‹ ThéâtreChapitre 490 sur 846 · SCENE VIL ANTOINETTE, LEONCE · texte numérisé non relu

SCENE VIL ANTOINETTE, LEONCE

LÉONCE. Je conçois , madame , que ma présence vous étonne , j'aurais voulu vous épargner cette surprise ; mais je ne pouvais pas me faire annoncer... Oh! c'est pour vous seule que je suis venu... daignez m 'écouter !..

ANTOINETTE. Vous ne me direz rien que je ne puisse entendre devant 31. Duresnel ; permettez-moi de le rejoindre.

LÉONCE. Mais vous n'y pensez pas, ma-, dame!., mais, madame, pas un mot de ce que je viens vous dire ne doit être entendu par M. Duresnel!.. mais priez-moi donc de me pencher à votre oreille et de parler à voix basse; vous savez bien que je puis avec une parole faire de votre mari, votre juge.

Antoinette. Vous faites acte de violence en me retenant ici, monsieur, et je ne sais de quel droit.. .

LÉONCE. Eh! madame, il s'agit bien de formalités... il s'agit de ma vie que vous voulez prendre , de mon ami que vous avez fait assassiner!., vous savez bien que c'est lui qui est mort, n'est-ce pas?.. On vous a parlé de cette horrible méprise?.. Quand j'ai paru devant vous , vous ne m'avez pas pris pour un spectre?. Ah!

vous défendez bien votre renommée!., quoi ! parce que le hasard m'a rendu maître d'un malheureux secret que je ne voulais pas trahir, il faut absolument que je meure!., vous déchaînez à deux reprises vos bravi contre moi!., la première fois, ils mettent le feu à mon hôtel... vingt autres maisons peuvent être dévorées par les flammes, et combien de personnes y périr!., mais il faut que votre réputation soit sauvée... la seconde fois, ils me suivent au milieu d'une fête, au milieu de la cour; ils lèvent le poignard sur celui qu'ils croient être votre ennemi ; c'estGondrecourt qu'ils assassinent!., lui, mon meilleur ami. . mais il faut que votre réputation soit sauvée !.. ^ ous avez été trompée dans vos projets, madame; il y a maintenant.

sur votre nom une tache ineffaçable... du sang...

a\t<>i\i:ttk. Je demeure immobile de surprise. Quoi! c'est moi que vous accusez des deux evénemens dont vous avez failli être victime... moi ! mon Dieu!

léon'ce. Oui, vous, vous seule.'.. Est-ce que vous songeriez à vous justifier?., vos agens y mettent moins de mystère ; ils se font gloire d'être à vos ordres ; ju.-;lificzvous donc. .. l'homme de la rue Geoffroy- Lange vin... vous savez bien de qui je veux parler, s'est vanté à moi, d'avoir mis en flammes la moitié de la maison de mon père... justifiez-vous!.. Il m'a dit : «Tu » sais un secret terrible... je te ferai taire » en t'assassinant !» Il a bien tenu sa parole ; seulement il s'est trompé de victime!., allons, vous ne vous justifiez pas...

Antoinette. Monsieur de Mondo ville..

Léonce, Ah! c'est assez... je ne veux pas vous accabler plus long-temps. C'est une victoire trop facile... Voici ce que j'avais à vous dire, madame : je ne veux pas encore mourir!... ce n'est pas que je tienne à la vie, vous me l'avez rendue à jamais odieuse!... c'est que je veux venger l'assassinat de mon ami!... Je poursuivrai son meurtrier jusqu'au bout de la terre, et je jure que j'obtiendrai justice de lui!... Je suis déjà sur ses traces, il ne tardera pas à tomber dans nos mains ; croyez-moi, n'attendez pas ce moment...

il y a des tortures qui font parler les bouches les plus fidèles; et, si dévoué que vous soit cet homme, il finirait par prononcer votre nom. Je ne veux pas voir accuser d'un crime une femme que j'ai aimée comme on n'aima jamais!.. Fuyez ! prenez devant M. Duresnel le prétexte que vous voudrez; mais fuyez vite, et ne cherchez pas à prévenir votre complice votre hôtel est cerné ; vous ne feriez qu'avancer sa perte. Yous ne me devez aucune reconnaissance > je fais cela pour moi, non pas pour vous, et que Gondrecoui t me pardonne si je ne lui sacrifie qu'une victime...

Antoinette. Après toutes les choses terribles que vous m'avez dites, je ne devrais pas songer à me justifier devant vous ; je dirai quelques mots cependant... Je ne sais si l'homme dont vous parlez a effectivement attenté à votre vie ; mais devant Dieu, monsieur, je vous jure que je n'en ai rien su!... Moi, sauver ma réputation au prix de votre sang!... vous ne saurez jamais à quel point ce reproche est injuste... Ecoutez : il y a entre cet homme et moi un secret d'où dépend sa

FRANÇOIS JAFFIER

vie; mais ce secret ne me fera jamais rougir!... je ne puis rien dire de plus. Je Vous remercie de l'avis que vous me donne/.. Mais si cet homme était arrêté, je n'attendrais pas qn'on le mît à la toiture ! j'irais me dénoncer avant qu'il eût le temps de prononcer une seule parole. . Et s'd est vrai que, pour sauver ma réputation, il ait pu commettre un crime, je mettrais autant de zèle à en assumer la responsabilité devant ses juges, que j'ai mis de vivacité à la rejeter devant vous!

LÉONCE. Et cependant, cet homme n'est ni votre frère ni votre parent ; vous n'avez plus de famille; comment puis-je vous croire? Ah! malheureux insensé que je suis! l'heure où je pourrais être sûr de votre innocence serait encore la plus douce de ma vie!... Dites-moi ce secret qui vous iuslifie, et dussiez-vous m'ordonner de cesser mes poursuites contre l'assassin de Grondecourt...

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