SCÈNE X
Les Mêmes, Les sltvans de l'Ambassadeur, tous en costumes magnifiques et portant des cassettes pleines de présens. L'AMBASSADEUR de Portugal.
(L'Ambassadeur se tient debout , la tête couverte , devant le trône d'Ango; derrière l'ambassadeur, sa suite. Près du trône , les notables ; au fond du théâtre les hérauts d'armes. En regard de tous, Léonard de Vinci un carton et un crayon à la main , esquissant la scène.)
l'ambassadeur.
Au nom de mon gracieux souverain, Jean, troisième du nom, grand-maître d'Avis, roi de Portugal, de l'Estramadure etdesAlgarves, duc des Tempêtes , empereur du Brésil , défenseur de la foi, moi, don Francisco Paez de Salvaterra, duc d'Abrantès, marquis de Santarem, commandeur d'Almada, je viens offrir à Ango le marin toute indemnité qu'il pourra exiger à cause du dommage fait à sa marine par la marine portugaise.
ANGO
Si j'ai bien compris , monsieur l'abassadeur, votre maître m'offre de l'argent?
l'ambassadeur.
La somme à laquelle vous estimerez le tort qui vous a été causé.
ANGO , vivement.
Et le sang de mes compatriotes, versé par vos pirates portugais, avez-vous assez d'or pour le
payer, dites? Je donne aux pauvres de Dieppe ce que vous m'apportez pour mes navires à moi; je demande cent mille écos d'or pour mes matelots. Maintenant il faut une réparation à la ville que vous avez outragée dans ma personne: il la faut telle que celte \ille va vous la demander par ma bouche. Gallies, prie M. l'ambassadeur de te remettre son épée.
l'ambassadeur.
L'épée d'un noble Portugais!
ANGO
Non pas, monsieur; l'épée de sa majesté très fidèle.
GALLIES, à l'ambassadeur.
Allons donc î un peu d'action.
(L'ambassadeur donne son épee. Gallies va la poser
sur les genoux d'Augo.)
ANGO
Maintenant, noble Portugais! à genoux et le front découvert, criez-moi grâce et merci, ou je jure Dieu que votre roi, Jean troisième, n'aura plus de palais à Lisbonne.