler par la justice? Gardez votre rang, votre titre; gardez ce luxe qui est votre vie. Aous vous appellerons sire et majesté... nous vous parlerons la tète découverte, nous ferons tous de l'or avec le pain de nosenfans... avec le sang de nos veines s'il le faut; mais la liberté politique , la liberté de conscience , il nous la faut, sire ! il nous la faut!
CHARLES, se couvrant. Assez, vous dis-je! assez! Maintenant, monsieur, vous avez dix minutes pour sortir du camp ; passé ce temps vous perdez votre titre de parlementaire et ma sauve-garde royale. (Annesley parait 'au fond.) Annesley , marchez devant monsieur.
CROMWELL, s1 approchant du roi. Sire!
sire ! souvenez-vous de Straffort !
( Il sort. On ouvre tout-à-fait les rideaux de la tente.)
Charles, seul. Oui, oui, je m'en souviens, et c'est parce que je m'en souviens
<pie je ne leur céderai plus rien à ces révoltés!... Straffort ! a-t-il dit , ce nom, c'est plus qu'un souvenir... c'est un remords!.. Oli! si Dieu nie pardonnait d'avoir livré mon ami comme je l'ai l'ait , je
serais tranquille à mon heure dernière
tandis...
(Il se met à genoux et prie.)
MONTROSE , sur le seuil de lu tente. Il a vu s'éloigner Cromwell. Est-ce lui ou son ombre ?
ROBERT, entrant par le fond, et se retournant pour regarder encore. Dieu me damne, si je nie trompe! mais voilà votre mort d'hier, Montrose, qui me paraît pardieu bien vivant! Et d'où sort -il ainsi, savez-vous?
montrose. De la tente du roi, prince.
Robert. Vous savez que deux régimens entiers sont passés à l'ennemi?
montrose. Non, lesquels?
robert. Ceux des majors Kind et Hurr y. .
MONTROSE. Vous savez que l'étendard d'Angleterre a été une troisième fois renversé dans la poussière, et que l'écuyer que j'avais fait veiller auprès a été trouvé mort ?
robert. Tout cela est sinistre.
(Le roi se lève brusquement et pfend son chapeau. )
MONTROSE. Le roi! silence!
robebt. Il est bien pâle !
CHARLES, remontant la scène et désignant les remparts de la ville d'York. Il n'avait pas menti, voyez !
robert. Le drapeau des parlementaires sur les murailles d'York ! Oh ! je vous l'avais bien dit, sire! une nuit de retard !
CHARLES , d'une voix sombre. Oui , vous avez raison ; il se passe tant de choses dans une nuit! Allons, messieurs, le boute-selle! (On entend les trompettes.) Mon cheval!
Saint Georges et Angleterre !
MONTROSE et ROBERT , tirant leurs épies. Et Dieu sauve le roi !
( La musique qu'on a entendue au ommencement de l'acte reprend le God save the King, Le roi sort avec ses officiers.)
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