‹ ThéâtreChapitre 504 sur 846 · JAFFIER, DURESNEL · texte numérisé non relu

JAFFIER, DURESNEL

JXFFlEn, s'avancant. Allons, j'ai fait mon devoir... Comme vous êtes pâle, troublé! je conçois que ma présence... je ne vous ai pas vu depuis qu'elle eat partie...

DURESNEL, à pari. Il ne sait rien. {Haut.) Dans la première émotion du malheur qui nous a frappés, j'étais sorti... je cherchais au hasard, sans but, comme un homme atteint de folie.

jaffier. Je suis heureux, alors, de ne vous avoir pas rencontré; je n'avais pas plus de fermeté que vous... et Le spectacle de notre désespoir n'aurait servi qu'à nous décourager l'un l'autre. Or ce qui pouvait sauver ma fille, ce n'étaient pas des pleurs, ce n'était pas même du sang ; il fallait une résolution soudaine!.. Si j'ai survécu à cette épreuve, c'est qu'en l'abandonnant aux brigands qui l'ont ravie, vous aviez dit : « Son père la sauvera ! . . »> Mais la vengeance, mon Dieu ! la vengeance ! c'est à vous que je la lègue ; c'est vous seul qui pouvez vous en charger.

DURESNEL. Comment?

jaffier. Oui; ma fille n'avait que deux appuis dans le monde, son mari et son père ; elle est peut-être au moment de perdre l'un , votre premier devoir est de lui conserver l'autre.

duresnet. Que dites-vous?

jaffier. Mme Duresnel sera ici dans une heure... mais les dangers qu'elle court ne seront qu'à moitié conjurés ; il faut sur-lechamp prendre la fuite, et partir avec elle pour l'Italie.

duresnel. Ici ? dans une heure ?

jaffier. Avant qu'une deuxième heure soit écoulée, je vous aurai fait mes adieux.

duresnel. Quoi ! enlevée de cette nuit, aujourd'hui-même elle me serait rendue., mais qu'avez-vous donc fait... commen avez-vous pu ?...

jaffier. Vous le saurez un jour.

DURESNEL. Pourquoi ce départ?

jaffier. Ai-je d'autre pensée que celle de votre bonheur? ce départ est nécessaire.

DURESNEL. Daignez songer. ..

jaffier. Que votre intérêt vous îetient à Paris... mais si votre honneur vous en exile... partez, croyez-moi, chargez un

LE MAGASIN THÉÂTRAL

ami de présenter vos comptes, et de vendre votre emploi. Ce que vous avez de ni us cher au monde, ce n'est ni votre état, ni votre fortune, n'est-ce pas ? c'est ma fille i

duresnel. Sans doute, sans doute.

jaffier. Eh bien, donc! faut-il tout vous dire... Apprenez que votre femme est aimée du roi... de ce roi tout-puissant et débauché, qui regarde l'honneur et la liberté de ses sujets, ces deux choses saintes, comme des jouets que Dieu lui a donnés. C'est dans son palais qu'on l'a conduite ; celui qui a mené cette infâme intrigue, c'est M. de Sartines! Vous voyez bien qu'il n'y a moyen de leur arracher ma fille qu'en la conduisant sur une terre d'asile. Sauvez-la, sauvez-vous. Je comprends vos irrésolutions et votre désespoir. . . vous voudriez vous venger de qui que ce fût et à quelque prix que ce fût. Je le voudrais aussi moi, mais comment? mais comment? mettons d'abord en sûreté la vie et l'honneur d'Antoinette , et laissons Dieu faire le reste.

DURESNEL. Je partirai, monsieur, je partirai... mais vous?

JAFFIER. J'irai vous rejoindre... plus

tard faites-le bien comprendre à ma

fille!... vous savez comme elle m'aime!., séparée de son père , elle rêvera pour lui toutes sortes de dangers ! Tâchez de la rassurer !.. tâchez qu'elle soit heureuse !.. si vous la surprenez quelquefois pleurant et triste , ne lui demandez pas compte de ses larmes; c'est moi seul qu'elle pleurera, entendez-vous?.. Je ne me repentirai jamais de vous l'avoir donnée, monsieur Duresnel ; mais cet inestimable présent que je vous ai fait, songez-y bien , vous le devez, avant tout, à l'amitié que j'avais pour votre père!., que ce souvenir sacré soit toujours entre elle et vous. Allez maintenant, préparez tout pour votre départ.

duresnel , à part. Que s'est-il passé?., je tremble!.. Ce secret terrible , dont il sait déjà la moitié... il en apprendrait bientôt le reste!.. Oui, oui, je m'éloignerai.

(H sort.)

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