ACTE 1. SCEiNE IV
MADAME DE MERAN, a part.
Je m'y attendais ^baut.1 Et tu n'as pas deviné les motifs de mon silence ?
ALPHONSINE, tristement
Peut-être !
MADAME DE Ml lu H
Tu penses toujours à lui ?
ALPHONSINB.
Ts'est-il pas l'ami de mon enfance ? ne devaisje pas un jour lui appartenir ?
MADAME DE MERAN
Écoute, mon enfant; je suis au terme du voyage. Eugène est sans biens; sorti des pages du roi, il n'est encore que sous-lieutenant. Ma fortune, jadis brillante, est devenue médiocre par suite d'un procès funeste; dois-je confier le sort de ma Glle à un homme, plein d'bonneur il est vrai, mais qui ne me donne aucune garantie pour ton avenir?
ALPHONSINE
Vous m'avez habituée à voir en lui mon époux.
MADAME DE MERAN
Alors je pouvais devenir sa bienfaitrice; aujourd'hui je suis forcée de te chercher un protecteur. Je l'ai trouvé dans monsieur de Saint- Alban; son nom, ses qualités, ses grandes richesses, tout me dit qu'après moi ton sort doit être heureux... et si tu es raisonnable... je n'exige rien... mais tu permettras à ta pauvre mère de se séparer de toi, non pas sans regrets, mais sans craintes.
ALPHONSINE
Pour vous... pour vous seule, ma mère, je me sens capable d'obéir. . oui... dans quelque temps... Mais, je vous en supplie, ne précipitez rien.
MADAME DE MERAN
Je ne dirai oui qu'après toi... Mais n'entendsje pas du bruit? Qui vient de ce côté?
ALPHONSINE
C'est un domestique... il parait précéder quelqu'un... (à part.) C'est lui, sans doute !...