TROIS SEIGNEURS
premier SEIGNEUR. Il y a une cliose certaine, messieurs, c'est que nous riions mieux, en 1 558, sous le roi Henri II de France, que nous ne sommes, en 1560, sous le duc Emmanuel-Philibert de Savoie.
DEUXIÈME SEIGNEUR. Une chose non moins sûre, c'est qu'il eu dangereux aux princes légitimes de faire regretter les usurpateurs.
TROISIÈME seigneur. Le duc nous traite en pays conquis.
LE PREMIER SEIGXEl'R. Ah ! il répond à cela qu'il n'a pas trouvé, comme son père Charles III, sa couronne sur l'autel d'une cathédrale, mais bien au milieud'un champ de bataille, et qu'il a droit, comme dit le peuple, de manger à sa guise le pain qu'il a fait cuire.
LE troisième seigneur. Je sais, pardieu! bien qu'il a gagné ses états au danger de sa vie, et que le traité qui l'a fait souverain, signé d'un trait de plume à Cateau-Cambrésis, fut écrit, à Saint-Quentin, avec la pointe d'une épée. Mais, parce que Charles-Quint a changé sa seigneurie en altesse, ce n'est pas une raison à lui pour vouloir changer les gentilshommes en vassaux. Que le duc prenne garde! c'est à la pédaille française qu'il a passé sur le ventre dans les plaines de Flandre, et non à la noblesse savoisienne ; et si nous ne sommes pas de taille à frapper à la tète le duc Emmanuel-Philibert, nous sommes du moins assez grands pour le toucher au cœur.
le deuxième seigneur. Il vient d'abolir les états-généraux.
le premier SEIGNEUR. Il fait, selon qu'il lui plaît, d'un homme de rien un seigneur, et d'un seigneur rien... Nous ne sommes plus gentilshommes, nos épées sont maintenant enchaînées dans le fourreau... Le duel est puni comme un crime.
LE TROSIÈME SEIGNE UR. Je VOUS le dis,
messieurs, il faut en finii.
le premier seigneur. Je le voudrais
comme vous; mais nous ne le pouvons pas.
le troisième seigneur. Le duc est mortel, messieurs...
le premier seigneur. Oui, mais les
suites?
le troisième seigneur. On se jetterait entre les bras de la France, qui est une bonne mère pour la noblesse.
le premier seigneur. Tenez: ne pensons à rien faire, tant que nous n'aurons pas pour nous le comte de Montrcvel. Le comte est riche et puissant par lui-même, allié en outre à la grande famille d'Allinges, dont est sa femme, et, de plus, trèsaimé des soldats... S'il était avec nous, nous serions assez forts pour agir... mais il aime le duc.
le deuxième seigneur. INVst-il aucun moyen de l'amener à nous ?... l'ambition?
le premier seigneur. Qu'offrir au grand- maréchal de Savoie? D'ailleurs, c'est un homme violent et passionné, qui ne peut se prendre que par l'amour ou la haine. On le mènerait plus loin, je vous l'assure, avec une espérance de vengeance qu'avec vingt promesses de fortune.
le troisième seigneur. Si c'est ainsi, Dieu soit loué ! nous l'aurons peut-être. le deuxième seigneur. Comment?
le troisième SEIGNEUR. Le prince aime la femme du comte de Monlrevel.
le premier seigneur. La comtesse Hélène !
le troisième seigneur. Je vous en réponds, je le tiens de Simiane d'Albipny, qui a fait avec eux le voyage de Bonneville.
le deuxième seigneur. C'est à cause décela, sans doute, que la comtesse est arrivée hier à Chamhéry, malgré le serment qu'avait fait le comte de ne jamais l'amener à la cour ?
le troisième seigneur. Précisément.
I.E premier seigneur. Ayez une preuve, et je vous réponds du comte.
le troisième seigneur. Comment l'avoir ?
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