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ACTE DEUXIEME

Le théâtre représente la chambre commune des officiers dans le vaisseau an. irai; des sièges, table à droite de

l'acteur.

SCEftE PREMIERE,

SOUYRAY, BEAUGEMY. D'A^DRE- VILLE, Gardes du Pavillon. HENRI

Au lever du rideau; ils s-nt tous srv.upe's autour de la scène et endoimis après I o cie.On entend battre le tambour sur le vauseau *=t crier : Changement de quart. Au même instant paraît Henri.

HENRI. Quart de huitheures, messieurs, réveillez-vous.

TOUS. Quart de huit heures.

SOLVRAV, à deux; ofjiclers. C'est votre tour, messieurs.

Les officiers sortent.

BEAEGEVCY. Ob ! vous avez perdu, mon cher comte, en n'a-sistant pas à notre dernière orgie... Tent z, voyez ce bienheureux d'Andreville, il dort toujours.

SOEVRAY. 11 faut le réveiller.... l'amiral pput venir d'un mstant à l'autre. (// s'approche de d'Andreviie. ) D'Andreville!...

d'André ville !

d'axdreville. A boire!... j'ai soif!...

(Tout le monde lit ; à9 Andreville se lèce.) Où suis-je? Tiens, sur le vaisseau amiral... ah ! oui, je viens de faire mon quart.

SOUYRAyII appelle cela faire son quart

d'andreville. C'est drôle, je me sens tout froissé!... tout abîmé... Ah ! j'y suis maintenant, c'est l'orgie grandiose que nous avons commencée hier à terre et finie

cette nuit à bord Ah!... oui, je me

souviens .. oh ! mais nous avons été excusables de nous griser, nous buvions à la santé de tous nos païens qui sont prisonniers chez l'Anglais. Le dernier combat nous a laits tous orphelins de nos oncles , de nos cousins et de nos neveux... Mais tu n'y étais pas, Henri, à notre souper?.. henri. Il est vrai ; retenu cette nuit dans la ville par le mauvais temps, je ne suis arrivé au vaisseau que ce matin.

d'adrEVILLE. Figure-toi que nous avons parié avec Souvray !... Ah çà ! mais où est-elle donc la belle que nous avons enlevée?

henri. Enlevée... vous avez enlevé une femme?

d'andreville, se?eoant*.Ou\, mon cher ; mais avec tous les égards dus à son sexe, aveclapohtes-e qui nous caractérise... C'était un pari avec Souvray... et je l'ai gagné!... la belle est ici.

HENRI. Nous avez osé faire cela après l'exemple de cette jeune filie qui est devenue folle?

d'andreville. Oh! une fois n'est pas coutume... D'ailleurs, de quoi te mêlestu , puisque tu n'es pour rien dans tout cela?

henri. Yous me révélez vous-mêmes des torts qui rejaillissent sur le corps tout entier dont je fais partie, et ces torts que j'assumerais sur ma tète devant ie monde, j'ai bun le dioit de vous les reprocher peut-être?

d'andreville. H paraît que c'est en qualité de prédicateur que tu es entré dans la marine?

HENRI. Si j'y suis entré, ce n'est point pour m 'associer aux excès ni aux violences odieuses des officiers; c'est pour y partager les périls, pour recueillir la gloire de ce noble état que vous semblez prendre à tâchp de discréditer; et si vos exploits ne changeaient pas de caractère en changeant de théâtre, si nous n'allions pas être bientôt en face d'un ennemi plus digne de nous, je dépouillerais pour jamais cet uniforme dont la seule vue fait éclater dans Brest et la haine et l'indignation. Qu'importe que vous éloigniez les périls de votre pays si vous vous payez vousmêmes de vos services cm odieux impôts levés à votre profit? Qu'importe que le trancliant de votre épée se fasse sentir aux * Beaugt:ncv, Henri, d'Andrcville, Souvray.

Anglais si du plat vous frappez sans cesse ceux que vous défendez? Ah! je connais les gens que vous méprisez, messieurs, et dont vous faites les jouets de vos caprices ; n'abusez pas de leur patience, car ils aimeraient mieux être traités par vous comme des Anglais que comme des concitovens; et prenez-y garde, ils ont pour eux le nombre et le bon droit.

souvray. Monsieur de Marsay, vous le prenez sur un ton...

d'andreville. Laisse donc, laisse donc, Souvray ; Henri est le plus novice de nous tous... indulgence pour l'innocence et la jeunesse — dans huit jours il n'y paraîtra plus... Du reste, je vais en quelques mots calmer la noble colère d'Henri. La femme que nous avons enlevée est une vertu, mon

cher... mais une vertu qui a su résister

même aux gardes du pavillon .. Nous nous sommes inutilement efforcés delui plane...

pas un seul n'a réussi et tu comprends

que nous sommes trop bien élevéspour employer la violence, parce que la violence c'est très-indélicat et beaucoup moins amusant ; nous avons dû r beaux sentimens... c'est asse:

ne pas tirer à conséquence...

que la belle qui t'intéresse t; rendue à son mari sans qu prendre ombrage.

HENRI. Comment! elle est mariée.'' d'andreville. Parbleu! sans cela, où serait le plaisir? tu connais mes principes scrupuleux à cet égard ; mais le plus amusant et ce qui a déterminé l'affaire, c'est que c'est la femme d'un officier bleu.

henri. D'un officier bleu!

d'andreville. Oui, qui a presque assisté à l'enlèvement, et qui nous a poursuivis sans pouvoir nous atteindre, sans doute à cause du gros temps de cette nuit ; de sorte que maintenant nous sommes obligés d'attendre ici qu'il vienne réclamer sa femme pour la lui rendre.

HENRI. Pourquoi attendre?

d'andreville. Parce qu'il croirait que nous avons peur, que nous ne cédons qu'aux menaces de sa femme... Ça ne se doit pas... nous pouvons avoir tort, mais avoir peur, jamais. Amis, le vin est tiré, il faut le boire, c'est ma maxime. realgency. On le voit.

henri. Mais l'amiral, messieurs, l'amiral, si à son retour il apprend...

d'andreville. Ah! c'est différent...

l'amiral aura peut-être le caractère assez

mal fait pour faire fusiller deux ou trois

i d'entre nous, vu la récidive — mais la

L'OFFICIER BLEU

crainte d*étre fusillé ne doit pas plus nous faire céder que la crainte de ce Cerdic —

Wtai. Cerdic!... Cerdic... dis-tu?...

("est Marianne, la femme de Cerdic, que vous avez enlevée?

d'andre\ ii.le. Je ne sais pas si elle s'appelle Marianne ; mais à coup sûr c'est la femme de cet officier bleu , à ce qu'elle dit du moins.

HENRI. Malheureux! qu'avez-vous l'ait?

d'andreym.EE. Oh! c'est peut-être une mauvaise idée qui m'est venue là, je l'avoue; nous n'avons bu, pour nous inspirer, que du vin frelaté depuis hier... une espèce d'eau roupie qui était à peine de l'eau douce; mais n'importe; ce fameux Cerdic, cette idole- «lu peuple de Brest viendra nous demander sa femme chapeau bas et en s 'humiliant devant nous; c'est toujours quelque chose.

HENRI. Ne l espérez pas... ce Cerdic, je le connais de réputation : il n'a jamais reculé devant le danger, et, loin de paraître ici en suppliant, il se présentera en mai-

MDREVILLC Bah! vraiment... il sciait!., on sait ces gens sans éduca- . mais se présenter en maître... tu le

■BNBI. Je n'en doute pas.

d'andrex ii.le. Alors, messieurs, nous sommes sauvés... il faut attendre Cerdic; l'insolence de cet officier bleu mettra tous les torts de son côté et nous obtiendra grâce de l'amiral... Oh! mes amis, c'est une vraie bonne fortune... venez, venez sur le pont... allons lui donner la main pour monter à bord.

HENRI. Mais écoutez du moins....

Ils sortent en riant tout haut sans l'écouter, boeeoo jeeseejoe sse mq se© mo deo eoo eoGeee&se

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