‹ ThéâtreChapitre 542 sur 846 · I.E COMTE. Toi, Pierre Tardy · texte numérisé non relu

I.E COMTE. Toi, Pierre Tardy

PIERRE. Moi-même, votre liôte l'autre jour, aujourd'hui votre ennemi, et si vous avez besoin de preuves, voyez ces lettres. (Il lui présente les lettres.)

LE COMTE. Et que m'importent à moi ces lettres?

pierre. Ce qu'elles vous importent , monseigneur ! peu de chose, en vérité , comme à nous. Elles ont coûté à ma sœur l'honneur; à vous elles coûteront la vie.

LE COMTE. La vie?

pierre. La vie. Ah! tout n'est pas amusement avec nous autres, monseigneur!..

Après la séduction vient la vengeance. . . après les larmes de la sœur, vient l'épée du frère... En garde donc, monseigneur, et réglons nos comptes, s'il vous plaît.

LE COMTE , allant vers la porte. Holà ! du monde ici . • .

PIERRE , lui barrant le chemin. Un pas déplus, vous êtes mort... Quant au bruit, comme personne ici ne peut nous entendre, vous le savez bien , vous pouvez appelerà votreaise. Mais, si j'ai un conseil à vous donner, comte de Montrevel , c'est de ne pas lasser ma générosité, et de vous mettre en garde avant que je me mette en colère.

le COMTE. Vous êtes fou, mon maître:

les gens de ma sorte ne se battent pas avec ceux de la vôtre.

pierre. Pardonnez-moi, monseigneur; les scélérats se battent tous les jours avec les honnêtes gens.

le comte. Si vous avez à vous plaindre de moi, prenez un parrain de ma qualité, et je répondrai comme il convient à toutes ses demandes.

pierre. Oui , que j'aille contre toi prendre pour défenseur un homme comme toi! Non, pardieu ! vous êtes tous les mêmes dans la noblesse; je vous hais tous , parce que vous êtes insolens, et je vous méprise tous, parce que vous êtes fainéans. Es-tu content maintenant, ettedéfendras-tu?

LE comte , froidement. Un duel entre nous est impossible, je suis gentilhomme, et vous ne l'êtes pas.

pierre. Je suis plus noble que toi , comte de parade : tu portes ta noblesse au cou, et je l'en arrache. ( U lui arrache les

ordres dont il est dét oc.) Je porte la mienne au cœur ; viens l'y prendre.

LE COMTE , tirant a moiiè l'épec. Misérable!... non.

( 11 remet sou ifpcc )

pierre, outré. Défends-toi. .. je suis l'amant de ta femme.

LE COMTE. Toi ?

pierre. Moi, moi, Pierre le paysan, le manant... Je suis l'amant de ta femme, de la comtesse de Montrevel, comme tu as été celui de ma sœur, la paysanne.

LE comte. Tu mens.

pierre. Je mens' — la preuve, c'est qu'elle m'a écrit une lettre, donné un rendez-vous, reçu ici en ton absence, serré dans ses bras, caché dans son lit, là, dans son lit; c'est que j'ai entendu toute votre conversation , tes menaces, ses relus, tes projets d'assassinat , d'incendie , de trahison, tout : je t'ai vu rpporter ton échelle qui n'a servi à personne, à personne, entends-tu, imbécile. . . ( Riant aux éclats. ) Ah! pauvre comte! pauvre comte!

le comte. lime fallait une victime; c'est toi qui me tombes sous la main. . faute de mieux, je te prends. En garde , paysan, et tâche de bien mourir

pierre, tirant son épee. Ah ! lu me trouves donc assez gentilhomme à présent!

( Ils fondent l'un sur l'autre , et s'attaquent avec fureur; la porte s'ouvre, le duc entre. )

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