‹ ThéâtreChapitre 485 sur 846 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ANTOINETTE, M. DE POMBAL, one

Femme de chambre.

Antoinette. Maintenant, je n'ai plus Dosoin de tes services; va, Marie, je n'y suis pour personne ! (Elle suit des yeux la femme de chambre qui sort ; va fermer la •lorte derrière elle , et oient se jeter dans les bras de M. de Pombal. ) Mon père ! ô mon père !.. qu'il me tardait d'être seule avec vous et de pouvoir vous donner ce nom!... Je vous attendais avec tant d'impatience!... dès que vos absences se prolongent d'une heure au-delà des termes habitués, tous les malheurs se présentent à ma pensée!... Vous n'avez pas besoin de me rassurer, votre situation m'est connue ; vous êtes maintenant à Paris, sons le nom de M. de Pombal , un nom qui vous cache; attaché à l'ambassade de JSaples, un titre qui vous protège, c'est vrai ; mais un mot imprudent peut vous perdre!... Hélas! depuis que nous sommes en France, la paix du cœur m'a quittée !... la France, où vous avez voulu revenir a payé vos services par l'ingratitude, et votre amour par la proscription!..

DE pombal. Ne confonds pas ma patrie avec ceux qui la gouvernent! Va, ne crains rien pour moi, ma fille, ils m'ont oublié * !

Antoinette. Plaise à Dieu que vous ayez raison, et que mes alarmes ne soient jamais justifiées!... Pardonnez-moi!.. Je suis triste aujourd'hui, et j'ai le deuil au fond du cœur, quoi qu'il ait fallu me mettre en habits de fête...

de pombal. C'est aujourd'hui le second anniversaire de ton mariage.

? Ils s'asseyent. M. de Pombal, Antoinette.

Antoinette. C'était hier le troisième anniversaire de sa mort!

DE pombal. Ecarte ce souvenir.

Antoinette. Et vous n'êtes pas venu!.

Le jour où j'ai perdu ma mère, personne à qui parler de ma mère ! laissez-moi m'entretenir de ses paroles suprêmes!...

j'éprouve un douloureux plaisir à me les rappeler!... Vous étiez absent depuis six semaines, et, quand votre brick parcourait les mers, étions- nous jamais sûres de vous revoir?... « Ma fille, disait-elle... vais-je te laisser toute seule dans le monde ? ton père ne reviendra-t-il plus?... » Vous arrivâtes enfin ; vous étiez pâle, ensanglanté, tout meurtri de votre dernier combat, tout meurtri de votre dernière tempête!... Quel spectacle frappa vos yeux!, votre fille était évanouie auprès de votre femme expirante!... quand je repris mes sens... « François, vous disait ma mère... rapporte mon corps dans le village de Bretagne où je suis née, je ne dormirais pas tranquille dans cette terre étrangère, loin du tombeau paternel ! . . . » Et alors, je n'entendis plus rien.

de pombal. Pauvre Euphémie!

ANTOINETTE. Un mois après, nous prenions le chemin de la France!. .. un nuage de larmes couvrit mes yeux, quand je vis les mornes les plus élevés de Saint-Domingue disparaître dans les vapeurs confondues du ciel et de l'océan!... Je ramenais ma mère dans sa patrie, mais enfin, je quittais la mienne!... Saint-Domingue, mon île natale!... est-ce que je ne vous reverrai plus ?. . .

de pombal. Tu n'es donc pas heureuse, en France?

Antoinette. Est-ce là ce que j'ai voulu

LE MAGASIN THEATRAL

dire? j'ai un père qui m'aime, et que j'adore; j'ai un mari qui m'aime et que j'adore... comment ne serais-je pas heureuse?.. Ce serait une double ingratitude! . . envers Dieu qui m'a donné mon père, envers mon père qui m'a donné mon mari.

DE POMBAL. Antoinette!... Antoinette, pourvu que tu ne me trompes pas!... Tu ne sauras jamais combien je t'aime, tu ne sais pas comme il y a des sympathies profondes entre mon aine et ton ame. Quand tu es inquiète, je souffre ; quand tu retiens une larme dans tes yeux, j'étouffe des sanglots dans ma poitrine!... J'ai éperdument aimé ta mère ; mais je ne sais si j'aurais fait pour elle tout ce que je suis capable de faire pour toi ! Ne me cache jamais rien, jeté l'ordonne, ma fille; dès que tu conçois une crainte ou que tu formes un désir, préviens-moi sur-le-champ.

Ce n'est pas sans raison que je te dis cela, réfléchis. Ah! ma vie a été dangereuse et rude... j'ai éprouvé, dans ma jeunesse, toutes les passions terribles dont le cœur ' de l'homme est le domaine!... La haine! la jalousie! la vengeance!... elles se sont endormies depuis que je suis père; mais sur un signe de toi, elles se réveilleraient avec toute leur fureur ! . . .

Antoinette. Ne deviez-vous pas me parler de M. Duresnel?

DE pombal. Pourquoi ne l'ai-je pas vu ?

Antoinette. Il est dans son cabinet...

je 1 ai fait prévenir.

DE pombal, se levant. Je regrette qu'il ait eu de l'ambition... et l'ambition de l'argent, qui est la pire de toutes!... Ta fortune, après tout, pouvait lui suffire... le chemin où il marche est semé de pièges ; son état a mille chances funestes!... Et puis, il te néglige...

ANTOINETTE, tristement. Non...

DE pombal. Tant mieux!... car, en lui donnant ta main, je lui ai fait entendre malheur à lui, si tu n'étais pas heureuse!. Il est jaloux, peut-être?...

ANTOINETTE. Oh! non!...

DE pombal. Ne t'en plains pas... je sais ce que cela fait souffrir!... Ainsi, il n'a jamais prononcé devant toi le nom de cet insensé qui ose t'aimer... de ce malheureux. . qui ose te suivre... de M, de Mondoville enfin ?

Antoinette*, se levant. Jamais!

de pombal. Toi-même, le souvenir de cet homme ne trouble pas ton repos?

Antoinette. Qu'ai-je à craindre de lui?

de pombal. Tout!... une calomnie...

Antoinette. Vous le croyez bien cruel?

+ Antoinette, M. de Pombal.

de pombal. C'est que je le connais, moi! Mondoville!.. je te l'ai dit souvent... c'est une famille que je hais... c'est un nom qui est dans tous mes malheurs!...

Comment il s'y trouve mêlé , c'est un secret que ta mère seule pouvait t'apprendre... et que je ne ferai pas sortir de son tombeau. Je me souvenais encore du père, mais j'avais oublié le fils... pourquoi est-il venu me trouver ?.. . L'imprudent!... en me faisant une insulte nouvelle, il ne savait pas que pour le traiter en ennemi mortel, je n'avais qu'à remuer les cendres du passé ! . . .

Antoinette. Qu'y a-t-il? mon Dieu!...

vous ne méditez rien contre ce jeune homme?. .

(Les portes du fond s'ouvrent, le mulâtre paraît;

M. de Pombal lui fait signe d'attendre un instant;

les portes se referment.)

DE POMBAL. Yoilà mon fidèle mulâtre qui vient me parler. Va chez M. Duresnel, et tâche de l'arracher à ses travaux ; tu as confiance en moi, n'est-ce pas?... Sois tranquille... je connais mes devoirs de père, et ce que je ferai, Dieu l'approuvera.

ANTOINETTE, à part, en sortant. O ma mère ! quelle confidence m'avez-vous faite, etquel terrible devoir m'avez-vous légué! .. (Elle entre chez M. Duresnel.)

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