‹ ThéâtreChapitre 486 sur 846 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

POMBAL, puis LE MULATRE.

DE pombal. Elle pâlissait en m'écoutant... Voilà le sujet de ses inquiétudes !.. des propos recueillis par la légèreté , dénaturés par la mauvaise foi , peuvent arriver jusqu'à son mari... veillons sur lui et sur elle !.. Ah ! jeunes gens, parce que vous êtes élevés au milieu des grandes dames de la cour, à l'image de votre digne maître ; parce que vous ne croyez ni à Dieu, ni à la vertu , ni à votre mère !.. parce qu'il vous est permis de jouer avec l'honneur de vos sœurs et de vos femmes, sans trouver, en face de vous, la vengeance d'un frère ou d'un mari... vous croyez que nous vous laisserons insulter les nôtres?., non pas , s'il vous plaît!... la réputation d'une femme de bien, c'est sa vie! Mondoville ! tu as attenté à la vie de ma fille , tu subiras la peine du talion, c'est justice !.. Scipion ?..

LE mulatbe, entrant. Je vous apporte plusieurs nouvelles.

DE POMBAL. Sur lui?

le mulatbe. Oui , maître, et sur vous.

DE pombal. Parle de lui , d'abord.

le mulatbe. Il vient ce soir au bal de M. DuresneL

FRANÇOIS JMF1FR.

nr. POMBAL. Monriovillo ?

1 1 mulâtre. Mondoville !

i). l'OMiiM.. I ne hardiesse !.... Qui t'a dit cela .'

le mulâtre. A'ous le savez bien... celui île ses gens qui nous est dévoué.

m: tombal, (à oit-il avoir toujours autant de bonheur qu'hier soir?..

i i: Ml LATRE. Nous ferons donc un troisième essai ?

de tombal. Deux meurtres l'un sur • autre !

LE ML'i.ATRE.Qui découvrira le premier?

ni: tombal. I\ importe !..

il. mi latre. Eh bien î il y a le chapitre dis accidens.

de pombal. Parle...

il. mulâtre. A cent pas de cette maison, un sous-fermier . nouvellement millionnaire, fait bâtir un magnifique hôtel. Si par hasard, au moment où M. de Mondovdle passera devant les échafaudages , une partie du mur eu construction?..

DE POMBAL. Soit !

LE mulâtre. Quand il arrivera?..

de tombal. Vient-il seul ?

le mulxtre. Avec 31. de Chabanne..

m'a-l-on dit !..

DE pombal. Quand il repartira!., je ne veux pas qu'un innocent meure avec, lui, ou meure à sa place... c'est bien assez de Gondrecourt.

le mulâtre. Maître , ce n'est pas ma faute... le domino noir, doublé de rouge; rubans de même couleur.... j'ai strictement obéi.

DE pombal. Il est vrai!..

le mulâtre. C'est que je n'avais rien à risquer, moi ! à défaut de votre ennemi, j'étais bien sur de trouver le mien.

d:: pombal. Gondrecourt, ton ennemi?

le mulâtre. Dès ma jeunesse, j'ai appris de mou père à maudire tous les visages pâles ! Mon père , Jean-le-Mulâtre , était bâtard de M. de la Tour, gouverneur de la Martinique, lequel s'humanisait quelquefois avec ses négresses. Digne Domine! il sigua, de sa propre main, l'ordre de conduire son fils au gibet , en réparation de je ne sais quel crime , qu'il n'avait peut-être pas commis! Depuis ce temps-là, je venge mon père et je me venge!.. J'ai reçu des blancs outrage sur outrage, je leur ai rendu meurtre sur meurtre !. . . Je ne me souviens plus de celui que j'allais expier, quand vous m'avez sauvé la vie... Il paraît qu'il y avait quelque chose de bon en moi, puisque je vous ai voué une reconnaissance éternelle. Je ne suis plus à moi ; je suis à vous. Voici

pourtant le premier meurtre que vous m'avez ordonné !... ordonnez encore, et

ne craignez pas de m'exposer ceux de

notre couleur ont l'instinct de la ruse, et il sera difficile de me prendre sur le fait ; mais, après tout, ou ne peut pas me pendre plus haut que la potence, et je défie les blancs de se venger de moi , comme je me suis vengé d'eux !..

DE POMBAL, a part. Nature de tigre!., allons... j'en ai besoin!... mais il me fait rougir de moi-même... (Haut.) Qu'as-tu à me due sur mes affaires ?

LE mulâtre. Que pendant votre absence, un agent de l'ambassadeur de Naples est venu m'avertir que M. Duval , î'ame damnée du lieutenant-général de police, avait donné des ordres pour recommencer les recherches avec une nouvelle activité.

de tombal. M. de Sartines est bien impatient du portefeuille que l'Angleterre lui a promis pour prix de ma tète... Mondoville, j'essaierai de la défendre contre ton oncle et contre toi.

le mulâtre. Voici votre gendre et votre fille!

DE tombal. Ah !...je voulais lui parler de différens bruits qui me sont parvenus sur le dérangement de ses affaires... je choisirai un autre moment.

8OC0OQOOa&O0 200900000*99 000000300^00 SO© BOOO

Page 1