JEAN, LE JUGE-MAGE, LE PORTIER DE VILLE, PREMIER EXEMPT
l'exempt, annonçant. Messire le jugemage ! messire le portier de ville !
(Us entrent)
jean. Bonjour, messieurs, je vous ai mandés pour m'assister, comme il vous' appartient, dans un acte de haute justice, je compte sur vous, comptez sur moi.
l'exempt, entrant. Messire, son altesse le due vient d'arriver à la Maison-de-Ville, suivie d'une forte troupe de ses gardes. Son altesse demande à être introduite.
JEAN. Qu'elle attende! faites entrer mes gardes. [Les gardes du grand bailli entrent.) Asseyons-nous, messieurs, et couvronsnous. [Jean, le juge-mage et le portier de ville s'asseoient et se couvrent.) Maintenant, faites entrer le duc, et que Dieu garde les justes!
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SCEINE 111.
Les Mêmes, LEDUC, Ses Gardes.
le DEC, entra/, t virement. Me voici, monsieur, qui me rends à vos ordres.
jean , immobile. C'est bien, seigneur Emmanuel Philibert.
LE DUC. Vrai-Dieu! monsieur, ceci passe permission... vous m'envoyez chercher par un de vos officiersdans mon palais, comme un marchand dans son échoppe, et je sors pour le suivre ; vous me sommez de comparable devant vous, et je me soumets à votre ordre; et quand j'arrive pour vous demander la raison d'un procédé si étrange , vous me recevez, moi, votre souverain, assis, la tête couverte!.. Sur mon âme, c'est violent ! Si grand que je vous ai fait, vous n'êtes rien à côté de moi, mon-
sieur , et vous pourriez apprendre à vos dépens qu'il n'y a pas de dignités qui donnent avec moi droit d'insolence. Ma bonté fait quelquefois tourner les tètes, ma colère les fait tomber.
JEAN. Je n'ai rien oublié, seigneur Emmanuel, et c'est pour cela que vous êtes ici ; vous m'avez demandé la vérité, je vous l'ai dite ; vous m'avez offert l'administration de la justice, et je l'ai acceptée, vous m'avez fait grand bnilli; donc ce n'est point ici un sujet qui reçoit son souverain ; c'est un magistrat qui interroge un accusé. Vous êtes accusé de meurtre.
LE Die. Moi?
JEAN. Vous êtes accusé de meurtre sur la personne du comte François de Montrevel.
LE DUC. Et sur quels indices a-t-on osé me charger d'une pareille accusation ?
JEAN, lui montrant un poignard. Ce poignaid, qui est à vos armes, a été trouve près du cadavre.
LE DUC, à part. C'est le mien. ( Haut.) Ce poignard peut m'avoir été volé, et ne prouve rien. Mauvais indice que celui-là, monsieur, et si vous n'en avez pas d'autres. .?
jean. Si fait.
le duc, étonné. Parlez alors...
jean. Hier, une heure après mon installation, je fis arrêter tous les gens sans aveu qui se trouvaient dans la ville. Un criminel nommé Sileto m'apprit, pour avoir la vie sauve... qu'un meurtre devait se commettre le soir même à l'hôtel Montrevel ; j'y plaçai des agens. A l'heure dite, un seul homme y entra... on ne put le reconnaître; mais, sans qu'il s'en aperçût, le bas de son manteau fut coupé.
LE DUC. Eh bien ?
jean. Eh bien! ce manteau, c'était le vôtre, et cet homme, c'était vous.
LE DEC. Tous les manteaux se ressemblent, et...
jean. Mais tous les chiffres ne se ressemblent pas; voici le vôtre.
(Il lui montie le morceau du manteau, sur lequel sont brodes en or le chiffre et les armes du duc. Mouvement parmi les assistans.)
LE DUC, impatienté. Et quand ce serait moi que vous auriez vu entrer à l'hôtel Montrevel, cela ne piuuve pas que ce soit moi qui aie commis le meurtre. Il n'y a pas de témoins.
JEAN. Il y a un témoin.
LE DUC. Quel est l'audacieux?...
jean. Le comte lui-même.
LE DUC Le comte !
jean. Il me fit appeler dans la nuit, et
LE PAYSAN DES ALPES
avant ,1 expirer me déclara, devant toute sa maison, qu'il avait été assassiné par le duc Emmanuel-Philibert de Savoie.
LE DUC. 11 a menti... je l'ai tué.
JE.w. ^ ous avouez?
LE DUC. Oui, monsieur.
JEAN. Vous l'entendez, messieurs; le duc avoue son crime.
LE DUC. 11 n'y a point ici de crime.
JEAN. Comment donc nommez-vous les assassinats ?
LE Dl C. Je vous dis que je n'ai point assassine le comte, mais tué en légitime défense. Le comte a levé lYpée sur moi je lai happé de la mienne. Ce ne fut pas un meurtre, ce fut un duel. On se bat souvent dans ma famille, monsieur, on n'assassine jamais.
JEAN. Le comte a été frappé sans témoins, au milieu de la nuit, dans sa maison...
LE Die. Le comte m'avait attiré chez lui par une fausse lettre, pour m'v faire égorger par des spadassins, et livrer ensuite la Savoie à l étranger. J\,i d'un seul coup puni son guet-^pens et prévenu sa trahison.
Jean Quoi qu'il eût fait, il n'était pas justiciable de vous, mais de la loi. Les princes ne portent que l'épée, comme les gentilshommes ; la loi seule porte la hache. Quand la loi manque au sang répandu, il y a meurtre et vous savez que le duel est puni comme 1 assassinat.
LEDUC. Vous, monsieur, vous devriez savoir que ma personne est ici-bas inviolable et sacrée, et que les tètes royales dépassent toujours le niveau de la loi
JEAN. Je le sais comme vous, et Dieu me préserve de l'oublier ! Mais, si la loi ne peut rien sur votre vie, elle peut tout sur votre honneur.
LE DUC. Mon honneur' „„ ■
vous? ueui osenez-
mJ^'-âïïtk V0US êtes donc> vo»s, Emmanuel-Plnlibert, duc de Savoie, atteint '
le duc. Un mot, monsieur Jean. Parlez.
ba" DUC' blifaisant siSne de v*™. Tout
. JEAN, sans se déranger. Tout haut. La • justice n a pas de mystères.
le duc. Vous manquez votre fortune, monsieur. '
Jean. Je fais mon devoir. Ainsi
LE duc. Votre insolence me "lasse ,
monsieur, et Je vous défends de conti-
nuer.
Jean. Il n'y a qu'un moyen de me fermer la bouche, monseigneur- c'est de me couper la tète.
LE DUC. Eh bien!... gardes!
(Les gardes s'avancent.)
jevn, mmoBile. « Sur l'évangile et sur '• ma couronne , avez-vous dit , je vous » jure que personne, pas même moi , ne >< sera exempt d'obéir à la loi; que per- » sonne, fut-ce moi, ne pourra se dérober » au châtiment qu'il aura mérité, et qu'au » besoin, je vous viendrai moi-même en " flde Plaire exécuter la justice envers "tous et contre tous.» Maintenant faites monsieur, Dieu nous juge. '
(Les gardes reprennent leurs places ) LE DUC, un instant pensif ] Continuez.
(n écoute trangaiUemeng
JEAN, reprenant. Vous p1p« o«, i
» uni eu s convaincu rlp meurtre et sommé, en conséquence par •»0.,Ç»nd bailli de Chambérv, de conTp*i'auredemain à l'heure de J&dSL f maison de ville, pour v0!4s y entendre lue votre sentence et la voir exécute en
''On seJùvc.) LE duc Un instant: puisque vous êtes résolu a fane exécuter la loi contre mof vous devez être également prêt à la Ai re exécuter pour moi. le
Jean. Oui , monseigneur, la justice a cleuxmams: l'une frappe , l'auVe ^
le duc. Eh bien ! hier au soir un homme a signe, sous un faux nom la promesse de m assassiner pour cent ducats
do.. Quelle peine mérite cet hommef Jean. La mort.
le duc. Vous avez dit la mort' Jean. Oui; où sont les preuves ?" LE, DUC, lui présentant le parchemin signé par Pœrre. \ oici la promesse. 8
Jean. Où est l'homme ?
LE DUC, montrant la porte à droite. Là. JEAN. Faites-le venir.
LE DUC, à un 0ffiaer quiparQÎL Amen ici le prisonnier, et annoncez-lui qu'il va paraître devant son juge, le grand bailli de Chambery. (A Jean.) Vous allez voir vil cuse , monsieur !
une voix du dehors. Iraccusé!
(Jean va à la porte de droite.)
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