DURESNEL. A VOUS
Antoinette. Ce serait de la cruauté
que de prolonger mon agonie. Ma vie,c'éta il mon amour! je ne puis plus vous aimer , il faut donc que je meure !.. 0 ciel ! dire que tout est perdu pour moi !... même le passé'... Vous ne m'avez jamais aimée !..
duresnel. Quoi ! cela peut vous toucher encore !.. Ah ! devant ma mort, et je sens qu elle est prochaine, devant Dieu, devant vous, je jure qu'il y a dans mon crime moins d'ambition que de vengeance!..
* Duresnel, Antoinette.
LE MAGASIN THÉÂTRAL
Comment j'ai consenti à ce crime, je n'en sais rien ! Il y avait un mauvais génie sur moi , un homme qui m'a fait misérable afin de me faire coupable... qui m'a placé entre deux opprobres... l'un éclatant, Vautre caché , entre une trahison et une banqueroute , et qui est venu me dire : « Choisis! » J'avais choisi ma ruine!., mais on m'apprit que vous me trompiez!., je crus en avoir la preuve , et cela me rendit fou !.. Ayant cessé de croire à vous, Antoinette, j'ai fait bon marché de toutes mes croyances ! Ce que je dis là ne me justifie pas, je le sais; je n'ai plus de droits à votre tendresse; mais, si j'osais vous parler de ce passé où nous avons eu tant de bonheur ensemble !.. si je pouvais vous décider à lever vos yeux pour lire dans les miens la sincérité de mes paroles, je crois, Antoinette, oui , je crois qu'à cause de mon erreur, à cause de mes remords, à cause de mon amour, vous m'accorderiez mon pardon !
Antoinette. Son amour!...
duresnel. J'ai le droit de vous en parler ; voyez... je ne songe plus à la mort, je ne songe plus à votre père... je suis tout à la joie de vous savoir innocente !... Que je meure maintenant, mon sang expiera mon crime... et vous ne maudirez pas mon tombeau!...
Antoinette. N'appelez pas la mort!...
elle estassezprès d'ici!... fuyez... Tenez... c'est par là que je suis venue... c'est l'escalier secret dont je vous ai parlé... mon père ne soupçonne même pas qu'il existe... vous êtes libre !
duresnel. Est-ce là tout ce que vous avez à me dire ?
Antoinette. Faut-il dire que je vous pardonne?... Eh bien ! je vous le dis... je vous le dis. . . mais mon père ne vous pardonnera pas, lui. . . sauvez-vous! . .
duresnel. Je vais l'attendre.
Antoinette. Ah! vous ne le connaissez pas encore ! . . Savez- vous qu'il croit mon bonheur intéressé à votre perte?... savezvous qu'il vous tuerait devant moi?...
Fuyez!... Ahîdusang!...
duresnel. Une blessure au bras... je l'avais oublié!...
Antoinette. Blessé ! blessé !. .. malheureuse !...
duresnel, à genoux. Antoinette!... lu m'aimes donc toujours!...
Antoinette. Oui , je t'aime !... oui , je t'aime!... je croyais que mon amour périrait dans cette épreuve, et c'est la plus cruelle qu'il ait pu subir ; mais ta voix m'émeut , ton regard me trouble , ton sang m'épouvante! je t'aime encore !
(Us se jettent dans les bras l'un de l'autre.)
duresnel. Et moi, je veux vivre pour l'expiation... pour le bonheur...
ANTOINETTE. Oui; mais pars, hâte-toi!
il me faut du temps pour apaiser mon père , et ce n'est pas en ce moment qu'il est disposé à pardonner !...
duresnel. Tu le veux... je t'obéis. .. et maintenant ma vie t'appartient, Antoinette... si on m'attaque, je me défendrai !.. (11 ramasse son épée et sort.)
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