‹ ThéâtreChapitre 419 sur 846 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, LE CABARETIER , un plat à la main.

ANGO

Et à boire , maintenant !

LE CABARETIER

Quel vin désirez-vous?

ANGO , brusquement.

Le meilleur!..

LE CABARETIER

Mais c'est le plus cher , aussi !

ANGO

J'ai soif... dépêchez- vous.

(Il lui donne une pièce d'or.) LE CABARETIER.

Comme il a le parler rude, l'hérétique !.. (A part.) Mais son or est bon, ma foi... (A Ango.) Il n'est pas nécessaire de vous rendre, monseigneur !..

ANGO

Non , gardez le reste.

(Le Cabaretier sort et apporte du vin quelques instans après.) MAROT, ayant découpé le gigot.

Tiens, Dolet, voilà une tranche qui tenterait le pape.

DOLET

A vrai dire , je ne me sens pas d'appétit... 11 y a un homme là-bas qui rôde depuis une heure autour des tables , et dont la présence ici me paraît suspecte... 11 ne mange pas, d'abord, et puis, tenez, voyez-le! il a les yeuv braqués sur le plat de ses voisins ! Parlons plus bas !

M A ROT

Bah!., quelque pauvre diable de poète, que l'ordonnance aura réduit à ne pouvoir faire gras que des yeux.

DOLET

Un espion, plutôt. Quelque agent du président Mouchy un mouchard...

M A ROT

Un mouchard!.. Le mot est bon... il restera.

(On rit.) DOLET.

Tenez , frères , nous sentons le roussi.

MAROT

C'est le rôti que tu veux dire! Allons, h* de la peur ! Buvons et mangeons à notre aise.

TOUS

Oui, oui!

FURSTEMRERG , à part.

Allons!., il faut commencer... (il s'approche d'Ango et lui frappe sur l'épaule.) Vive Dieu \ camarade , quel appétit !..

ANGO

De quoi vous mêlez- vous ?

FURSTEMRERG.

De votre salut en cette vie et dans l'autre... Manger de l'aloyau un vendredi !

ANGO

Un vendredi ou un dimanche, qu'importe?.. Cet homme est fou !

FURSTEMRERG.

Vous ne connaissez donc pas la nouvelle ordonnance?

ANGO

Quelle ordonnance ?

FURSTEMRERG.

Vous n'êtes pas de Paris , sans doute ?

ANGO

Pourquoi toutes ces questions?

FURSTEMRERG.

Vous ne savez donc pas, malheureux , qu'il y va de votre tête et de votre âme ; qu'il a été ordonné, sous, peine de la hart, d'abord, et de l'enfer après , de faire maigre les vendredis et samedis... entendez-vous?

ANGO

Il n'y a qu'une ordonnance du médecin qui puisse me faire jeûner, moi... sinon je déjeune toute la semaine.

FURSTEMRERG.

Vous êtes donc un hérétique ?

ANGO

Moi?., je suis matelot, et j'ai faim tous les ours.

FURSTEMRERG.

Ce que je vous en disais , c'était pour vous , pour votre femme ; car vous me paraissez étrangers tous deux à Paris.

ANGO

Je vous remercie : j'ignorais, en effet, l'or

ANGO

<JQ,

donnance dont vous parlez ; car à Dieppe , mon pays , on mange chair ou poisson à volonté.

FURSTEMBERG

Vous êtes de la ville de Dieppe ?

ANGO

Oui... Je suis venu pour parler au roi.

PB RSTEMBERG.

Au roi? (A part.) Je le savais!

ANGO

J'ai à lui parler d'une affaire entre nous.

FURSTEMBERG

J'entends!

ANGO

-lais j'aurai fait, je crois, un voyage inutile.

FURSTEMBERG

Comment cela?

Ce roi !.. je n'ai pu pénétrer jusqu'à lui... Je me suis présenté vingt fois à son bord... On approche plus facilement d'une frégate anglaise.

FURSTEMBERG

Eh bien , moi , je peux vous présenter au roi.

ANGO , se levant de table.

Vous?

FURSTEMBERG

Quand vous voudrez.

ANGO , se levant.

Le plus tôt possible !

FURSTEMBERG

Aujourd'hui peut-être !..

ANGO

Tant mieux...

FURSTEMBERG

C'est convenu!.. Donnez-moi votre adresse afin que j'aille vous prendre aujourd'hui ou de main à l'heure que j'aurai obtenue pour l'audience.

ANGO

Ango, de Dieppe, chez notre parente madam Destouteville, place du Châtelet.

FURSTEMRERG.

Vous pouvez compter sur ma parole... Vous verrez le roi ; mais j'ai un conseil à vous donner.

Lequel?

FURSTEMBERG

Ne lui montrez pas votre femme ; elle est trop belle.

ANGO

Et d'où savez-vous qu'elle est belle ?

FURSTEMBERG, à part.

Jaloux... bon! (Haut.) Ah! si elle était moins belle , son voile serait plus épais.

ANGO

Le roi ne la verra pas.

(Il se remet à table.)

FURSTEMBERG, à part.

Maintenant il faut partir... (Haut.) Je vais m'informer si François I" peut recevoir aujourd'hui... Attendez-moi... Je viens vous apporter la réponse.

ANGO

Merci.

(Fustemberg sort.)

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