‹ ThéâtreChapitre 6 sur 846 · MADAME DE MÉRAN, ALPHONSINE · texte numérisé non relu

MADAME DE MÉRAN, ALPHONSINE

MADAME DE MÉRAN

Eh bien! ma chère enfant, mon Alphonsine, es-tu plus raisonnable; l'hymen qui se prépare te sourit-il enfin?...

ALPHONSINE

Hélas !

MADAME DE MÉRAN

Mes yeux n'ont point vu tes larmes, mais le cœur d'une mère est si clairvoyant'... il les a toutes reçues... Dis-moi, qu'as-tu découvert en monsieur de Saint-Alban , le neveu du vieux commandeur, enlevé trop tôt à mon amitié... qu'as-tu découvert, dis-je, qui puisse te prévenir si fort contre lui ?

ALPHONSINE

Rien, ma mère; monsieur de Saint-Alban a été choisi par vous, il doit être digne de votre estime, et je croirais vous offenser en le jugeant indigne de la mienne.

MADAME DE MERAN

Mon notaire vient de m'assurer que tout était en règle, et qu'on n'attendait plus que ton consentement. J'éprouverais, je l'avoue, un grand plaisir en t'unissant au neveu de mon vieil ami, en obéissant à ses dernières volontés; mais je renoncerais à ce projet si je ne croyais assurer ton bonheur. Son arrivée en ces lieux est encore bien récente ; cependant j'ai eu déjà plusieurs occasions d'apprécier son caractère, et mes observations ne lui ont été que favorables. Son langage noble et galant, ses attentions pour ma vieillesse et mes infirmités, tout m'a donné de lui l'opinion la plus avantageuse, et je suis étonnée qu'il ne t'ait pas séduite aussi. Nous autres femmes, jeunes ou vieilles, on nous plaît bientôt lorsqu'on s'occupe beaucoup de nous. Quant à sa figure, je n'ai pu en juger... Parle; est-ce là ce qui t'a prévenue contre lui ?

ALPHONSINE

Non, ma mère; vos leçons m'ont appris à ne point attacher trop de prix à des dehors souvent trompeurs.

MADAME DE MÉRAN

Je l'ai vu autrefois chez son oncle ; mais il était bien jeune alors; si ses traits, en se développant, ont conservé leur première expression, il doit avoir un air doux et timide.

ALPHONSINE

Pardon, mais quand il me regarde je tremble malgré moi; je crois voir dans ses yeux quelque chose de sévère qui s'accorde mal avec ses paroles.

MADAME DE MÉRAN

Je me souviens qu'il souriait souvent.

ALPHONSINE

En. effet... mais son sourire exprime plutôt l'ironie...

MADAME DE MÉRAN

Allons, décidément tu es prévenue. Au surplus, ma fille, je te l'ai dit, mon seul désir est de te rendre heureuse, et rien n'est encore terminé. Tu me feras plaisir si tu acceptes mon protégé; si tu le refuses .. je me charge de lui faire entendre la vérilé.

ALPHONSINE

Ah ! maman, que vous êtes bonne :

MADAME DE MÉRAN

Oh ! il y a un peu d'égoisme dans ma conduite; en faisant ton malheur, ne ferais-je pas le mien?

ALPHONSINE, après un moment d'hésitation.

Mais vous ne me parlez plus d'Eugène. . de mon cousin ?..

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