JEAN , PIERRE
JEAN , cachant sa télé dans ses mains.
0 Dieu !
PIERRE , courant à lui les bras ouverts.
Mon père !
JEAN, V arrêtant du geste. JN on, ton juge: un juge' inexorable, Pierre, qui ne connaît plus au monde que des innocens ou des coupables ; un juge qui n'a pas voulu fane grâce à son prince, et ne pourrait pas taire grâce à son fils... Songes-y.
PIERRE, baissant la tête. Helas !
JEAN. Je vais vous interroger : vous allez répondre.
PIERRE. Je suis prêt.
jean. O Pierre I tu sais si je dois désirer de te trouver innocent.... Mais n'importe , Pierre, même pour moi , ne mens
pas. ...
riERRE. Soyez tranquille, mon père.
JEAN, prenant le parchemin. Connaissezvous ?.. 'mais au moins ne va pas l'accuser à tort. ( Pierre secoue tristement la tête. ) Connaissez-vous ce parchemin ?
PIERRE. Oui. ■
jean. Oui!... mais ce n est pas toi, n'est-ce pas, qui l'as écrit?
pierre. Si fait, mon père.
JEAN. Et signé?
pierre. Aussi.
JEAN regardant le parchemin. Helas .
(Lisant.) « Je, etc. » Mais ce n'est pas ton nom qui estaubas... Sileto! Il y a Sileto, et non Pierre. .
WERRE. Oui... c'est bien Sileto qui est écrit; mais c'est Pierre qui a écrit. . f
JEAN En effet cet homme est arrête depuis hier matin... mais, malheureux enfant, qui donc a pu te pousser a cela? PIERRE. Je ne puis pas le due , mon
père. , .
jean. Et tu sais quelle peine t est réservée pour avoir fait cela ?
pierre. Oui... la mort.
jean. La mort î la mort ! Toi, mourir, on Pierre , et mourir condamné par ioi !... Non ! non ! Dieu ne permettra pas cela... Tu te justifieras... tu es bon... tu es généreux... tu ne peux avoir eu la pensée d'un crime... Un crime, toi ! non; on t'aura forcé à cela, on t'aura trompé, perdu... ou le duc t'aura insulté; n'est-ce pas qu'il t'a insulté , le duc ? et alors la vengeance... cela se conçoit dans un jeune homme... Mais justifie-toi donc, Pierre... défends-toi... je t'en supplie à genoux.... une excuse, une apparence, quelque chose. Parle , qu'as-tu à dire ?
( Il tombe aux genoux de Pierre.) PIERRE. Rien, mon père.
JEAN, se relevant. Rien!., ah! c'était donc pour cela que tu te cachais de moi depuis si long-temps !.. c'était pour cela que tu passais des nuits entières loin du toit paternel ; c'était pour cela que tu nous faisais veiller dans les angoisses et dans les larmes!., c'était pour le crime, c'était pour la honte!.. Quoi ! sans respect pour les cheveux blancs de ton père, sans pitié pour le cœur brisé de ta vieille mère, sans pudeur pour le nom que tu portes comme nous! .. {Pierre s'approche de lui ; il recule.) Je ne vous connais plus misérable ! vous faites métier de l'assassinat !
pierre. Moi, faire métier de l'assassinat !.. moi, tuer pour de l'argent... et je ne puis parler... Non ! vous le dites, mais vous ne le croyez pas... je me suis perdu moi-même... mais m'avilir, jamais!., on ne fait pas de ces choses-là quand on est votre fils, mon père... mes mains sont toujours pures, ma conscience toujours tranquille; je suis toujours digne de vous, mon père, embrassez-moi.
(Jean se jette dans ses bras et pleure sur lui.)
jean. Mon enfant! mon enfant!
tierre. Quand faudra- t-il que je meure, mon père ?
jean. Demain !..
pierre. Hélas! j'aurais pourtant bien voulu la revoir...
jean. Qui donc?..
pierre. Ma mère.
JEAN. Ta mère?.. Pauvre Thérèse!..
pierre. Plaise à Dieu qu'elle ne soit pas ici, ni ma sœur non plus, quand... au moment où...
jean. Non, elles sont encore là-bas...
chez nous.
pierre, respirant. Quel bonheur!., ma pauvre Madeleine... vous l'embrasserez bien pour moi, mon père, n'est-ce pas?..
LE PAYSAN DES ALPES
au nom C
leD
JEAN, sanglotant. Oui... oui...
pierre. Et ma mère aussi... cette bonne mère... vous Leurdirei queje les aime bien tontes les deux.
JEAN. Pierre, il est impossible que tu aies commis ce crime, et je suis sûr que si tu voulais tu pourrais te sauver.
pierre. C'est vrai, mon père.
JEAN. Ali ! je le savais bien, moi, que
tu n'étais pas coupable!..
',. . . , r^>— ^BEAN. Oui
pierre. Mais je ne le veux pas. m -^ \
JEAN. Tu ne le veux pas?
pierre. Non, pour me sauver, il faudra! tcommeUre[une lâcheté, et vous-même, à ce prix, vous ne rachèteriez pas ma vie.
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