‹ ThéâtreChapitre 586 sur 846 · M»* LAROCHE , CHARLES · texte numérisé non relu

M»* LAROCHE , CHARLES

Mme LAROCnE. Ah! que la fortune est une belle chose, et que les gens richessont heureux !

chaules. Vous sortez de la salle de bal ma mère...

Mme LAROCHE. Ah! ne m'en parle pas...

c'est superbe! c'est magnifique! je

suis outrée.

Charles. Outrée !... et pourquoi ?

Mmc laroche. Cette dame qui était sur la Gazette des Tribunaux, la semaine dernière... Mme R... trois étoiles... car c'est encore là un des privilèges delà richesse... dans un pays où, comme on dit, tous les privilèges sont abolis... quand les gens riches vont devant les tribunaux... c'est toujours en abrégé mais, quand c'est de

pauvres gens, on vous les imprime tout entiers , noms, prénoms , demeure et profession... c'est de l'égalité , si on veut.

Charles. La bonne mère a raison.

Mme LAROCHE. Et M. Dubreuil reçoit chez lui une femme sur laquelle il court des bruits... ah!... une femme qui plaide en séparation!... Vous me direz : Elle est marquise, elle à soixante à quatre-vingt

mille livres de rentes ça efface bien

des péchés !...

Charles. Eh bien! cette dame que

fait-elle donc qui vous irrite si fort ?

Mme laroche. Elle danse!., avec son avoué. . . il a bien fallu ; car elle a dû s'apercevoir en entrant que sa présence n'était pas agréable à tout le monde... Une femme mariée qui a un amant... et qui plaide contre son mari !...

Charles. Vous savez , ma mère , qu'il v a des circonstances graves , imprévues... qui peuvent nécessiter un procès...

Mme LAROCHE. Il n'y en a point qui puissent excuser une femme d'avoir manqué à ses devoirs; Dieu merci! de mémoired'homme, aucune de nous n'a bronché dans notre famille... Nous pouvons marcher tête levée, l'honneur de nos maris n'a pas souffert la moindre égratignure, même sous le règne du divorce : c'est remarquable. Sais-tu qu'il a été un moment où j'étais bien chagrine?

Charles. Vous, ma mère?

Mme LAROCHE. Et à cause de toi.

Charles. De moi !

Mœe LAROCHE. Oui , mon garçon je

*e voyais triste , rêveur , poussant malgré toi des soupirs qui n'annonçaient pas un

esprit bien tranquille. En6n.... j*ai cru que tu étais amoureux d'une femme mariée !...

CHARLES. Moi !

Mrae laroche. Mais ta sœur m'a bien vite démontré l'injusticede mes soupçons... Va, mon Charles, mon bon 61s, ne trouble jamais la paix d'un ménage... ces amourslà ne sont pas long-tensps un mystère, et quand ils sont découverts. .. de combien d'humiliations ils accablent une pauvre femme!... c'est à qui lui jettera la pierre, à qui la noircira davantage... Dieu sait le scandale et les querelles et les affronts les parens eux-mêmes Bnissent

par répudier leur parente... par ne plus la recevoir chez eux.... Ah !.... moi , d'abord... si jamais, dans notre famille si intacte jusqu'à ce jour, il arrivait quelque chose de cette nature... quand ce serait ma nièce Eulalie... ou ma fille Célestine ,

je fais bien serment à Dieu de ne plus

les voir ni en entendre paxler... Charles, mon fils , toi qui es si bon , si honnête... n'aie jamais d'amour pour une femme mariée... respecte... respecte le mariage, tu te marieras un jour, et ne sois jamais la cause du malheur de deux époux.

Charles. Manière...

Mme laroche. Tu me le promets?

Charles. Ah! oui, ma mère.

Mme laroche. Ah ! si nous n'étions pas au bal, comme je t'embrasserais !...

Charles. Eh bien! manière, oubliez que nous sommes au bal.

Ils s'embrassent.

Mme LAROCnE. Tu m'as rendu bien heureuse... Je vais voir danser ma marquise.

Elle soit.

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