‹ ThéâtreChapitre 465 sur 846 · LE ROI , MARIE · texte numérisé non relu

LE ROI , MARIE

MARIE , dans l'oratoire : elle s'est levée au bruit.

Qui est là?.. Personne ne répond... (Elle avance un peu.) Est-ce toi , Gallies?.. (Elle avance toujours.) Est-ce vous?.. (Elle voit le roi.) Le roi ! ô mon Dieu! sauvez-moi, sauvez-moi...

(Elle veut rentrer.) LE ROI , la retenant.

Me fuir ainsi... déjà... quand, après deux mois, je vous retrouve enfin ?.. Oh ! non, non ! Marie... vous m'aviez oublié, vous, n'est-ce pas?... mais moi... depuis deux mois je vous pleure... depuis deux mois je vous appelle, je vous cherche... O Marie, ma belle, mon adorée Marie ! (Il veut la prendre dans ses bras.) MARIE se dégage, et recule.

Ne me touchez pas, sire, ne m'approchez pas!.. Vous n'êtes plus à Chambord, vous êtes ici à Varangeville. Ango règne ici et non pas vous.. . je suis sa prisonnière , je ne ne suis plus votre maîtresse.

LE ROI

Oh! mais vous êtes mille fois plus intéressante et plus belle... Sa prisonnière, oui... et à cause de moi , car le crime est à moi , à moi seul... aussi je vous délivrerai, je \ous sauverai, entendez-vous, je le veux, je le veux.

MARIE

Il n'y a qu'une voix dans ce palais qui puisse dire : je le veux, et cette voix n'est pas la vôtre, sire. Ici personne ne vous obéirait.

LE ROI

Excepté vous, Marie !

MARIE

Oh ! retirez-vous , monseigneur ! je vous en conjure, plus un mot, plus un regard. Voulezvous que je meure, dites?.. Serez-vous donc sans pitié pour votre victime ?

LE ROI

Mais c'est parce que je suis plein d'amour et de pitié pour toi , pauvre femme , c'est parce que je ne veux pas que tu meures , qu'il faut que je te sauve , que je t'enlève d'ici.

MARIE

Ango allait me pardonner, vous dis-je! Ce matin il m'a envoyé cette parure , il m'a fait dire de me préparer pour une fête , à moi , qui, depuis mon retour, étais restée cachée à tous les yeux. Je l'attendais... je l'attends toujours... il

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va venir... et tout à l'heure, quand cette porte s'est ouverte , j'ai cru que c'était lui. Oh ! ne me regardez pas ainsi, monseigneur, laissez-moi dans mon repentir, ne m'enlevez pas l'espoir de fléchir cet homme si bon, si généreux... Non, non , plus rien entre le roi et la pauvre Marie.

LE ROI

Et tu crois qu'il allait le pardonner.. .insensée, tu ne vois pas qu'il te faisait venir à sa fête, parce que toule la ville sait que tu es revenue à Dieppe après la mort de ta tante ; parce que , si tu n'assistais pas à cette fête, mille regards, après s'être portés sur ta chaise vide, iraient demander à Ango ce qu'il a fait de sa femme. Mais ce soir, entends-tu, ce soir, dépouillée de ta belle parure, reprenant ton linceul ce recluse , tu serais retournée te coucher jusqu'à la mort dans le tombeau que mon amour t'a creusé. marie, a\tc effroi.

O mon Dieu, cela est vrai!

LE ROI

Ton mari ne te pardonnera jamais : et tu veux que moi , quand je puis empêcher cette porte que je viens d'ouvrir de retomber sur toi comme le couvercle d'un cercueil , je t'abandonne ici , en lâche , je te rejette sans défense aux mains de ton juge inexorable. Foi de gentilhomme , cela ne sera pas ; par ma couronne, non, cela ne sera pas!

MARIE , immobile.

Point de grâce à espérer, mon Dieu!.. Attendre la mort, là , dans cette tour triste et sombre !

LE ROI

Non, te dis-je, confie-toi à ton roi, à ton amant! Cette nuit, après la fête... à minuit... je serai là... dans une barque.

MARIE

Non, non!., plutôt mourir... laissez-moi, laissez-moi !

LE ROI , lui prenant la main.

Vous ne m'avez donc jamais aimé , madame ? et pourtant, que vois-je!.. cette bague... c'est la mienne!.. Elle est restée à ton doigt, Marie, oh ! c'est que tu m'aimes toujours , c'est que tu te souviens de moi. Tu me laisseras te sauver, alors. (Bruit.) Vite! oh! parle-moi vite!

MARIE

Que faire ? que lui dire ?

LE ROI

Vous ne répondez pas... Eh bien, j'attendrai ici votre mari...

MARIE

Du bruit!., on vient, on vient! mon Dieu!... Fuyez , sire , ou vous êtes perdu.

LE ROI

J'attendrai , vous dis-je.

MARIE

Eh bien !..

LE ROI

Vous consentez!., à minuit, en bateau, au pied de la tour... une échelle de soie... vous m'attendrez, dites, dites, ou je reste!

MARIE

Eh bien... (Elle fait un signe de consentement.) Oh ! retirez-vous , qu'il ne vous voie pas ici !

ACTB IV, SCÈNE V.

l.i: ROI, s'enfuyaiit, a Marie.

A minuit.

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