‹ ThéâtreChapitre 489 sur 846 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ANTOINETTE, DCRESNEL, PICARD.

PICARD. La Gazette de la cour et des lettres.

DCRESNEL. Du Havre? .

picard. De Paris et du Havre.

(Il sort.)

DURESNBL. Allons, mon sort est dans nies mains!.. Il est clair que M. de Sartines a vonln nie tromper, et que... ( // nuit- la lettre. ) « Le brick YAmphytrion, » commandé par le capitaine Lenoir, a » sombré hier en vue de la rade... » Enfer!... ( continuant) « toute la cargaison a » péri. » Et notre dernière espérance s'< st abîmée avec elle!.. Capitaine Lenoir !.. plus de doute !.. je suis perdu!

(Il s'assied. } ANTOINETTE, Tenant à lui. 3lon ami!

m iu:s\el. Que me voulez-vous?

Antoinette. Cette lettre...

diricsnel. M'annonce une mauvaise nouvelle... j'en conviens; mais tenez, celleci en renferme une bonne. (Antoinette retourne à sa toilette et, le regarde de temps en temps d'un air inuuiet. Il prend une autre lettre et l'ouvre convulsivement. ) Qu'est-ce que cela signifie? (// lit. ) Dixième couplet de la chanson nouvelle :

« On ne parle dans la ville

» Que du refus solennel

j> De madame Duresnel ;

» Mais monsieur de Mondoville

» Dirait peut-être pourquoi

» On dédaigne un si grand roi !... >•

Encore!., ce second avis me fait deviner d'où partait le premier... Le piège est bien dressé , M. de Sartines ; vous voudriez me prouver que je suis dupe de mes scrupules!., elle me tromperait... elle, qui, tout-à-1'beure encore... c'est impossible !.. Mondoville!... et cependant elle porte à ce jeune homme un intérêt singulier... je m'en suis aperçu plusieurs fois... s'ds étaient en effet d'intelligence?.. Ah! misérable que je suis !.. je me sens au bord d'un. crime ; ma conscience se révolte et me pousse en arrière; mais je fais tout ce que je puis pour capituler avec elle ; et, dans la pensée de me rendre moins coupable, je vais accuser dune trahison celle que je suis au moment de trahir!

Antoinette. Henri, au nom du ciel, dissipez mon inquiétude; il se passe en vous quelque chose d'extraordinaire ; et dussé-je attirer sur moi votre colère...

duresnel. Qui... moi , madame , vous me voyez tout-à-fait remis ; ces deux lettres ne laissent pas plus de traces dans mon esprit qu'elles ne laisseront de c- n-

dres dans votre foyer... ( V les jette ou feu.) Adieu, l'heure s'avance, et je veux donner les derniers ordres... Je crains que l'événement arrivé celte nuit «Versailles ne nous enlève beaucoup de inonde...

Vous savez de quoi je veux parler?

ANTOINETTE. Non.

DURESNEL , revenuta à elle et la considérant avec beaucoup d'attention. Cette nuit, au bal masqué de Trianon , le chevalier de Gondrecourt a été frappé d'un coup de poignard... par un homme qu'on n'a pas arrêté... Par un hasard étrange, il venait île prendre un costume absolument pareil à celui de M. de Mondoville...

ANTOINETTE. Grand Dieu!..

DiRESNEL. Aussi prétend-on que l'assassin s'est trompé de victime, et que c'est M. de Mondoville qu'il voulait tuer.

ANTOINETTE. Le tmr!

dlresm.l. Vous lui portez un bien vif intérêt, madame...

(Il s«,rt.)

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ANTOINETTE, seule. Le tuer!... Oh! cela n'est pas... c'est un jeu pour m'épouvanter... {Elle prend la Gazette.) Non... non... c'est vrai... et il y a quinze jours, une partie de son hôtel a été incendiée., allons, c'est une vengeance de mon père!., qu'est-ce que je dis, malheureuse?.. Il n'y a pas assez d'indices contre lui pour qu'un étranger l'accuse, et sa fille le condamne!.. Ah! n'importe; ces deux événemens terribles ne peuvent être attribués au hasard... il y a un danger de mort sur ce jeune bomnie.. est-ce moi qui en suis la cause , et que puis-je faire pour le sauver!.. (Elle lire de son sein le portrait de sa mire et le couvre de baisers.) Image de manière! inspire-moi!..

Le jour où tu me révélas tous les secrets de ta vie, tu me donnas un grand devoir à remplir: « Je ne veux pas, me disais-tu, » que mon malheureux fils apprenne ja- » mais le mystère de sa naissance ; il sau » rait à quel point je fus coupable!.. Toi, ». nia fille, ne regarde pas s'il est le fruit d'un .» crime; aùne-le, car il est ton frère... eî » sois son ange gardien sur la terre, tandis » queje serai sa patronne dans le ciel.» Ce furent bien là tes paroles, ô ma mère !.. Le jour est venu d'être utile à ce frère que tu m'asdit d'aimer et que j'aime... mais conseille-moi!.. Je veux bien attirer surmoi la colère de mon père et la jalousie de mon mari... si l'intérêt de sa vie l'exige, je veux

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bien sacrifier la mienne... mais comment la lui donner?.. Mille projets confus flottent dans mon esprit ; je les prends tour-àtour, et je les abandonne ; mais ton souvenir est là qui me soutient... ton regard est là qui nie rassure ; Dieu m'assistera, je le sens... je ne sais ce que je ferai pour sauver mon frère, mais je te jure que je le sauverai! Les portes du fond s'ouvrent; Mondnvillc parait.) Ali! le voici!..

(Elle recale jusque sur le devant du théâtre.)

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