PIERRE, LE COMTE
pierre. Me voici, monseigneur.
le comte. Tu es?..
pierre. L'homme que vous avez envoyé quérir ce matin et que vous attendiez ce soir.
LE comte. Ton nom?
pierre. Sileto.
le comte. Tu as apporté?..
pierre. Mon épée seulement... elle suffira.
le comte. Comment es-tu entré ?
pierre. Par cette fenêtre , dont j'ai ouvert la grille.
LE COMTE. Où est la clef?
pierre. Dans l'étang où je l'ai laissée tomber par mégarde. Voici l'échelle de cordes que j'ai détachée.
LE COMTE. lime semble t'avoirdéj à vu.
pierre. C'est possible, monseigneur , on se rencontre dans ce monde.
LE COMTE. C'est bien. Tu sais ce que tu as à faire ?
riERRE. Oui, monseigneur, et à quelles conditions :je dois tuer un homme pour cent ducats d'or.
LE COMTE. Oui : sais - lu quel est cet homme ?
riERRE. IN on ; mais ce doit être, vu la somme, un personnage considérable.
LE COMTE. C'est le duc.
PIERRE. Ah !
le comte. Tu le tueras?
PIERRE. Oui.
LE COMTE. J'ai fait éloigner tout le monde d'ici, personne n'entendra ni ne verra.
fierre. C'est bien.
LE comte. Sileto, c'est un terrible pacte que nous allons contracter ensemble : il faut donc qu'aucun des deux ne puisse se dédire et trahir l'autre.
PIERRE. C'est juste.
LE comte. Tu sais écrire?
pierre. Oui, monseigneur.
LE comte. Ecris sur ce parchemin que tu t'engages à tuer le duc, ce soir, au prix de cent ducats d'or, et signe.
pierre. Mais, monseigneur. . .
LE COMTE, vivement. Moi, je vais de mon côté t'écrire et te signer la promesse de te payer les cent ducats d'or, et de te protéger contre toute poursuite, quand tu auras tué le duc. Tu hésites?
PIERRE. Non, monseigneur.
LE COMTE. A la bonne heure.
(Ils écrivent.) PIERRE , lui tendant le far chemin. Voilà mon engagement, monseigneur.
LE COMTE, lisant. « Je m'engage à tuer, ce soir, le duc Emmanuel-Philibert, au prix de cent ducats d'or. Le 20 octobre 1560. Signé Sileto. » Fort bien , voici le mien.
pierre, lisant. « Je m'engage à payer à Sileto la somme... (S' arrêtant et regardant le comte.) C'est vous qui avez écrit cela ? LE COMTE, pliant le parchemin que Pierre lui a donné et le cachant dans son pourpoint. Oui... qu'y a-t-il après ?
( Pierre fouille vivement dans le sien, y prend les lettres, et les compare rapidement avec le parchemin que lui a remis le comte, puis les laisse tomber.)
MAGASIN THEATKAL.
pierre. 11 y a , monseigneur, que vous i li s un misérable.
le comte. Maître Silt-lo !
PIERRE. Je ne nie nomme pas Sileto , je me nomme Pierre Tardy, frère de Madeleine Tardy que vous avez déshonorée.