HENRI, MARIANNE
11 parnit, jette son manteau. Il est sans habit , la tête ruée; des bouts de cordes coupées encore aux poignets.
Marianne. Henri !
HENRI. Marianne!... oui, c'est moi!
MARIANNE. Henri!... Ali! sa vie est
sauvée sans doute !
HENRI. Je ne sais; niais qu'importe? je te revois.
MARIANNE. Henri !...
HENRI. Ali ! pardonne-moi de te parler ainsi. Vois-tu! c'est que devant la mort il n'y a plus ni lois ni société qui nous sépare!
MARIANNE. Mais comment se fait-il?
HENRI. J'étais condamné, on me traînait hors de la prison; et moi, qui avais cherché opiniâtrement la mort; moi, qui avais refusé toute chancedc salut, eh bien! te l'avouerai-je, Marianne? j'avais peur!.. Oui \ la mort des combats, c'est notre vie à nous! c'est à peine une émotion; mais être traîné... plusse puissance et d'avenir. . . sur cette horrible charrette, dont chaque cahot vous ote une part de force, qui vous mène au supplice lentement, et qui ne vous arrête que devant votre tombeau! mais savoir que vous mourez entre des mains infâmes, loin de ceux qui vous sont chers! eh bien! oui, je l'avoue, j'avais peur! et alors je pensais à toi ! et il me sembla te voir, et tu me dis : « Moi seule te reste; moi, je ne t'abandonne pas!...» Oui, tu me disais cela
pendant le chemin ! Et alors un désir
aident de vivre me reprenait!... et tous mes muscles se raidissaient sous ces cordes dont j'étais garrotté ; toute mon ame, entre le ciel et toi, ne demandait, ne voulait que ta présence !
Marianne. Henri!...
Henri. Nous approchions; déjà nous reconnaissions l'instrument hideux! cette infâme guillotine .' cet assassin fait avec du bois et du fer... Alors tout mon être se révolta; je t'appelai, tu as répondu! et soudain des cris se sont élevés, les flots du peuple se sont agités dans la nuit; une autre voix d'ami s'est fait entendre... à bas l'échafaud... sauvons les prisonniers!...
des coups de feu ont étendu morts les soldats qui me conduisaient — alors une force invisible m'est venue, j'ai rompu mes liens, je me suis élancé dans la foule... un homme, que Dieu le récompense, m'a jeté son manteau sur les épaules, et j'ai couru,
j'ai renversé tous les obstacles, parce qu'il fallait bien que je te revisse avant de mourir; et je t'ai revue, et me voilà!
MARIANNE. Oh ! pourvu qu'il puisse échapper encore!...
HENRI. Echapper ou non, qu'importe !
pourvu que tu me parles, pourvu que tu me regardes! Pourvu que tu m'aimes, qu'importe le salut après ?
MARIANNE. Henri, pas d'espérance coupable!... baissez-moi, cette maisonnepeut être pour vous qu'un asile.
HENRI. Un asile !... Ah! mon Dieu!
quelle idée!... Je me rappelle!.. Quiconque donnera asile à un proscrit, la mort! la mort sans pitié!... et je suis chez toi !... et j'apporte une part de ma proscription à toi!... aux tiens!... Oh! non, non !... Il faut que je sorte, il faut que je parte ! Tout le sang qui ne coulerait pas de mes veines, on le prendrait dans les tiennes!... Laisse-moi!... je suis un proscrit... ma présence tue.. . mon regard brûle, mes pas écrasent!. .. Ne me touche pas!. ne me touche pas!
Bruit de tambour au dehors.
MARIANNE. Henri!...
HENRI. Adieu'... adieu!... Oh! pourvu qu'on ne me voie pas sortir !
MARIANNE, se plaçant devant laporle. Tu ne sortiras pas, insensé ! N'entends-tu pas qu'on est à ta poursuite sur la place !
nENRl. Mais les poursuites viendront jusqu'ici, et alors ta tète et la mienne tomberont.
Il veut ouvrir la porte.
MARIANNE, se plaçant devant lui. Henri, tu ne passeras pas ! .. . Je ne te laisserai pas descendre à l'échafaud par cet escalier...
HENRI. Mais tu veux que nous y descendions ensemble !
MARIANNE. Eh bien ! oui, je le préfère!
HENRI. Mais tu m'aimes donc? —
Marianne. Mais tu le sais bien !...
Henri. Toi!... toi !... Oh! bénie soit ma mort si elle me révèle de ces secrets ! Mais pourquoi, cruelle, avoir été si impitovable jusqu'à présent?
MARIANNE. Oh I c'est qu'en te le disant plus tôt je ne pouvais partager que des crimes avec toi, et maintenant ce n'est plus que la mort !. .. Oh ! la femme qui n'a pas vu celui qu'elle aime sous le couteau, elle ne sait pas si elle l'aime !
henri. Marianne! Marianne!., toi, tu m'aimes!. . . bonheur !... délire ! . .. je reste. Mais, si je reste, je te perds!... Que faire? que devenir?... Oh! mon Dieu! du se-
SIK TUEATKAL.
cours!... ma tète brûle!., ma raison s'égare...
Marianne On vient!... des pas multipliés!...
DENRi. Oui, l'on vient !... c'est moi qui t'ai perdue.
MARIANNE. Pas d'autre sortie!
HENRI. Cette fenêtre, du moins...
Il s'élance vers la fenêtre.
MARI AN N E . .Malheureux !
HENRI. Et si je te sauve!
UARIANNE. Tu ne me sauveras pas !...
Là... plutôt dans ma chambre...
HENRI. Dans ta chambre!...
MARIANNE. Mais, vite donc!... vite, on vient !...