SCÈNE VIII
ANGO , Le Comte DE FURSTEMBERG.
ango , au comte, qui paraît vouloir sortir. Restez!.. Oh ! dites-moi , je vous en prie, dites-moi, c'est donc un rêve horrible que j'ai fait... je suis donc le plus insensé de tous les hommes? Je la tenais dans mes bras , cette femme; à mes paroles d'amour et de bonheur je la voyais s'attendrir et pleurer ; Je sentais son cœur répondre aux battemens du mien... Je vous ai appelé pour que vous partagiez ma joie... A votre aspect, elle est devenue froide et tremblante ;
ANGO
elle est tombée frappée de la foudre... Vous avez donc une bien abominable histoire à me raconter d'elle?» Parlez! parlez!.. Je veux tout savoir.
FURSTEMBERG
Vous lui avez pardonné , mon ami... vous avez été bon et généreux envers elle. Oublions tout cela !
ANGO
Comte de Furstemberg,j'ai été pour vous un hôte bienveillant , un ami dévoué ; je vous ai mis de tous mes secrets, je vous ai fait lire couramment dans mon âme... comte de Furstemberg ! (Il arrache une dague d'une panoplie servant de modèle aux peintres.) Dites-moi tout ce que vous savez sur cette femme, ou je jure Dieu que vous ne sortirez pas vivant d'ici !
FURSTEMBERG, avec la plus grande tranquillité.
Je vous l'ai déjà dit, mon cher Ango; vous l'avez donc oublié?
ANGO, tombant sur un siège.
Ah! oui! c'est vrai... au bal tandis que je mordais mes chaînes... au bal tandis que le bûcher s'allumait... Toute la nuit! toute la nuit! et le lendemain pas de nouvelles... et pendant trois mois pas de nouvelles! Oui... voilà ce qui est vrai. Le mensonge, c'est ce tableau expliqué parle peintre... Bon vieillard, ils l'auront trompé comme moi... Pourtant... oh! c'est une horreur, car je ne la demandais pas, moi, je ne l'appelais pas. Elle est venue me voler sa grâce , je la lui ai laissé prendre , sans même penser à lui crier : Mais dis-moi donc ton crime avant que je te le pardonne! (Se relevant.) Mais, non! non! c'est vous... c'est vous qui avez menti, comte de Furstemberg, c'est vous qui avez imaginé tout cela pour me pousser à la révolte, à la trahison, pour faire de moi l'instrument de votre affreuse politique. Quand je vous dis que j'ai senti ses larmes sur mon visage !
FUSTEMBEBG, lentement.
11 le faut donc? (11 tire de son sein l'anneau qu'on lui a remis au commencement de l'acte.) Regardez! vous connaissez cela? Demandez à Marie comment cet anneau n'est plus à son doigt.
ANGO
Son anneau de mariage! Oh!.. Eh bien ! après tout... cet anneau ne signifie rien... ne peut-elle pas l'avoir perdu?.. On le lui aura volé peutêtre !
FURSTEMBERG
Et cette lettre?..
ANGO, après avoir pris la lettre et hésité un moment, la froisse et la déchire.
Tenez! tenez! je ne veux plus rien savoir... Ne médites plus rien! ne me parlez jamais d'elle... Vous aviez raison... tout à l'heure... je lui ai pardonné... Il faut oublier tout cela... Voulez-vous donc que je la chasse, dites? quand c'est peut-être la misère , la faim qui l'ont ramenée ici... Il ne faut pas être impitoyable, non plus... Qui sait? le repentir viendra... la reconnaissance... l'amour, peut-être!.. Oh! vous détournez la tète, vous me trouvez faible et méprisable... je l'aime tant!.. Ne me quittez pas,
car je me tuerais... et je serais déshonoré... et mes ennemis diraient que j'ai eu peur.
Calmez-vous!., calmez-vous!., on vient.