SCENE VIII
EULALIE, CÉLESTINE
CÉlestine. Qu'est-ce qu'il dit donc, ce monsieur-là ?
eulalie. C'est la personne dont je t'ai parlé... ce monsieur qui a été si poli, si prévenant au bal de la préfecture, et qui me faisait rougir toutes les fois qu'il me regardait.
CÉlestine. Tune l'avais pas revu?
eulalie. Une fois, le lendemain de la fête, puis je suis retournée à ma pension. . . mais maman m'a dit que depuis il était venu plusieurs fois à la maison, demandant toujours de mes nouvelles... mon pauvre frère a autrefois servi sous ses ordres... c'est en quelque sorte un ancien ami de la famille.
CÉlestine. Alors cela m'explique l'intérêt qu'il prend à ton bonheur.
EULALIE, gaîment. Parlons du tien...
te voilà bien heureuse ; tu te maries.
CÉLESTINE C'est un bonheur qui ne tardera pas à t'arriver.
eulalie. Voilà déjà plusieurs de mes compagnes, de mes amies de pension qui se marient ; Louise Groumeau, qui a épousé ce riche banquier de la rue Grange-Batelière... sa noce était bien belle... que de bijoux !.. que de diamans !.. les belles toilettes!., le joli bal !.. Eh bien! je me suis encore plus amusée au mariage d'Est! 1er Pellier, qui a épousé son cousin le procureur du roi... j'ai dansé... j'ai dansé à en être malade, je n'ai pas manqué une seule contre-danse!., oh! j'espère bien aussi danser à la tienne.
CÉlestine, souriant. A charge de revanche.
eulalie. Mais, quand je me marierai, [ tu seras une femme raisonnable... une
EULALIE G RANGER
mère de famille, et les mères de famille, ça ne compte plus pour la danse.
CÉLESTiNE, souriant. Les mères de famille forment quelquefois un fort joli corps de réserve auquel ou est bien aise d'avoir recours... entendez-vous, mademoiselle?
eulalie. Tu ne sais pas pourquoi maman m'a fait demander?
CÉlestine. Non, je l'ignore.
eulalie. C'est peut-être pour me faite sortir de pension.
(Élestine. Tu en serais fâchée ?
eulalie, gatment . Au contraire, je m'y ennuie, surtout à présent que mes meilleures aniiesn'y sont plus... oh ! je l'avoue, je serais bien contente si je ne retournais plus à ma pension.