M '• GRANGER* M»' LAROCHE
H™* t.r. \m;i:i>. , souriant. .lai bien peur qu'ail 'un d'une noce nous eu ayons d eux .
M"" LAROCHE. Deux .'.. el comment?.!
M"'e GBANGEB. Eulalie !..
M""' LAROCHE. Vous la mariez?...
Mme GRANGER, avec importance. On me la demande.
Mme LAROCHE avec sécheresse. Quelqu'un de comme il faut?
MMie GRANGER, avec orgueil. Lu baron.
Mne i.aroche, avec jalousie. Du faubourg Saint-Germain ?
u,,,e GiiANGLR. De la rue de la Miehodière.
Mn,e LAROCHE. Alors ce n'est pas de la vieille nohlesse.
MmeGRA\GER,^/i'e/7/i!'«/.C'estdelabonne, cinquante mille francs de rentes.
M™0 LAROCHE, aoec un peu d'envie. Ah ! Dieu... ma sœur, ètes-vous heureuse .'
Mme GR.wger. Cela n'est pas encore fait, ma chère amie.
Mme LAROCHE. Oui, mais cela se fera.
Mme GRANGER. Je l'avoue que j'en ai bien envie.
Mme LAROCHE. Tout VOUS réussit, à VOUS*
1" grxx'GLR. Quelquefois... pas toujours.
llme laroche. Qu'est-ce qui vous adia:.
inauqué ?
MAGASIN THKATUAL.
«■•granger. Etces soixante mille francs que nous avons perdus à la faillite de ce
maudit notaire de la place des A ictoires !
Mme LAROCHE. Vous l'avez bien voulu...je vous ai assez dit : Prenez garde. Les notaires ne sont pas plus solides que les. architectes, ils font banqueroute comme des iigens de. change ' ... du moment que les Français sont égaux... les notaires ne valent pas mieux que les autres.
Mme GRANGER. C'est cette perte-là qui nous a décidés à réunir ce que nous avions et à ne plus courir de chances.
Mrae LAROCHE. Et, pour comble de bonheur, vous avez vendu votre fabrique de rubannerie le double de ce quelle vous avait coûté. .. Quatre-vingt-six mille francs un fonds de rubans !... Je sais bien que le gouvernement eu/ait une grande consommation... mais ce n'est pas une raison pour qu'ils renchérissent à ce point-là î... Votre campagne de Piei refitte... vous l'avez eue pour rien... Enfin, il n'y a pas jusqu'à voire fils aîné, Gabriel... qui est mort chef le bataillon... et moi, le mien est toujours' maréchal -des-logis.
Mme GRANGER. Ma pauvre Angélique , lu l'as conservé !... •
M'nc LAROCHE. Oui , c'est une grande consolation ; mais c'est pour dire qu'il y a des gens heureux qui viennent à bout de tout ce qu'ils entreprennent... Vous avez envie, ma sœur , que votre fille soit baronne, elle le sera... je vous le garantis... c'est fort agréable pour les païens de pouvoir mettre ses enfans dans la noblesse...
Mme GRANGER. Tu sais les sacrifices que nous avons faits pour L'éducation d'Kulalie... des maîtres de toute espèce... Nous n'avions plus qu'elle , et, sans avoir ce qu'on appelle une fortune, nous possédions heureusement les movensde lui faire apprendre bien des talens d'agrément.
Mme LAROCHE. M. Laroche n'a jamais voulu qu'il fût question de tout cela pour sa fille... Un état... un état, disait-il: on ne sait pas ce qu'il peut arriver... il faut qu'une femme puisse se suffire à elle-même et qu'elle ne soit à charge a personne... Heureusement que Célesline avait du goût pour le dessin... et que nous avions des connaissances à la manufacture de Sèvres.
Mme GRANGER. Célesline peint sur porcelaine comme un ange ! ''Ile a exposé au dernier salon un vase de fleurs qui aurait fait honneur à IM. Jacotot.
JEAN , entrant par la gauche. Madame, monsieur vous fait dire que M. le baron de Ronçav est arrivé. Ces messieurs vous attendent.
Mmp GrîANGER. J'y vais.
Mme Laroche. Roncay ? Est-ce que ce n'est pas un ancien général?...
W changer. Justement !.. un ami de Dubreuil ; tu l'as vu chez nous, autrefois... il y a long- temps... à l'époque de la conscription de mon pauvre Gabriel : il a été son colonel.. . Nous l'avions perdu devue. .. mais, il y a six semaines, nous l'avons rencontré au bal du préfet de la Seine. . . Il fallait voir comme il regardait Eulalie tout le temps qu'elle a dansé il ne l'a pas quittée des yeux; il nous a reconduits dans sa voiture... il est venu s'informer de notre santé le lendemain... il nous a invités à aller passer quinze jours à son château... enfin, avant-hier, il a positivement demandé la main d'Eulalie...
Mme LAROCHE. Alors, c'est une affaire arrangée ?
Mme GKANGEn. A peu près. Je n'ai pas besoin, ma «hère Angélique , de te dire' que ta chambre et ton cabinet sont toujours vacans. [Elle l'embrasse.) Jean? {Le. domestique paraît. ) Préparez l'appartement du second pour ma sœur... [Jean sort.) Tu ne quitteras Paris qu'apiès le mariage de nos enfans.
(Elle sort par la gauche.)
Mme LAROCHE, seule.
Voilà comme dans les familles il y a toujours des privilégiés. .. Grâce à son mariage... ma nièce Eulalie va devenir une grande dame... bien riche, bien considérée... et ma pauvre Célesline sera tout simplement la femme obscure d'un graveur...
elle n'aura aucun des plaisirs, des jouissances, des honneurs qui attendent sa cousine... En vérité... je ne sais qui me lien: de retirer ma parole et mou .consente- •ment... ma fille est jeune... jolie... et elle trouvera toujours bien un parti comme celui qui se présente pour elle... Dans tons les cas, je ne serai pas témoin d'une différence île position qui me blesserait... et aussitôt la noce , je reprends la route du Havre.